‹ Histoire de la science politiqueChapitre 23 sur 71 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

morale, des devoirs et des droits, et que s'il lui est permis d'atteindre cette destinée de diverses manières, il ne lui est jamais permis de l'oublier. J'ajouterai que les efforts qu'ont faits les peuples modernes pour améliorer leur état et pour introduire une plus grande justice dans leurs lois, une plus grande liberté dans leurs institutions, une plus grande égalité dans leurs mœurs, ne méritent que J'admiration et l'encouragement, quelque réprobation que méritent d'ailleurs les excès qui ont pu accompagner de telles entreprises. Quant au désordre qu'on prétend être le résultat de cette noble ambition, je n'en suis pas trop frappé : car on ne voit pas que la société du moyen âge fût plus exempte de violences, de guerres civiles, de séditions que les sociétés modernes. J'irais jusqu'à dire, que la société me parait plus solidement constituée qu'elle ne l'a jamais été, que les intérêts et les droits les plus nécessaires n'ont jamais été mieux garantis. Enfin, quant à l'ai^ument tiré •des publicistes, je m'en tiens aux exemples m^mes que l'on m'oppose. Aristote est un. politique entièrement empirique : cela est vrai. Aussi a-l-il justifié l'esclavage. Gomme l'esclavage était un fait universel de son temps, il n'a pas eu la moindre pensée que ce fait pût être contraire au droit et à la justice, et il a cherché à en donner la raison. Mais s'il suffit qu'un fait soit un fait pour être légitime, je demande pourquoi nous avons hor« reur des anthropophages. Car se nourrir de chair

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hamaîne est aussi un fait. Quant à Montesquieu, j'accorderai que son génie est surtout l'observation, et rintellîgence des faits ; mais il faudrait l'avoir bien mal lu et bien mal compris, pour croire que cet adversaire éloquent et ému de l'esclavage, de la torture, de l'intolérance, de la barbarie dans les peines, du despotisme, cet ami passionné de la liberté politique, n'a pas eu aussi son idéal dans la raison et daps le cœur.

Au fond de toute politique vraie et élevée, iJ y a donc une idée morale. Mais quelle est cette idée? Et comment distinguerons-nous la vraie politique de la politique fausse ?

On distingue deux grandes doctrines en politique: Isi politique absolutiste, et la politique libérale. J'ap- * pelle politique absolutiste, celle qui ne reconnaît à l'individu d'autres droits que ceux que te pouvoir civil lui confère et lui constitue par sa volonté. Le principe de cette politique est cet axiome juridique : Quidquid principi placuit, legis habet vigorem: c'est le principe du bon plaisir. Quel que soit d'ailleurs le prince (roi, noble ou plèbe), dès que sa volonté seule fait la loi, confère le droit, établit le juste ou l'injuste, l'État est despotique. Le despotisme peut être dans les lois ou dans les actes : s'il est dans les actes, c'est le pouvoir arbitraire; s'il n'est que dans les lois, c'est purement et simplement le pouvoir absolu.

J'appelle politique libérale, celle qui reconnaît à l'individu des droits naturels^ indépendants en soi

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