‹ Histoire de la scarlatineChapitre 27 sur 72 · M0 VARIÉTÉS DIVERSES · texte numérisé non relu

M0 VARIÉTÉS DIVERSES

SCARLATINE PUERPÉRALE.— La scarlatine, conime beaucoup d’autres maladies, acquiert une gravité toute particulière lorsqu'elle survient chez une femme nouvellement accouchée; mais, bien qu’elle soit alors dominée dans sa marche et dans ses symptômes par cette condition toute spéciale de l’économie, que l’on nomme état puerpéral, et qu’elle ait une tendance à se compliquer de symptômes putrides ou ataxiques, il ne faut pas croire qu’elle constitue alors une variété bien caractérisée, toujours identique à elle-même, et dont on puisse donner une description générale. La scar-

(1) Traité théorique et pratique des Maladies de la peau, Paris, 1835,1t.1, p. 202. — (2) Handbuch der medic. Klinik, Berlin, 1831, tu. — (3) Rust’s Magasin, t. xxvnr, n° 3. — (4) Mémoire sur une épidémie d’angine scarlatineuse, ete. : Archives générales de médesine, L. XIV, 1842, p. 288.

latine qui survient pendant les couches n’est pas plus une variété que celle qui se déclare pendant la dentition ou dans le cours d’une affection quelconque.

Mais, s’il est impossible de tracer d’une manière abstraite les caractères distinctifs de cette espèce de scarlatine, il n’en est pas de même de la forme particulière qu'elle revêt dans certaines épidémies déterminées. Une des épidémies de ce genre qui ont offert les particularités les plus remarquables est celle qui a été observée en 1799 à l'Hôpital de Vienne par M. HWalfatti . Cette épidémie occupe une place trop importante dans l'histoire de la scarlatine pour que nous n’en donnions pas une description succincte.

Le lendemain de l'accouchement, mais quelquefois aussi six ou sept jours plus tard, la ma lade était prise de frisson, de céphalalgie, de bourdonnements d'oreilles, On observait une légère rougeur à la face, surtout aux paupières, et, dans ce dernier cas, un larmoiement peu prononcé. L’angine était rare et toujours légère; la respiration restait libre, et le ventre souple. Les lochies étaient extrêmement fétides ; une douleur profonde se faisait sentir au toucher dans la ré-

(1) Hufelands Journal der prakt. Heilkunde, {. xt, n°3.

gion hypogastrique, et chez quelques malades les seins étaient gonflés et douloureux. L’appétit était diminué; mais il n’y avait pas de vomissements, les selles et les urines n’offraient rien d’anormal. La nuit suivante, la malade était tranquille; mais le soir du second jour, la rougeur de la face devenait plus vive et s’étendait à la poitrine, sans que, du reste, le mal de gorge survint ou augmentât. Le pouls, qui était naturel dans le cours de la journée, devenait fréquent, duriuscule; la céphalalgie redoublait d'intensité, et il s’y joignait quelquefois un léger saignement de nez. Le matin, la fièvre diminuait, et l’exanthème disparaissait complètement; la malade se trouvait beaucoup mieux; les lochies fluaient librement; le ventre était mou et insensible, excepté à l’hypogastre. Le soir, l’éruption revenait plus vive encore que la nuit précédente, s'étendait aux membres, et affectait manifestement la forme miliaire. Vers la fin du troisième, du quatrième, ou, au plus tard, du cinquième jour, l’exanthème prenait tout-à-coup une teinte violacée ; 1l survenait sur les membres des taches de même couleur ; la malade éprouvait une sensation de froid, délirait, était agitée de convulsions, et la mort survenait au bout d’une à deux heures. À l’autopsie, on trouvait les memiranes cérébrales congestion-

nées ; le corps de l’utérus ne présentait aucune altération ; le col seul offrait des traces de phlegmasie; les lèvres étaient livides, noirâtres, et recouvertes d’une matière puriforme; les organes externes de la génération paraissaient aussi avoir été le siége d’une inflammation; tous les autres organes de labdomen étaient sains. Quant au pronostic, il était d'autant plus grave que l’invasion de la scarlatine avait suivi de plus près l’accouchement, et que l’odeur des lochies était plus fétide au début de la maladie. Il était aussi fâcheux chez les femmes robustes que chez celles qui étaient très-faibles. La couleur bleuâtre de l'exanthème et l'apparition des pétéchies étaient l’indice certain d'une mort prochaine.

Une autre épidémie très-intéressante de scarlatine puerpérale, a été étudiée par M. Senn' à la Maternité de Paris, où elle a frappé le vingtcinquième des femmes en couches. La maladie débutait au moment de la fièvre de lait, deux ou trois jours après l’accouchement; les prodromes étaient en général de courte durée, et souvent presque nuls. Tantôt l’éruption était générale, très-intense, violacée; tantôt elle était partielle,

(1) Essai sur la Scarlatine puerpérale; Thèses de Paris, 1825, n° 455.

fugace, non suivie de desquamation. Pendant toute la durée de la maladie, fièvre intense, douleurs dans les membres et dans la région lombaire, frissons irréguliers, vomissements bilieux abondants et fréquents, diarrhée, délire, dyspnée, chaleur de la peau s’élevant à 38, 40, et mème 42° centig. Dans les cas qui se sont terminés d’une manière funeste, la marche de la maladie a été très-rapide; la mort est survenue au bout de deux à quatre jours. L’autopsie n’a démontré aucune trace de métrite ou de péritonite, mais une simple congestion de la plupart des viscères.

L'étude de la scarlatine chez les femmes nouvellement accouchées a conduit M. Senn à rechercher l'influence de la gestation ou de Pétat puerpéral sur le développement de cette maladie ; et il conclut des faits par lui observés que si, d’un côté, la gestation parait préserver de la maladie ou du moins l'empêcher de se développer, le travail de l'accouchement, au contraire, parait faciliter beaucoup l’action du principe contagieux, et accélérer l'invasion de la maladie en abrégeant la durée des prodromes ou de lincubation. On savait depuis long-temps que les femmes en couches avaient une aptitude particulière à contracter la scarlatine; mais cette espèce d’immunité dont jouiraient les femmes enceintes, soit que le prin-

cipe confagieux n’eüt point de prise sur elles, soit qu'il restät latent en attendant l’occasion favorable pour se développer, nous paraît très-contestable. L'épidémie de Munster !, 1822 et 1823, qui épargna les femmes enceintes, est citée comme exceptionnelle; et les auteurs ont rapporté un grand nombre d'exemples de scarlatine survenue chez des femmes enceintes, et qu’ils citent comme des faits remarquables, soit parce que la coïncidence de cette maladie a déterminé l'avortement, soit parce qu’elle n’a troublé en rien la gestation *.

Dance” cite un cas dans lequel la scarlatine se déclara le lendemain d’un accouchement naturel; la malade succomba au bout de quatre jours. On ne trouva à l’autopsie aucune altération qui püt rendre compte de la mort.

SCARLATINE LOCALE. — M, Godelle * rapporte un fait très-curieux , qui semble démontrer, suivant lui, que les maladies contagieuses exanthé-

(1) Hufelands Journal der prakt. Heiïlkunde, n° 3, p. 7, 1826. — (2) Bicker. Sammlung auserlesener Abhandi zum Gebrauche pract. Ærzte, t. 1x. Beytræge zur ausüb. Arzneiwissenschaft , 1, p.237. Dance. Archives générales de médecine, juillet 1836, p. 323, elc., etc. — (3) Loc. cit., p. 324. — (4) Revue médicale, 1848 00 CD 1515-

SCARLATINE LOCALE. 1Gi

matiques n’ont plus qu’une action locale sur les sujets qui les ont déjà éprouvées, et qu’elles peuvent modifier une partie de la surface cutanée sans produire d'infection générale. « La Marquise » de Rougeville, à Soissons, soignait ses deux » enfants atteints de scarlatine. L’un d’eux vou- » lait être continuellement sur sa mère , qui pla- » çait sur son sein la tête du petit malade. Les » deux mains de cette dame se pelèrent, ainsi que » le sein sur lequel elle tenait appliquée la tête » de son enfant. » Cette observation d’une scarlatine dont les symptômes cutanés ne sont plus le reflet d’une altération générale de l'économie par agent contagieux, mais le résultat de Paction topique du principe morbifère déposé immédiatement à la surface de la peau, est, je crois, unique dans la science ; mais des faits analogues ont été notés pour la variole. Lorry rapportait toujours sur ses doigts des pustules de variele lorsqu'il traitait des personnes atteintes de cette maladie. «La contagion, dit Huxham', ne produit pas toujours la fièvre : le pus de la petite-vérole infecte souvent la peau de ceux qui Pont déjà eue, et y produit un grand nombre de pustules semblabies en tout à celles de la petite-vérole, qui ont la

(1) Essai sur les fièvres, traduct. franç., Paris, 1765, p.181.

même durée, qui suivent la même marche, mais qui ne sont accompagnées d'aucune fièvre. Cela est très-ordinaire chez les personnes qui soignent et touchent les gens affectés de cette maladie. Dans ce cas, la contagion n’affecte que les glandes cutanées , et non pas le sang , qui a éprouvé une telle altération lors de la première petite-vérole, qu'il n’est plus capable de la prendre par la suite. » La théorie des phénomènes intimes de la contagion est encore enveloppée d’une trop grande obscurité, pour que nous cherchions à donner une explication rationnelle du fait dont il s’agit. Mais ne pourrait-on pas admettre que, dans le cas particulier , il y a eu inoculation de la scarlatine sur une large surface ? Nous avons vu (page 64) que, chez les enfants inoculés par M. Miquel , il se développait autour des piqüres un cercle rouge qui se manifestait deux à trois jours après l'infection, disparaissait vers le cinquième jour, se comportait par conséquent de la mème manière que l’éruption scarlatineuse, et constituait pour ainsi dire une espèce d’exanthème primitif. L’inoculation ayant eu lieu chez Madame de Rougeville sur un grand nombre de points à la fois, par suite d’un contact prolongé, il en sera probablement résulté une altération diffuse de la peau, qui aura

donné lieu à la desquamation sans développer de réaction générale.

SCARLATINE NOIRE. — /f'illan ‘ a décrit sous le nom de rougeole noire une forme insolite de l’affection morbilleuse, dans laquelle léruption devient livide, violacée , sans que la maladie en soit, du reste, notablement modifiée, ni dans sa marche, n1 dans ses symptômes généraux. Une variété analogue paraît exister pour la scarlatine. M. Hondière * a vu des cas dans lesquels la plupart des taches étaient d’un rouge vineux, sans que la maladie se montrât plus grave qu’à l'ordinaire. Cette variété, qui est rare, et qui a encore été peu étudiée, ne doit pas être confondue avec cette forme grave de scarlatine maligne, dans laquelle une altération profonde du sang donne lieu à de véritables échymoses et à ces infiltrations sanguines dont nous parlerons au chapitre des complications.

(4) Description and treatment of cutaneous diseases, etc. (Annales de littérat. médic. étrang. de Kluyskens , Gand, 1809, t. vor, p- 93). — (2) Rapport sur une épidémie de scarlatine, etc. : Revue médicale, 1842, t.1, p.186.

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