INTRODUCTION. YU
conscience se refusent à leur accorder leur suffrage. Il n'est pas probable que les intérêts les plus graves des individus et des peuples soient couverts de voile et de mystère. La raison d*État doit céder la place à la raison publique, qui elle-même ne peut pas être en contradiction avec la conscience publique. À mesure que Tesprit humain s'éclaire, et que l'opinion pénètre dans ces arcanes de la politique, comme on les appelait autrefois {arcana imperii), beaucoup de choses deviennent impossibles, d'autres plus difficiles; et, sans qu'on puisse entrevoir encore le moment où s'opérera la réconciliation complète de la politique et de la morale, il faut avouer cependant que, depuis trois siècles, de grands progrès ont été faits, que la politique du XV* et du XVI* siècle nous paraîtrait odieuse aujourd'hui, qu'on ne supporterait même pas tout ce qu'on permettait à Richelieu et à Louis XIV, et que l'honnêteté est la première condition qu'on exige, quand on le peut, d'un gouvernement.
Pour discuter avec les politiques, on doit essayer démettre, autant que possible, l'expérience de son côté ; mais, avec les philosophes, cela n'est pas nécessaire. A ceux-ci nous dirons : peu nous importe ce qui se fait ; nous ne cherchons que ce qui se doit. Nous savons bien que les hommes ne peuvent être parfaits; mais si cette raison était bonne, elle vaudrait contre la morale privée tout aussi bien que contre la morale publique. Faut-il donc conclure que les hommes doivent se ^dispenser de toute