ÉRUPTIONS DIVERSES
tuel de la science, devant être rayé du cadre des affections cutanées, et rangé dans la classe des hémorrhagies par altération du sang.
ERUPTIONS DIVERSES. — La scarlatine peut se compliquer d’urticaire !, d’eczéma *, d’érysipèle, de furoncles, etc. Cappel * l’a vue plusieurs fois suivie de strophulus confertus et de lichen simplex.
Un phénomène qui accompagne fréquemment la scarlatine angineuse et s’observe aussi quelquefois dans la scarlatine normale, est un engorgement inflammatoire des parties extérieures du cou, variable par sa forme, sa consistance et son volume. Les auteurs ont été long-temps en dissidence sur le siége anatomique de cette affection locale. Wiln, Sims, Withering, Vont placé dans les glandes salivaires. 4#rmstrong désigne
(1) Guérétin. Loc. cit. — (2) Alibert. Monographie des derma- toses, t. 1, p. 582. — (3) Abhandlung vom Scharlach-Ausschlage, Gœættingen, 1803, p. 89.
cette tuméfaction comme une induration douloureuse du cou, sans spécifier si elle appartient aux glandes salivaires ou aux ganglions Iymphatiques. FFühering croit pouvoir conclure de quelques observations que ce gonflement ne se communique que secondairement aux glandes salivaires, tandis que Benedici pense que dans beaucoup de cas il peut attaquer primitivement les organes de sécrétion. Enfin, l'opinion qui a prévalu de nos jours, et dont l'examen nécroscopique démontre la justesse, est celle de Tiwedie , de Bretonneau et de Voos, qui placent le siége de ces tumeurs dans le système lymphatique et le tissu cellulaire environnant.
Les épidémies de date récente où les engorgements cervicaux se sont montrés avec le plus de fréquence et ont été étudiés avec le plus de soin par d’habiles praticiens, sont celles de Greifswald , 1826 ‘, de Dublin, 1834 à 1842 *, et de Liverpool, 1840 °. Nous allons extraire de lhistoire de ces épidémies ce qui a rapport à la complication dont 1l s’agit, pour bien faire connaître
(1) Seifert. Nosol. therapeut. Bemerkungen über die Natur und Bchandlung des Seharlachfiebers, in-8°, Greifswald , 1827, p.53. — (2) Kennedy. London medic. chir. Review, oct. 1843; Archives générales de médecine, L.1v, A7 série, 1844, p. 89. — (3) Vose. Gazelle médicaie de Paris, 1842, p. 164.
les diverses formes qu’elle peut affecter, et toute la gravité dont elle est susceptible.
À Greifswald, l'affection secondaire se décla= rait ordinairement du 7° au 9° jour, et jamais avant la période de desquamation. Elle s’annonçait par une tuméfaction indolente et dure, double ou unilatérale, de la région sous-maxillaire , accompagnée d’une fièvre violente et continue, d’agitation et d'insomnie. Le gonflement, d’abord peu prononcé, acquérait souvent, au bout d’un temps plus ou moins long, un volume énorme, au point d’envahir complètement tout lespace compris entre la mâchoire inférieure et la clavicule. Plus tard, il devenait douloureux au toucher et acquérait quelquefois la dureté de la pierre. La peau qui recouvrait la tumeur était rarement rouge; le plus souvent elle s'indurait, et prenait ure teinte jaunâtre comme du parchemin. Lorsque la suppuration était établie, un coup de lancette donnait issue à une quantité considérable d’un pus verdâtre, caillebotté, fétide, et dont la quantité dépassait toujours 250 grammes, même chez les jeunes enfants. Mais s'il était impossible de déterminer la suppuration, la mort était inévitable. Celle-ci survenait du 3° au 9° jour après l'apparition de la tumeur. Tantôt elle était précédée de symptômes cérébraux dont il est facile de
se rendre compte, puisque la tumeur empêche mécaniquement le retour du sang de la tête ; tantôt elle paraissait avoir pour cause prochaine une suffocation annoncée par la fréquence extrème de la respiration et les mouvements convulsifs du thorax. L’étiologie de cette complication était très-obscure : on a seulement observé que chez tous les malades qui y succombèrent, l'éruption avait été peu prononcée eu égard à l’intensité du mouvement fébrile. Le pronostic était d'autant plus grave que le malade était moins âgé.
L'épidémie de Dublin ne fut pas moins remarquable que celle dont nous venons de parler, par la fréquence et la gravité des engorgements cervicaux. Ils s’étendaient parfois également jusqu'aux clavicules, et dans un cas jusqu'aux muscles pectoraux, qui étaient durs comme du bois. Îls étaient souvent le siége d’une suppuration diffuse ou en foyer. Chez un grand nombre de malades la gangrène s’empara des parties, et plusieurs succombèrent à des hémorrhagies consécutives à la destruction des vaisseaux, Les suites furent quelquefois remarquables : on vit, dans la convalescence, le cou rester incliné, et les efforts pour redresser la tête excessivement douloureux. Tantôt 1l y avait alors inflammation de
la région postérieure du cou, avec carie des vertèbres; tantôt les muscles étaient compromis et infiltrés de lymphe, ou bien leur rétraction était purement spasmodique.
La relation de l'épidémie de Liverpool, par Vose, contient des détails anatomo-pathologiques extrèmement précieux, et qui jettent un grand jour sur le point de départ de la tuméfaction inflammatoire du cou, et sur les tissus qui en sont le siége. La nécroscopie a démontré à cet auteur que les glandes salivaires ne contribuaient jamais à la production des tumeurs cervicales, soit par leur augmentation de volume, soit par aucune autre altération appréciable. Les parties affectées sont le tissu cellulaire, les fibres musculaires et les ganglions lymphatiques. Ces tissus ne sont pas envahis simultanément par l’action inflammatoire, mais bien en raison inverse de leur activité vitale et de la complexité de leur structure. Ainsi, sur un sujet chez lequel la mort arriva sept jours après l’apparition de la tumeur, le tissu cellulaire était seul affecté; chez un autre sujet, qui succomba dix jours après que la tumeur cervicale eut commencé à se montrer, l’altération des muscles compliquait celle du tissu cellulaire. Dans un cas, enfin, où la mort n'eut lieu que le douzième jour après le développement
de la tumeur, les ganglions lymphatiques étaient compris dans les altérations. L'influence locale paraissait, d’après la manière dont elle se propageait, et la nature des produits auxquels elle donnait lieu, offrir plutôt le caractère de l’inflammation diffuse que celui de l’inflammation phlezmoneuse. Dans la plupart des cas où les ganglions lymphatiques furent trouvés faisant partie de la tumeur cervicale, ceux qui se trouvent au-dessus de l’os hyoïde furent toujours les premiers et les plus gravement affectés; la chaîne des ganglions superficiels du cou fut plus fréquemment et plus gravement affectée que celle des ganglions profonds.
Pose n'a pas observé un seul cas de cette complication chez un sujet qui eût dépassé la puberté, et c’est surtout les enfants de six à sept ans qu’elle frappa avec le plus d'activité. Elle paraissait à toutes les époques de la maladie. On l’observait assez fréquemment dans des cas où le mal de gorge n'était pas plus prononcé que dans la scarlatine normale. Dans le plus grand nombre des cas qui se terminèrent d’une manière favorable, la tumeur se dissipa par résolution, sans que la suppuration fût toutefois très-fâcheuse lorsqu'elle se
déclarait.
M. Môndière ‘, qui a eu fréquemment l'occasion d'observer cette espèce d’engorgement dans l'épidémie de l'arrondissement de Loudun, rapporte le cas assez curieux d’un enfant chez lequel les ganglions cervicaux prirent en peu de temps un accroissement tel, qu'au bout de six heures Île petit malade portait sur le côté gauche du cou une tumeur de la grosseur du poing, et une du côté droit, un peu moins grosse. — Une heure après il s’écria : « J’étoufle, » et tomba mort.
M. Ollivier-Mairy * cite une observation analogue. Carron, d'Annecy”, a vu, chez deux individus, un abcès étendu depuis la clavicule jusqu'à la partie supérieure du sternum.
La maladie décrite en 1819 par Warnekros *,
sous le nom de parotite épidémique , n’était qu'une scarlatine compliquée d’engorgements cervicaux; l’exanthème manquait, mais chez un grand nombre de malades il y eut desquamation et anasarque.
(1) Revue médicale , t.1, p. 182, 1842. — (2) Journal de médecine, chirurgie, pharmacie, ete., décemb. 1822, t. xv, n. 301. — (5) Recueil périodique de la Société de médecine ëe Paris, 1816, t. LYIII. — (4) Hufeland’s Journal, mars 1820 ; Bibliothèque méd:cale, t. LXXII, p. 255.
119 OTITE, OTORRHÉE.
La phlegmasie de l’arrière-bouche peut s’étendre à la trompe d'Eustache, et mème envahir l'organe de l’ouïe. Horton" est un des premiers auteurs qui aient parlé de cette complication, qu’on observe assez fréquemment dans les épidémies de scarlatine angineuse ?, quoique MM. Rilliet et Barthez* la regardent comme rare. La suppuration qui en résulte peut déterminer l’exfoliation des osselets de l’ouïe * et la destruction du tympan”. Cette espèce d’otorrhée serait favorable, suivant Berndtf, dans les formes cérébrales de la scarlatine, Areyssig et d’autres ont prétendu que l'écoulement par les oreilles, chez les scarlatineux, était quelquefois le résultat d’abcès intracraniens. Pfeufer” a observé un cas de carie du temporal et de l’occipital, suivie de dureté de l’ouïe et d’embarras de la parole.
(4) Opera medica, Lugduni, 1737, L.11, p. 28-35. — (2) Studien im Gebiete der Heilwissensehaft, t.11, p.58.— (5) Traité des maladies des enfants, 1845, t. 11, p. 627. — (4) Clarke, Obs. on fevers and on the scarlet-fev., London, 1780; Kennedy, London med. ch. Review., octob. 1813; Archives générales de médecine, #844, & IV, p. 89 — (5) Clarke, loc. cit.; Horn’s Archiv für med. Erfahrung , 1811, St. 2. — (6) Klinische Mittheilungen, 2e cah., 5854. — (7) Der Schariach, sein Wesen, etc. Bamberg, 1819.