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Histoire de la sculpture antique

Toussaint-Bernard Éméric naquit à Aix, en Provence, le 25 août 1755. Il appartenait, par sa mère, à celle ancienne et honorable famille de typographes, qui, originaire de Lyon, vint s'étabhr, en 1577, dans la capitale de la Provence, produisit des savants et des littérateurs, et, durant le cours de deux siècles, fît sortir de ses presses, avec tant de bons ouvrages sur le pays, les actes émanés du parlement et du clergé, les délibérations des assemblées générales des communautés de Provence, alors même que, comme sous Louis XIV, la hardiesse de ces délibérations déterminait le monarque à faire expédier des lettres de cachet contre les courageux et derniers défenseurs des libertés mourantes.

A l'âge de dix-huit mois, Éméric perdit son père, estimable

Notice iiisToniQdt

négociant. Ce fut donc à sa mère, femme d’un mérite supérieur, et à deux de ses oncles, qu’Éméric dut celte éducation forte et habile, qui le rendit capable d’obtenir le grade de docteur en droit, avant d'avoir accompli sa vingtième année. On l’envoya ensuite à Paris, pour y continuer scs études sur la jurisprudence. A celte époque, dans la capitale de la France, au milieu d'une sécurité que rien ne semblait devoir troubler, la jeunesse studieuse, celle qui n’était point entraînée parle tourbillon d’un inonde dissipé, faisait peu de cas de l’étude sévère des lois, qu’elle flétrissait du nom de chicane ; elle se passionnait pour la littérature et les beaux arts, et, en n’y cherchant que le plaisir, elle y rencontrait quelquefois la gloire. Eméric céda d’autant plus facilement à ce penchant, que la profession d’avocat, à laquelle il était destiné par ses parents, ne lui paraissait étrangère à aucun genre de connaissances : si elles ne lui sont pas toutes indispensables, il n’en est aucune qni ne puisse lui être occasionnellement utile, et l’éloquence se nourrit de tout ce que le savoir peut fournir d'aliments à la pensée.

Le goût vif cl impérieux dont Eméric s’éprit pour les productions de l’art, lui fil saisir avec empressement l’occasion de faire un voyage en Italie. Ce fut dans celte contrée, que se développa en lui, par la contemplation des chefs-d'œuvre de tous les genres, et de tous les siècles, cette justesse d’appréciation, ce prompt discernement, ce coup d’œil exercé, qui caractérisent le connaisseur et l’antiquaire ; précieuses facultés ! que l'érudition ne peut donner, et dont elle ne peut se passer, quand elle veut éclairer par la critique les chefs-d’œuvre du génie, aux différentes époques de l’histoire, et les ouvragés qui en ont parlé.

Éméric s’arrêta longtemps à Florence, et ensuite à Rome; ce fut dans celle dernière ville, qu'il se lia avec plusieurs jeunes artistes de l’École française, et plus particulièrement avec les peintres David et Peyron, avec les sculpteurs Seglas et Giraud.

SUR M. KMLRIC DAVID.

La santé chancelante de sa mère rappela Emérie dans sa ville natale, et il prouva qu'un esprit étendu et flexible peut potier son activité snr plusieurs objets de natures diverses. Malgré sa passion pour la littérature et les arts, Émérie s'était fait un devoir de se conformer aux désirs de scs parents ; et aussitôt après son retour à Aix, il exerça, non sansquelque distinction, la profession d’avocat. Maisce fut pour peu de temps. Son oncle Antoine David étant mort, il lui suciéda. cl fut pourvu en 1787 du brevet d’imprimeur du roi et du parlement. C'est alors qu'il ajouta à son nom celui de sa mère, et se nomma Éméric David.

La Révolution vint bientôt l’arracher à sa nouvelle et lucrative profession. Cette profession , celle qu'il avait précédemment exercée, et les études qui avaient passionné sa jeunesse, les liaisons qu’elles lui avaient fait contracter, le portèrent naturellement à adopter avec chaleur les principes du grand mouvement populaire; ce qui, joint à la réputation d’homme de talent et de probité qu’il avait acquise, le fit nommer, par le libre suffrage de ses concitoyens, d’abord officier municipal, et ensuite maire de la ville d’Aix*. Pour ceux qui, comme Émérie David, sont nés avec une âme droite, sincère et possédée de l’amour du bien public, rien ne refroidit plus l’enthousiasme pour certaines idées, que d’être obligé, par devoir, d’assurer à chaque instant le triomphe de l'intérêt général sur les intérêts privés. Pour maîtriser les mauvaises passions, qui sont dues à de généreuses illusions, il faut être inaccessible aux unes, et savoir se défendre des autres. Émérie David, au milieu des émeutes qui se renouvelaient sans cesse, déploya en vain un ferme courage; il ne put parvenir à assurer le règne des lois, et fut forcé, après dix mois d’exercice, de résigner les fonctions de maire. Pour échapper à deux mandats d’arrestation (à celle époque, l’arres-

1 Le îô février 17'Jt.

talion était la mort), il mena une vie errante, se caelia longtemps dans une ferme près la forêt de Bondy, et ne reparut qu’après le 9 thermidor, sans avoir besoin de se justifier du crime de modérantisme, dont il était accusé. Ce fut alors qu’il céda son imprimerie à un de ses parents, et vint s’établir à Paris.

La Révolution avait dévoré sa fortune; il essaya de la refaire, en se livrant à desopéraiions commerciales. Mais, durant le temps de sa proscription, les loisirs forcés de la solitude l’avaient livré sans distraction à son penchant pour l’étude et la méditation, qui étaient devenues pour lui un besoin. Depuis qu’il s’était fixé à Paris, il n’avait pas cessé de fréquenter les gens de lettres, et les artistes ses anciens amis de Rome, et il était uniquement occupé de la composition de ses ouvrages, lorsque ses compatriotes, les habitants de la Provence, l'obligèrent à rentrer dans la vie publique : ils l’appelèrent, par leurs suffrages, au Corps Législatif en I 809 ; leur choix fut confirmé par le Sénat. La ville d’Aix n’avait pas oublié que, par ses recherches statistiques, rendues publiques par la voie de l’impression, Éméric David avait, durant sa courte administration, rendu l’important service de faciliter une juste et égale répartition de l’impôt; problème qui, en théorie, paraît facile à résoudre, et qui présente partout, dans la pratique, de grandes et insurmontables difficultés.

Durant le cours de sa carrière législative, qui dura six ans, il fut non seulement étranger à toutes les intrigues, mais même à toutes les discussions engagées pour le triomphe d’un parti ou la défaite d’un ministère. Dans tous ses rapports, dans tous ses discours, fidèle à ses convictions, il ne se laissait guider que par les vrais principes de l’économie politique, et des intérêts du commerce, qui ne s’accordent pas toujours avec les exigences du trésor public et la nécessité des impôts.

Éméric David fut nommé membre de l’Académie des Belles-

SUll M. ÉMLHIC DAVID.

Lettres, le il avril 1 8 1 6 ; et comme, après la dissolution de la Chambre des députés, en 18 15, il avait pour toujours renoncé à Ta vie politique, nous n'avons plus qu’à faire connaître ses travaux littéraires ; tant ceux qui avaient d'avance marqué sa place dans la compagnie, que ceux qui, depuis, ont encore contribué à lui acquérir un nom honorable dans les lettres.

Ces ouvrages sont assez nombreux, pour que le besoin de la brièveté et de la clarté nous force, en les passant en revue, de ne pas suivre l’ordre selon lequel ils ont été composés, mais celui que nous désirerions voir adopter, si l’on imprimait une collection de ses œuvres. Ce recueil offrirait une grande et agréable variété, et se ferait remarquer par l’unité du but et les heureux efforts employés pour l’atteindre. Dans tous les écrits d'Éméiic David, c’est toujours des beaut-arts qu’il est question. Les beaux-arts! leur histoire, leur excellence; leur importance pour la religion, les mœurs et la civilisation ; les moyens de les (aire prospérer, et de les conduire à la perfection, voilà ce qui l’occupe exclusivement. Dans tous ses écrits, on remarque une grande diversité de recherches curieuses, uue érudition choisie qui s’attache aux faits principaux, qui sait les découvrir, les classer, les condenser, les faire ressortir de manière à ce qu’ils portent avec eux leurs conclusions ; dans tous, on trouve des vues neuves, ingénieuses, quelquefois des considérations d’une grande portée, des conseils utiles, des principes fondés sur de nombreuses et judicieuses observations. Il n’est exclusif pour aucun genre, pour aucun siècle. Grand admirateur de l’art chez les Grecs, il décrit et commente avec délice les chefs-d’œuvre des modernes. Il a soumis le moyen âge, comme les temps antiques, à ses patientes investigations. Il apprécie toutes les époques, toutes les écoles, avec une égale et savante impartialité. S’il défend son pays contre les injustes dédains de l'étranger, il ne l’élève point au-dessus de l’étranger, et ne réclame point pour

lui un genre de supériorité auquel il ne doit pas prétendre. Partout où il trouve le beau, il l'indique, il l’exalte avec enthousiasme, mais avec cet enthousiasme réfléchi qui ne nuit point à l'exactitude des jugements.

S’il est permis de penser qu’en quittant le domaine de l’histoire et le solide terrain de l’observation, et en se lançant dans l’interprétation des idées et des croyances des peuples anciens, Eméric David a trop facilement laissé subjuguer son imagination par la baguette magique et le prisme aux mille couleurs de l’allégorie, on sera, en même temps, obligé de convenir que, dans cette œuvre même, la plus importante par l’étendue et la difficulté du sujet qu’il ait entreprise, on retrouve encore les qualités qui le distinguent comme écrivain: un style animé et pur, un vaste savoir, une exposition" claire et méthodique des matières qu’il traite et des systèmes qu’il embrasse.

Le premier ouvrage d’Êméric David eut pour objet le perfectionnement des beaux-arts et des arts mécaniques, en France. Dans son Mémoire intitulé : Musée olympique, publiéen 1796, il développa deux projets: l’établissement d’un musée uniquement consacré à recevoir les plus beaux ouvrages des peintres et sculpteurs vivants, et d’un autre musée pour les modèles de machines et les inventions mécaniques. On fit mieux que d’approuver et de louer l’auteur de cet écrit : on mit ses idées à exécution, et l’on créa le Musée du Luxembourg et le Conservatoire des arts et métiers.

C’est dans la même intention qu’Éméric David composa, pour un concours, l’ouvrage intitulé : De l'influence des arts du dessin, sur le commerce et la richesse des nations; il y démontre la liaison nécessaire qui existe entre l’élude des arts et celle des sciences sur lesquelles l’industrie se fonde, et comment les nations, étrangères à la culture des beaux-arts, deviennent tTibul tires de celles qui s'y adonnent.

SIR U. ÉMÉlilC DAVID.

Mais lu plus grand et le plus beau travail d’Kmérie David, sur l’art chez les modernes, est celui qui accompagne le recueil de gravures, destiné à reproduire les principaux chefs-d'œuvre de la collection des tableaux du Musée Français. Choisi par l’empereur Napoléon pour composer, avec Yisconli, le texte explicatif de celte magnifique publication, Eméric David a écrit, pour cet ouvrage, plus de cent quarante notices de tableaux. On admire dans ces notices comment la’préiision du style graphique s’unit à l'énergie et à la chaleur de cette vive sympathie, qui semble associer l’imaginai ion de l’auteur à l'ânie de celui dont il développe les pensées, dont il fait ressortir le génie; et avec quelle sagacité, lui, étranger à la pratique de l’art, il nous révèle les magiques artifices de l’artiste pour produire les efiets qui font admirer son œuvre.

A ces notices, on devrait joindre celles qu ’Éméric David composa pour les cinq tableaux de Raphaël, appartenant à l’Espagne, qui, durant leur trop courte apparition dans la capitale de la France, ont excité tant d’admirations et de regrets.

Dans la même classe d’écrits, on doit ranger une suite d’artiiles sur les beaux-arts, qu’Eméric David ainsérés dans leMo ■ nilcur, et particulièrement son Tableau historique de la réforme opérée en peinture depuis Vieil jusqu’à nos jours ; et son Tableau historique de la sculpture française depuis l’igale jusqu’aujourd’hui, imprimé dans 1 1 Revue européenne ; et encore, les notices, qu’il donna à la Biographie universelle , sur plusieurs artistes modernes. Tous ces morceaux con’ribuent à nous faire connaître l’art et les différentes écoles qui, chez les modernes, se sont, en quelque sorte, partagé son domaine. Toutefois, on ne compléterait pas toutes les vues nouvelles et toutes les importantes considérations qu’Eméric David a développées sur ce sujet, si l’on n’y joignait deux Discours inédits, qui ont remporté les prix aux concours pour lesquels ils furent composés: l’un, sur la vie et les ouvrages de Pierre Puget; l’autre, sur la vie et

les ouvrages de Poussin. Le nombre de gravures indispensables pour la parfaite intelligence de ces deux discours, dont Éméric David ne pouvait faire les frais, l’a forcé de renoncer à les faire imprimer: ce qui est d'autant plus regrettable, pour Puget, qu’on a peu gravé d'après cet artiste, qui, jamais pur, toujours hardi, original, expressif, et quelquefois sublime, est plus connu comme sculpteur que comme peintre et comme architecte; et c’est surtout sous ces deux derniers rapports, qu’Éméric David a su le faire apprécier.

Les ouvrages qu’Éméric David a spécialement consacrés à l'histoire de l’art depuis sa renaissance chez les modernes, se recommandent par la précision et la clarté- du style, tel qu’il convenait pour exposer brièvement le grand nombre de faits curieux et instructifs que l’auteur avait à faire connaître. Ils ont été composés pour le Musée Français. Ce sont deux Discours, l'un sur l’histoire de la gravure entaille-douce et sur la gravure en bois; l’autre sur l’histoire de la peinture au moyen âge. Quoique ce second Discours embrasse un espace de temps moins grand que le premier, il surpasse celui-ci par la nouveauté des recherches, et aussi, parce qu’il a rempli une lacune qu’avaient laissée les auteurs qui, avant Éméric David, ont écrit sur la peinture. Ces auteurs 11e s’étaient occupés que des écoles modernes, et n’étaient jamais remontés au delà du treizième siècle. Éméric David commence son histoire des arts du dessin, depuis l’époque où, sur les débris du paganisme, Constantin cl le pape saint Sylvestre consacrèrent la peinture à l’embellissement des temples chrétiens, jusqu’au temps des croisades, ou nos pères, sous le règne de Louis le Jeune et de Philippe-Auguste, reconnurent enfin leur ignorance eu contemplant la magnificence de Constantinople et les ruines de l'antiquité. C’est cette obscure période de temps, qui comprend un espace de neuf siècles, qu’Eméric David a éclairée par sa critique et ses recherches.

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