GANGRÈNE
Cette complication est beaucoup plus rare que ne l’ont prétendu quelques auteurs, qui prenaient pour des escarres ces pseudo-membranes dont se tapissent l’arrière-bouche et le pharynx dans la scarlatine angineuse. Cependant on en possède des exemples authentiques. Vavier ! a observé la gangrène de la trachée et de Pœsophage; Taffius”, celle de la trachée; Lecat et Lieutaud”, celle des intestins. Jeyfelder * a rencontré deux fois la gangrène de la face: dans un cas elle était la suite d'un engorgement cervical terminé par suppuration, chez une jeune fille de six ans. MM. Rilliet et Barthez” ont constaté chez deux malades une gangrène de la bouche, et chez un troisième une gangrène du pharynx et du poumon. Chambon ° a vu des taches scarlatineuses se gangréner. Dans une épidémie qui ravagea l'Amérique septentrio-
(1) Sur plusieurs Maladies populaires qui ont régné à Châlonssur-Marne. Paris, 1753. — (2) Obs. med., p. 42. — (3) Synopsis universæ praxeos medicæ, 1770, t. 17, p.518. — (4) Studien im Gebiete der Heilwissenschaft, t. 11. — (5) Traité clinique et pratique des maladies des enfants, 1843, t.11, p. 628. — (6) Traité des maladies des femmes, des filles et des enfants, an vi, t.11, p.272.
nale en 1734, les piqüres de sangsues se gangrépaient, ainsi que les vésicatoires !.
13° HÉMORRHAGIES.
Les progrès de la gangrène du pharynx ou de la suppuration du tissu cellulaire cervical peuvent dans certains cas, très-rares à la vérité, déterminer l’érosion de quelque vaisseau sanguin, et donner lieu à des hémorrhagies très-graves. M. Mill *, d'Edimbourg, cite deux observations où, à la suite d’escarres gangréneuses au pharynx (pour nous servir de ses expressions), il survint une hémorrhagie qui entraina la mort du malade, et que l’auteur, faute d'examen nécroscopique, attribue à l’ulcération d’un gros vaisseau, probablement d’une des branches carotidiennes-: Bicker * avait déjà rapporté, en 1779, un accident analogue, avec cette différence, que la carotide avait été érodée à la suite d’un abcès au cou. Chez un malade observé par M. Mondière *, l'ul-
(4) Colden. Medical Observations and Inquiries by a Sociely of physiciars in London, 1758,t.1. — (2) Edimb medical and surg. Journal, janvier 4811; Archives générales de médecine, 1841, t. x, p. 494. — (3) Sammi auserl. Abhandl. zum Gebrauche prakt. Ærzte, 1x. — (4) Rapport sur une épidémie de scarlatine: Revue médicale, 1542 LTD. 1802
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cération d’une branche de l'artère maxillaire interne, due à la même cause, donna lieu à une hémorrhagie mortelle en peu d’instants. Plus récemment, un autre exemple très-remarquable de ce genre de lésion s’est offert à un médecin belge, M. de Bal", de Sweveghem. Une jeune fille de douze ans était arrivée sans accidents à la période de desquamation ; mais elle portait un abcès cervical depuis l'apparition de l’exanthème. Cet abcès, s'étant ouvert, donna issue à une assez grande quantité de pus et de sérosité, et huit jours après à une hémorrhagie qui amena la mort en peu d’instants. A l’autopsie, on trouva que la suppuration avait détruit une partie de la veine jugulaire interne dans une étendue d’un travers de doigt. Le pus n'avait pas séjourné long-temps dans la tumeur; il n’y avait pas eu de gangrène qui expliquât la destruction de la veine. Le pus avait donc, suivant l’auteur de cette observation, une vertu corrosive particulière, comme cela s’observe quelquefois dans les métastases des maladies internes.
Des hémorrhagies d’un autre ordre, dues manifestement à une altération du sang, surviennent
es
(1) Annales de la Société médico-chirurgicale de Bruges, 2° Hyraison , 1845.
dans quelques cas de scarlatine grave : ce sont des pétéchies, des vergetures, des extravasations sanguines sous-épidermiques, semblables à celles du purpura, et qui sont quelquefois aussi nombreuses que dans la maladie maculeuse hémorrhagique de /Jerlhof'. Souvent les mêmes phénomènes se montrent sur la muqueuse du voile du palais, des amygdales, du pharynx, et se constatent à lautopsie dans le tube digestif; quelquefois l'épiderme est soulevé par de la sérosité sanguinolente, et l’on aperçoit alors des bulles noirâtres semblables à celles de certains pemphygus *. Les poumons renferment des noyaux apo= plectiques. Dans des cas assez nombreux, on a vu survenir des hémorrhagies abondantes, répétées, et rapidement mortelles, par le nez, la bouche, par l'intestin, par les voies urinaires. A l’autopsie, on trouve des épanchements sanguinolents dans les plèvres, le péricarde, le péritoine, la vessie”. Plenciz" a vu la salive ensanglantée. L'épistaxis précurseur de la scarlatine peut dépendre d’une altération du sang comme celle qui survient au début de la fièvre typhoïde. Elle
(1) J. Frank. Loc. cit., p 125. — (2) Monneret et Fleury. Compendium de médecine pratique, 1846, t. vit, p. 476. — (3) Ibidem. — (4) Tractatus de scarlatinà, Vindobonæ, 1780, p. 20.
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est alors fâcheuse; mais elle peut être active, et dans ce cas le malade en éprouve un soulagement marqué.