XXIV INTRODUCTION
mœurs, leur origine, leur climat, montre les variations que les formes politiques doivent subir en raison de ces données diverses ? La tentative de découvrir un ' principe absolu , dans ces matières , n*est-elle pas une chimère ? La diversité et la vanité des systèmes que cette folle idée a suscités, en est une preuve éclatante. Nul peuple ne ressemble à un autre peuple, nulle époque à une autre époque : tout doit donc être variable et relatif dans les institutions et dans les lois. Voyez quels maux a produits cette chimère d'une vérité absolue en politique. Les peuples ont oublié leurs traditions, ils se sont mis à la poursuite d'une société parfaite; ils ont voulu refaire à priori leurs institutions sur ce modèle imaginaire ; et, comme les choses ne se plient pas à tous les caprices de l'imagination des hommes, irrités de cette résistance inattendue, ils se sont emportés à toutes les violences, et depuis ce temps la société flotte au hasard, sans trouver à jeter l'ancre sur aucun rivage. Enfin, considérez la science ellemême. Quels sont les plus grands publicistes du monde? Sont-ce les théoriciens, les rêveurs, les logiciens? Est-ce Platon, est-ce Rousseau? Non, ce sont les observateurs et les empiriques, c'est Aristote dans l'antiquité, et Montesquieu chez les modernes. Or, l'un et l'autre n'ont fait qu'étudier et généraliser les faits. Ils ont procédé en politique, comme en histoire naturelle, par l'observation, l'analyse et l'induction. Aussi leurs livres sont-ils les seuls instructifs : les autres fatiguent et troublent l'esprit sans l'éclairer.
INTRODUCTION. XXY
Je réponds, que l'expérience est sans doute une des conditions indispeni^bles de la science politique, qu'une politique à priori est insuffisante et incomplète; que sût-on, sans crainte de se tromper, quel est le mieux et quel est le vrai en politique, il y aurait encore à consulter les aptitudes des peuples, les mœurs et les moyens dont on peut disposer pour faire le bien. J'accorde que ce qui paraît juste en soi, peut être injuste dans un cas donné, et dans des circonstances que l'homme d'État est chargé d'apprécier ; que, d'ailleurs, toutes les formes politiques peuvent avoir leur utilité, et que pas une, même les moins parfaites, ne doit être rejetée, si elle est plus capable qu'une autre d'assurer une certaine forme de justice dans un État. En conséquence, je suis plein d'admiration pour la Politique d'Aristote et pour V Esprit des lois, qui nous font si bien connaître et comprendre les faits innombrables et divers de l'ordre politique selon les temps, . les lieux et les nations. En un mot, je fais la part aussi grande que l'on voudra à la politique empirique. Mais je maintiens qu'il y a quelque chose de justjB en soi; que ce n'est ni une chimère, ni un crime de le chercher, soit dans la science, soit dans l'État ; que l'Etat n'est pas un simple mécanisme, composé de certains ressorts, pour produire certains effets ; qu'il se compose de personnes morales avec lesquelles on ne peut pas jouer capricieusement, comme avecles touches d'un instrument; qu'il est lui-même une personne morale, ayant une fin