SUR LUS MONNAIES
do Pétersbourg, avait jugé que ces monnaies devaient appartenir à la ligue achéenne. Mais il s’était persuadé que toutes les lettres placées au revers, isolées eu liées ensemble, étaient les initiales réunies des villes associées à la ligue, lesquelles auraient fait frapper une monnaie en commun, de sorte que la même pièce pouvait oiTrir, par exemple, les noms d 'Epidaure, de Mcgalopolis, de Tégêe, d' Anligonèe. Frœlicb a adopté l'idce de Baver. Eckliel, au contraire, a rejeté ce système. Il a laissé totalement à l’écart les monnaies d’argent, les regardant comme incertaines ; et comme il fallait cependant admettre qu’à l’époque de !a ligue achéenne, les villes confédérées avaient fourni, d’une manière q> elconque, leur contingent aux dépenses communes, il a reconnu, seulement pour monnaie de la ligue, les médailles de bronze conformes aux désignations que nous venons de donner.
M. Sestini s’est rangé à l’opinion de ce savant antiquaire. M. Mionnet, qui, dans son vaste et précieux Catalogue, s’est imposé la loi de suivre le classement d'Eekhel, ne pouvait pas l’abandonner dans celle occasion. Il a décrit toutes les monnaies, soit d’argent, soit de bronze, dont nous parlons, comme appartenant à la ligue ; mais il n’a indiqué les villes qui les ont fait frapper, que pour crjles de bronze. C’était, toutefois, une notable amélioration que de ne les avoir pas attribuées toutes à la province d’Achaïe.
On voit que la.question, traitée dans l’ouvrage dont nous avons à parler, n’intéresse pas seulement les antiquaires, mais encore toutes les personnes appliquées à l’étude de l’histoire, puisqu’il s’agit de savoir si des États grecs, confédérés pour une guerre commune, ont jugé utile de frapper chacun séparément une monnaie sociale, garantie par une loi générale, protégée par le même Dieu, marquée d’un même type, sans qu’aucun de ccs États, tous indépendants, parût abandonner, même pour cet objet particulier, et passagèrement, le droit d’émettre des monnaies, attaché à son autonomie. Une semblable détermination parait singulière dans nos mœurs 1 car des États qui for-
t>K LA LIGUE ACH^ENMt.
nieraient aujourd’hui une ligue, à quelque fin que ce pût être, sans douie, ne s’aviseraient pas de verser à leur trésor commun des monnaies frappées par chacun d'eux, tt marquées cependant de types uniformes. Mais, quand il s’agit des anciens Grecs, il faut porter en compte, d’une part, la jalousie de la souveraineté, souvent attaquée, et sans cesse occupée de défendre ses droits; de l'autre, l'infinie diversité des monnaies qui avaient cours simultanément sur un territoire divisé en une muliitude de républiques indépendantes ; la nécessité d’en faire reconnaître le litre, la méfiance qui devait souvent en accompagner la circulation, l’habitude des peuples d’accueillir de préférence celle de tel ou tel pays. En imposant à chaque État l’obligation de verser, pour son contingent, des monnaies frappées dans son propre sein, partant ses empreintes habituelles, mais offrant en même temps des signes communs, présentant toutes l’image de Jupiter, congrégaleur ou Panhellénien, toutes d’une même forme et d’un même poids, la confédération assurait le crédit général, sans attenter aux droits des confédérés, et garantissait la bonne foi de chacun de ses membres par la sanction de tous.
b’n passage de Polybe prouve que la ligue achéenne attacha, en effet, de l’importance à cette uniformité de son signe monétaire.
« Les peuples, dont se compose la confédération achéenne, » dit Tolybe, sont si intimement unis entre eux, qu’ils ont les » mêmes lois, les mêmes poids, les mêmes mesures, les mêmes » monnaies, comme aussi les mêmes magistrats et les mêmes » juges : on dirait que le Péloponèse tout entier ne forme » qu’une seule ville. » (Liv. II, chap. xxxvn.j Ce fait en luimême ne peut être révoqué en doute, attesté par un écrivain tel que Polybe; mais il a besoin d’être expliqué. Les villes de Sparte, de Corinthe, de Sicyone, n’abandonnèrent pas leurs anciennes lois pour en adopter de nouvelles, et ne renoncèrent pas à leurs tribunaux en s'affiliant à la confédération. Polybe veut «lire que les peuples confédérés eurent des règlements, des magistrats, qui leur furent communs, et qu’ils eurent aussi des monnaies communes, pour les dépenses de la ligue. De là, il
SUn J.F.S MONNAIES
suit qu'il a existé des monnaies de la ligue achéenné; que ces pièces doivent être celles que nous voyons marquées du chiffre A. X., et quelles n’appartiennent pas à la province d’Achaïe, mais à la confédération.
Mais, d’un autre côté, si les États de la ligue ont eu des monnaies communes, ce ne peuvent pas être seulement des monnaies de bronze, d’autant que dans des collectes souvent amenées de loin, et dans des guerres perpétuelles, il fallait transporter le trésor public à de grandes distances.
Ces premières remarques servent de base au travail de M. Cousinéry. Elles laissent seulement à examiner si les monnaies d’argent ont été frappées par les villes dont elles portent les types, ou dans l’Achaïe même, pour, le compte de ces villes eonfé lérées. M. Cousinéry présente U ce sujet i/ffe idée toute naturelle, c'est que chaque État n'a pas plus renoncé à son droit de frapper des monnaies qu’à ses lois, à ses magistrats, à ses juges ; que les symboles et les initiales indiquent les villes où la fabrication a eu lieu, et que, par conséquent, chacune d’elles a fabriqué dans son sein pour payer son contingent.
Personne mieux que cet habile connaisseur ne pouvait répaudre de la lumière sur ees questions encore si obscures de la numismatique. Un séjour de plus de quarante ans dans les Échelles du Levant ; des voyages réitérés dans toutes les contrées classiques de l’Asie et de la Grèce, entrepris pour rassembler des médailles ou consacrés en partie à cet objet; trois grandes collections formées successivement par ses soins, et qui ont enrichi les cabinets royaux de Munich, de Paris et de Vienne; quelques écrits, en petit nombre, mais appréciés des » antiquaires, ont honoré son nom, et donné à ses opinions un juste crédit. Toutes les monnaies qu’il décrit lui ont appartenu.
« Je n’ai cité, dit-il, aucune ville dont je n’aie possédé quelque » monnaie d’argent. Il peut se trouver beaucoup d’autres mon- » naies que je ne connaisse pas ; j'ai parlé seulement de celles » que j’ai vues. » Ce tou simple et sans prétentions, inspirera, sans doute, de la confiance à ses lecteurs.
DE LA LIGUE ACIlÉENNE.
M. Sestini avait donné des médailles de bronze à vingt-sept villes de la confédération achéenne. M. Cousinéry reconnaît, en outre, des monnaies d’argent frappées dans seize villes, dont quatre ne figurent point, jusqu'à présent, dans la liste de celles qui ont émis des monnaies de bronze. Il divise ces monnaies en six classes. Dans la première, il comprend celles qu’il croit avoir été frappées pour la ligue, antérieurement à Aratus, et qui ont été fabriquées effectivement dans la province d’Aebaïe. Il range, dans la seconde, celles qui se distinguent seulement par les symboles des villes où elles ont été fabriquées. Dans la troisième, celles qui ne portent aucun symbole, mais les lettres * initiales de villes. Dans la quatrième, celles où se trouvent en même temps les initiales, etc. Toutes présentent, ainsi que nous l’avons dit, comme types principaux, la tète de Jupiter et le monogramme A. X.
Dans la seconde classe, on reconnait les monnaies de l’ile d’Égine, portante poisson qui caractérise ordinairement celte ile; on y trouve Mégare avec sa lyre; Lacédémone avec les bonnets des Dioseures. Dans la quatrième, se voient Argos, avec sa lettre initiale A, et la tête ou la partie antérieure d’un loup; Caphya, avec ses initiales K. A., et sa tête casquée de Minerve ; et ainsi, de toutes les autres villes.
Toutes ces observations laissent peu de doutes sur la justesse du système de l’auteur.
Quelques-unes des monnaies qu’il cite présentent , outre les initiales des villes, un, deux, et jusqu'à trois monogrammes. Bayer y a vu les initiales des noms de magistrats; M. Cousinéry va plus loin, il croit y reconnaître l'éponyme, désigné non-seulement par son nom, mais encore par celui de sou père et de son aïeul. Eckliel avait proposé celte idée comme un moyen général d’expliquer ces doubles et triples monogrammes : M. Cousinéry l'applique à l'éponymat.
Dans la cinquième classe, il range les monnaies fournies à la ligue par les villes de l’Achaïe : ce sont Ægira, Patras, Pallène, etc. Ces monnaies lui fournissent un nouvel argument eu