‹ Histoire de la science politiqueChapitre 7 sur 71 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

leur victime : si vous ne trompez pas, vous serez trompé : si vous n'employez pas la violence à propos, vous tomberez sous la violence. Voyez les grands politiques de tous les temps : Alexandre se faisant passer pour Dieu ; Romulus tuant son frère; César passant le Rubicon; Auguste feignant d'abdiquer l'empire pour le posséder plus sûrement ; et chez les modernes, Philippe le Bel, Ferdinand le Catholique, Louis XI, les Borgia, les Médicis, et jusqu'au généreux Henri IV, qui acjieta Paris pour une messe, en voyez-vous un seul qui ait négligé pour réussir d'employer tous les moyens, tantôt l'astuce, tantôt le crime? Voilà la politique des princes ; mais les républiques sont-elles plus innocentes? Est-il dans l'histoire un prince d'une plus insigne mauvaise foi que l'ont été les Romains? un tyran plus soupçonneux, plus cruel, plus terrible que la république de Venise? un conquérant moins scrupuleux dans les moyens, que le peuple anglais, le plus libre des peuples modernes? Si vous lisez l'histoire au point de vue de la morale vulgaire, tout vous révoltera et vous ne comprendrez rien à ces grandes révolutions. Mais pour l'homme éclairé, tout s'explique, tout se justifie, grâce à un principe supérieur, quiest, en quelque sorte, le mystère delà politique, à savoir le pi'incipe de la raison d'État. >

Ainsi parlent les écoliers du machiavélisme, trèsfiers de paraître, selon l'expression d'un d'entre eux, < déniaisés en politique, > Mais, quoique l'expérience semble leur donner raison, la science et la

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