‹ Histoire de la scarlatineChapitre 49 sur 72 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Anatomie paihnologique.

On a dit que la scarlatine n'avait point de caractères anatomiques. Il est vrai que l’autopsie ne révèle le plus souvent aucune autre altération viscérale que celles qui sont propres aux états organo-pathologiques concomitants ; mais, si les désordres observés après la mort dépendent presque constamment de complications ou de maladies intercurrentes qui sont venues s’ajouter à la

fièvre éruptive, la scarlatine n’en offre pas moins à étudier, comme Jui étant propres, d’une part les modifications imprimées par le travail exanthématique aux membranes tégumentaires internes et externes, et de l’autre les propriétés physiques et chimiques du sang, dont laltération par un principe inconnu constitue l'essence mème de la scarlatine. L’organographie cadavérique des scarlatineux doit en outre s'occuper de quelques lésions viscérales assez constantes, qui se rencon= trent également dans d’autres maladies, et qui paraissent liées à l'infection du sang.

Quel est le siége anatomique de l’exanthème scarlatineux? Pfeufer' et Henle* le placent dans le corps papillaire du derme; Marcus”, Kiesser’, Gœden*, }'endtf, Ester’, Biehl*, etc., dans le réseau vasculaire de la peau. Cette dernière partie de la couche tégumentaire serait, d’après l’opinicn la plus moderne, le siége de prédilection de la rougecle, tandis que l’hypérémie scarlati-

(1) Der Scharlach, sein Wesen und seine Behandlung, 1819, p. 70.— (2) Hufelands Fournal der prakt. Heilkunde, t. LXXXvI, n°5. — (3) Specielle Therapie, 8° païtie, 1812, p. 227. — (4) System der Medizin, t.1,1817, p. 570.— (5) Von dem Wesen und der Heilmethode des Scharlachfiebers, 1822, p. 37. — (6) Das Wesen, die Bedeutung und ærzliiche Behandlung des Scharlach., 1819. — (7) Dissertatio de Febre scarlatinosà ejusdemque morbis secundariis. Kœnigsberg, 1826. — (8) De Febre scarlatinosà. Berlin, 1828,

neuse affecterait spécialement le système lymphatique superficiel. On invoque à l’appui de cette assertion les considérations suivantes : L'éruption scarlatineuse s'étend avec rapidité sur une large surface; sa rougeur est tout-à-fait superficieile et sous-épidermique; la chute si générale, si constante de cette dernière membrane semble indiquer que la rougeur a affecté le tissu qui est en contact avec elle; la fréquence de l’anasarque s'explique facilement par lunion intime qui doit exister entre les infiltrations sous-cutanées et un obstacle aux fonctions exhalantes et absorbantes de la peau. Enfin, la scarlatine étant une maladie générale, 1l est probable qu’elle s'étend à tous les Iyÿmphatiques de l’économie; or, toutes les membranes séreuses étant doublées d’un réseau lymphatique abondant, elles devront aussi présenter des modifications de fonctions : de là la possibilité d’un épanchement dans les cavités séreuses. Cette manière de voir sera peut-être un jour jusüfiée par lanatomie pathologique; mais dans l'état actuel de la science, elle n’est encore qu’une hypothèse: car, malgré les travaux de MM. Breschet, Flourens, Wendt, etc., nos connaissances sur la structure intime et les fonctions des divers éléments de l'enveloppe tégumentaire sont encore trop incomplètes pour que nous puissions

localiser les diverses espèces d'exanthèmes, et déterminer quelles sont les parties ou les organes qui prennent part à la genèse de ces formes élémentaires d’affections de la peau.

Lorsque la mort est arrivée pendant la période d’éruption, on trouve sur tous les points où elle existait des taches livides ou violacées. Quelquefois, au contraire, toute trace d’éruption a disparu; mais, en incisant la peau, on trouve une injection plus ou moins marquée de la couche dermoïde qui était le siége de Phypérémie. Si on examine plusieurs jours après la mort les parties de la peau sur lesquelles existaient les taches, on voit que l’épiderme se détache plus facilement; il s’enlève spécialement du coccyx et des trochanters plutôt que des autres régions, par suite du décubitus dorsal prolongé. La décomposition putride est, dit-on, plus prompte sur les cadavres des individus qui ont succombé à la scarlatine. Le gonflement du tissu cellulaire est moins considérable que pendant la vie. D'ordinaire aussi la rougeur de la bouche et du pharynx disparait après la mort”.

Nous avons vu dans une aatre partie de cet

(1) Blache et Guersant. Biel'onnaire de médecine, Paris, 1844, £, XXVIII, p.171.

das

ouvrage que, suivant une doctrine récente qui jouit d’une certaine faveur en Allemagne, la rougeur cutanée ne serait pour ainsi dire qu’une des faces de l’éruption, et que celle-ci envahirait en outre toute l'étendue des muqueuses digestive, respiratoire et génito-urinaire, de manière à constituer un véritable enanthème. Jahn, et après lui Schœnlein, sont allés jusqu’à dire que ce dernier pouvait s'étendre aux membranes du cerveau et à la tunique interne des vaisseaux sanguins. « On trouve ordinairement la membrane interne du système vasculaire, ainsi que les membranes du cerveau, et assez souvent aussi diverses portions de la muqueuse intestinale, parsemées du même exanthème qui occupe la peau : ce qui explique la grande vitesse du pouls, l'affection cérébrale, et les symptômes gastriques qu'on observe le plus souvent. Il existe encore d’autres rougeurs de la membrane interne des vaisseaux, fait dont on doit la découverte à Frank. Elles ont le même aspect qu’à la peau, et sont éparses par taches: tandis que, quand elles sont dues à une inflammation des vaisseaux, la coloration est rose clair, uniformément répandue; les vaisseaux sont rouges à l’extérieur, leurs parois fermes et épaissies. On ne trouve pas les vaisseaux rouges dans tous les cadavres des sujets qui ont succombé à la scarla-

tine : ce qui tient évidemment à ce que, dans beaucoup de cas, l’exanthème interne pâlit et disparait après la mort comme l’exanthème cutané. » On a reproché aux auteurs que nous venons de citer de n'avoir point produit de preuves anatomiques suflisantes à l’appui de leur assertion; et on a regardé la doctrine d’un exanthème interne comme une de ces vues spéculatives si familières aux auteurs d'Outre-Rhin. Mais nous allons démontrer par quelques citations que ce point d’anatomie pathologique est admis, du moins implicitement, par les praticiens français. « On trouve dans les fièvres éruptives, dit M. Barrier', un exanthème cutané et un exanthème muqueux.

Le premier occupe ordinairement toutes les régions de la peau : le second, au contraire, est souvent borné à une certaine étendue de la muqueuse gastro-pulmonaire ; ou s’il occupe la totalité de cette membrane, 1l paraît au moins plus développé dans ses portions oculaire, nasale, bucco - pharyngienne et laryngo - bronchique. » MM. Blache et Guersant, dans leur définition de la scarlatine, disent que les effets du principe producteur de cette maladie se font principalement sentir aux enveloppes tégumentaires externes et

(1) Traité pratique des maladies de l'enfance, 4842, L.1t, p. 616.

internes. « La phlegmasie qui, pendant la durée de la scarlatine, affecte les narines , la bouche et le pharynx, dit M. Prelonneau!, est de même nature que linflammation exanthématique du derme; seulement elle est modifiée par la texture de l’organe tégumentaire. » M. Dance?, à qui nous devons un excellent mémoire sur les altérations que présentent les viscères dans la scarlatine, et qui a très-bien résumé les lésions qui caractérisent les diverses périodes de cette maladie, s'exprime d’une manière très-positive : « Quelles sont les lésions de la première période de la scarlatine? Ce sont de simples congestions sanguines, mais des congestions dont le nombre et l'étendue remplacent en quelque sorte la profondeur, des congestions qui s’étalent largement sur la peau et à l’origine des membranes muqueuses, pénètrent quelquefois dans leur intérieur, envahissent le cerveau, et, chose remarquable, qui tient probablement au génie de la maladie, s’éparpillent sur les viscères de la même manière qu’elles le font sur la peau. Ainsi, nous avons trouvé les membranes muqueuses gastrique et pulmonaire,

(1) Apborismes cliniques sur la scarlatine, in Journal des connaissances médico-chirurgicales , 47€ année, p. 268. — (2) Recherches sur les altérations que présentent les viscères dans la scartatine, in Archives générales de médecine, 1830, juillet, p. 344.

et surtout cette dernière, d’un rouge livide uniforme, le cerveau lui-même coloré en rouge, comme si une teinture eût été appliquée à sa surface. On dirait que, dans ce cas, la cause de la scarletine, quelle qu’elle soit, étant surabondante, ne peut épuiser toute son action au dehors, et déborde sur les viscères en s’y comportant comme à la surface de la peau. »

Nous manquons encore de données précises et concordantes sur l’état et la composition du sang chez les scarlatineux, malgré l'importance que présenterait l'étude de ce liquide, dont l’altération spécifique est, comme nous le verrons, le point de départ de tous les phénomènes morbides observés dans les fièvres éruptives. La fluidité, que M. Piorry' regarde comme le seul caractère anatomique de la scarlatine, manque dans un grand nombre de cas. On conçoit du reste facilement que le sang se présente dans cette maladie sous les aspects les plus variés, à raison des complications nombreuses et des phlegmasies intercurrentes qui s'unissent si fréquemment à l'affection primitive : il est tantôt séreux, clair, fluide; tantôt épais, noirâtre, ou pris en caïllots qui varient

(1) Piorry et Lhéritier. Traité des altérations du sang dans les maladies. Paris, 1840.

sous le rapport de la consistance et de la couleur. Îl n'est pas rare de le voir se couvrir d’une couenne lorsqu'il y a quelque complication inflammatoire. Bicker en a vu de fréquents exemples dans l’épidémie de Rotterdam. Soumis à l'examen microscopique, il a offert à M. 4ndral” les mêmes caractères que celui de la rougeole, c’est-à-dire le maintien de la moyenne normale de la fibrine, et augmentation de la proportion ordinaire des globules, dont le chiffre s’est élevé à 136 et à 146.

Une lésion anatomique qui se rencontre dans la scarlatine, la rougeole, la variole, et qui est une des preuves du lien qui unit la dothinentérie aux fièvres éruptives, c’est le développement anormal des follicules intestinaux. Il est très-fréquent de rencontrer dans la scarlatine les glandes de Brunner développées, et les plaques elliptiques de Peyer saillantes, et même quelquefois rouges et un peu ramollies. Ces altérations, qu’un auteur” dit avoir constamment observées dans tous les cas qui se sont offerts à son examen, sont, suivant l'expression de M. Guersant *, comme le diminutif de celles qui caractérisent la fièvre typhoïde.

(1) Cours de la Faculté, 1841. Essai d’hématologie pathologique, Paris , 1843. — (2) Gazette médicale de Paris, 1835, t. rx, p. 294. — {3) Dictionnaire de médecine, Paris, 1844, t. XXVIT, D. 171.-

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Mais si elles simulent, au premier abord, celles qui se constatent dans l’entérite folliculeuse, elles présentent généralement quelques différences au point de vue anatomique. Elles s’en distinguent par l'absence de la matière sous-muqueuse qui constitue les plaques dures; par la coloration vive, le gonflement considérable, qui indiquent une phlogose plus intense que celle qui d'ordinaire a lieu dans la dothinentérie; par leur tendance moindre à l’ulcération !.

Le développement morbide des foilicules solitaires ou agminés n’est pas la seule lésion qui soit commune à la fièvre typhoïde et à la scarlatine : on trouve chez un certain nombre des individus qui ont succombé à cette dernière maladie les ganglions mésentériques un peu rouges, légèrement tuméfiés, et la rate augmentée de volume et ramollie. Toutefois, comme le font remarquer MM. Rilliet, Barthez, Blache et Guersant, si les symptômes et les lésions de la scarlatine, pris à part, rappellent quelquefois ceux de la fièvre typhoïde, l’analogie cesse dès qu’on veut établir une relation entre les résultats de l’autopsie cadavérique et les phénomènes observés pendant la vie. Ainsi, on voit les altérations des follicules intes-

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(1) Barrier. Loc. cil., L 11,’ p. 684.

tinaux , des ganglions mésentériques et de la rate, manquer dans la forme typhoïde de la scarlatine, et se montrer parfois dans les autres variétés.

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