‹ Histoire de la science politiqueChapitre 25 sur 71 · INTRODUCTION. XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXIX

justice qui ne dérive pas de la volonté des hommes. SU pro ratione voluntasj voilà la vraie formule du despotisme.

Si la première condition de toute politique libérale est de reconnaître certains droits contre lesquels l'État ne peut rien sans injustice et sans despotisme, j'ose dire qu'il n'y a pas d'acte plus grand dans l'histoire que la solennelle déclaration des droits par laquelle l'assemblée constituante a inauguré la Révolution. On a contesté l'utilité politique et l'opportunité de cet acte célèbre, et l'on a pu donner dans ce sens d'assez bonnes raisons. Mais si la valeur politique de cet acte est sujette à contestation, sa valeur morale est considérable. Il y a eu un jour dans l'histoire, où la raison humaine, s'afifranchissant de toutes les conventions politiques et de toutes les servitudes traditionnelles, a déclaré que l'homme avait une valeur propre et inaliénable, qu'on ne pouvait toucher ni à sa personne, ni à ses biens, ni à sa conscience, ni à sa pensée ; elle a déclaré l'homme sacré pour l'homme, selon la grande expression de Sénèque, homo res sacra homini. Ce jour ne s'oubliera jamais, et il a posé une barrière infranchissable à tout despotisme.

Certaines personnes n'admettent pas la doctrine de l'omnipotence de l'État et ne veulent pas entendre parler de droits naturels. Il faut cependant choisir : ou l'État peut tout, ou il ne peut pas tout; s'il peut tout, voilà le despotisme, qui prendra telle ou telle forme selon les temps, tantôt monarchique.

XXX INTRODIICTIOK.

tantôt démocratique, mais aussi légitime sous une forme que sous une autre, puisqu'il n'y a point de droit. Mais s'il ne peut pas tout, il faut bien qu'il y ait quelque chose en dehors de lui : ce quelque chose est ce qu'on appelle le droit; et comme il ne dérive pas de la loi, je l'appelle le droit naturel. Il n'y a point, dites-vous, de droits naturels, mais des droits traditionnels. Qu'entendez-vous par là? Eh quoi! si ma vie, mes biens, mon travail, ma conscience m'appartiennent, ce n'est pas parce que je suis homme, c'est parce que telle charte, à telle époque, dans telle commune, a garanti à mes ancêtres la possession de ces choses, ou bien parce que l'usage et la coutume les a protégés? Quoi, si cette charte n'eût pas existé, si cette coutume n'eût rien fait de ce que vous dites, je ne serais pas assuré de m'appartenir à moi-même! Je ne puis rien posséder à titre de droit, mais seulement à titre de franchise et de privilège ! Il serait à désirer que ceux qui regrettent ce qu'ils appellent les libertés du moyen âge, fussent mis quelque temps au régime de ces libertés. Je ne conteste point d'ailleurs la valeur de certains droits traditionnels, et j'accorderai que la tradition n'a pas assez déplace dans notre pays. Mais que faites-vous de ceux qui n'ont pas de tradition ? Et quelles sont les traditions de ceux qui descendent des serfs et des manans du moyen âge?

On objecte que rien n'est moins défini que cequ'on appelle les droits naturels, et qu'on ne s'entendra

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