LIBRAIRIE RENOUARD, 6, RUE DE TOURNON
HENRI ZjOONES, Successeur
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PRÉFACE DE L’ÉDITEUR
L'histoire de la Sculpture française, que nous publions aujourd’hui pour la première fois, sur les manuscrits de l’auteur, est un des ouvrages les plus importants et les plus utiles d’Éméric-David. On s’étonnera qu’il ne l’ait pas fait paraître de son vivant, ou du moins qu'il n’en ait donné au public que le premier chapitre, comme un avant-goût, dans les Remarques sur la Sloria délia Scultura du comte de Cicognara.
Cet ouvrage, en effet, était totalement achevé, depuis 1817, et il eût figuré tout entier, à cette époque, dans les Annales encyclopédiques , si le directeur de cette revue, consacrée à l’examen des livres nouveaux plutôt qu’à l’impression d’œuvres originales, avait consenti à imprimer le travail entier d’Éméric-David; mais il s’y refusa, en prétextant la longueur de l’œuvre, qui resta en partie inédite. Éméric-David ne voulut pas depuis la publier lui-même, parce qu’il jugeait ^ utile de joindre à son texte quelques gravures, qui auraient i augmenté beaucoup les frais de publication.
L'Histoire de la Sculpture française est aussi neuve, aussi ! curieuse, que celle de la Peinture au moyen âge; dans l’un 1 comme dans l’autre sujet, tout était à découvrir, à mettre en lumière, à prouver. Eméric-David arrivait le premier sur un terrain vierge et inconnu, plein de débris sans nom et de restes informes : il lui a fallu déblayer le sol, pour ainsi dire, et retrouver laborieusement les vestiges d’un édifice écroulé
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et disparu. Nous ne possédions pas encore d'histoire de la Sculpture française : Éméric-David l’a écrite le premier.
Ce beau résultat de tant de recherches consciencieuses est sorti pourtant d’un simple article de critique littéraire. Éméric-David avait à examiner, en ce qui concerne la France, la grande Histoire de la sculpture , que venait de publier le comte de Cicognara : il a voulu démontrer que rien n’égale la partialité et la légèreté du célèbre auteur dans ses jugements sur l’art et les artistes français; et, pour faire mieux comprendre que toute cette partie d'un livre, d’ailleurs si estimable, était à recommencer ou du moins n'existait pas, il a fourni lui-même un admirable modèle, qui devait combler une lacune systématique dans la Sloria délia Scullura.
Non-seulement il a vengé très- dignement la France artistique des injustes dédains de l’archéologue italien, mais il a établi, par des preuves incontestables, que l’ancienne France, sous le rapport de la statuaire, n’avait rien à envier, même à l’Italie. C’est lui qui nous fait connaître une multitude d’œuvres d'art, qui à toutes les époques ont signalé le talent et l'émulation des sculpteurs français. Combien de faits nouveaux, qui n’avaient jamais été recueillis dans les chroniques originales 1 combien de noms célèbres, qui étaient ignorés et perdus pour l’histoire de l’art!
Reportons-nous au temps où ce livre a été composé, pour en apprécier tout le mérite. Alors, il y a trente ans, les Annales archéologiques de M. Didron, la Revue archéologique de M. Leleux, les publications du Comité des arts et monuments, les efforts de la Commission des monuments historiques, les accroissements de nos Musées, leurs nouveaux catalogues, et surtout les admirables travaux de M. le comte Léon de Laborde, n’avaient pas encore rendu plus facile la tâche de Hiistorien des arts du moyen âge. Éméric-David a dù tenter, à lui seul, ce qui a été exécuté depuis par tous les infatigables défricheurs de l’archéologie nationale.
On doit regretter qu’il n’ait pu faire usage des innombrables matériaux qui ont été découverts et mis au jour depuis
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VU
le temps où il écrivait son livre : il en eût tiré d’immenses ressources pour le sujet dont il s’occupait alors. Nous signalerons surtout deux recueils, qui renferment les documents les plus précieuK : les Annales archéologiques de M. Didron, et les Ducs de Bourgogne de M. le comte Léon de Laborde. Ce dernier ouvrage, dont trois volumes seulement de la seconde partie, contenant les preuves, ont paru aujourd’hui, est un vaste et riche répertoire de renseignements originaux sur l’époque la plus brillante de l’histoire des arts. M. Léon de Laborde, en faisant le dépouillement des Comptes de l’hôtel des rois de France et des ducs de Bourgogne au quinzième siècle, nous a fait connaître une foule d’artistes qui n’avaient laissé aucune trace, et dont les ouvrages ne subsistent plus depuis longtemps. La première partie de son livre aura pour objet de coordonner tous ces faits nouveaux dans une savante dissertation et d’en former une véritable histoire de l'art français.
Dans son beau travail, intitulé : la Renaissance des arts à la cour de France , le même écrivain doit consacrer un volume entier à la sculpture du seizième siècle, et l’on peut être certain d’avance qu’il confirmera la plupart des faits qui sont relatés pour la première fois dans l 'Histoire de la Sculpture française d’Éméric-David.
Cette histoire n'a pourtant pas été complètement achevée, et l’on y remarque des lacunes qui témoignent que l'auteur avait encore le projet d’y travailler, surtout dans le chapitre consacré au seizième siècle. Nous avons ajouté, pour y faire suite, le Tableau historique des progrès de la Sculpture française, depuis Pigale jusqu’aujourd’hui, qui avait été publié dans la Revue européenne , en 18*25. Malheureusement, on n’a retrouvé, dans les papiers d’Fméric-üavid, aucun travail analogue concernant la sculpture et les sculpteurs du dixseptième siècle.
Notre publication eût été incomplète, si nous avions négligé de réunir à ce volume les Remarques sur la Storia délia Scultura. Ces Remarques, si judicieuses, ne font pas
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double emploi avec Y Histoire de la Sculpture française , car elles n’en reproduisaient qu’un seul chapitre, que nous avons supprimé en les réimprimant. Elles offrent, d'ailleurs, un grand nombre d'indications précieuses et d’excellents jugements qui ne sont pas répétés dans Y Histoire de la Sculpture française, et qui s’y rapportent à divers égards. On sait, d’ailleurs, que ces Remarques ont paru dans la Revue encyclopédique , et ont été tirées à part, au nombre I de deux cents exemplaires, avec le sous-titre d 'Essai historique sur la Sculpture française.
Enfin, pour que l’ouvrage d’Eméric-David, composé il y a plus de trente ans, soit mis au courant des travaux récents de l’archéologie, nous l’avons fait suivre de notes et d’observations par M. Jean du Seigneur, statuaire distingué, un des hommes les plus capables de comprendre l’art du moyen âge, un des p’us instruits dans ia biographie des anciens artistes de la France.
Paul Lacroix.
TABLEAU HISTORIQUE