DES
Ke nos deserat inemoria patrum.
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t/art de la sculpture n’a cessé d’être cultivé chez les Français à aucune époque de leur histoire. Ils ont exécuté de vastes monuments de marbre, moulé le bronze, façonné l'argent, au milieu des troubles, des désordres, des calamités de tous les genres, qui affligeaient leur patrie, sous le règne turbulent des descendants de Clovis. Charlemagne leur inspira une nouvelle activité. Non-seulement ce grand homme décorait les voûtes, le pourtour des murs de ses édifices, de mosaïques, de tentures, de lapis, du peintures tracées sur bois, sur toile; mais encore il les enrichissait de statues, de bas-reliefs, d’une somptueuse argenterie, rehaussée de figures, variée de plusieurs couleurs, ornée de damasquinures, de nielli , de pierreries. La sculpture était devenue sous son règne un moyen de représenter au vif les mystères de la religion et de les enseigner au peuple. Les productions du ciseau dont les façades et l'intérieur même des églises étaient
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couverts, sorte de discours souvent expressif et. pathétique, formaient, suivant le langage d'alors, le livre des illetlrés.
^ L'anarchie féodale n’anéantit point cet amour de l’art, devenu une habitude nationale; le flambeau pâlit, mais ne s'éteignit pas. L'orgueil, à défaut de la piété, employa le ciseau dés artistes. La magnificence des tombeaux, qui n'avait jamais entièrement cessé depuis les Romains, s’accrut pour perpétuer la mémoire des princes, des prélats, des plus petits seigneurs, des «impies prieurs de couvents, devenus possesseurs de presque toutes les richesses. Ces tombeaux prennent toutes sortes de formes : tantôt, et c’est l’usage le plus constant, la statue, portrait du mort paré de ses habillements les plus magnifiques, est couchée sur le sarcophage ; tantôt le corps sculpté est visible lui-même, dans l’intérieur percé d’arcades ; tantôt des figures en ronde-bosse de personnages élevés, d’évêques, de moines, sont posées autour de l’urne sépulcrale, comme au quatrième siècle celles du Christ et des Apôtres ; tantôt le monument, couver d’ornements significatifs, reçoit la forme d’une chapelle- d’un* façade d’église, d’un lit ou d’un trône à baldaquin.
Dès le douzième siècle et même dès le onzième, l’art sembla renaître, soit que la France eût alors le bon esprit d'appeler dans son sein quelques statuaires grecs, soit que le génie national eût reçu un nouvel élan, de la passion de bâtir, devenue universelle. La sculpture produisit, à cette époque, des ouvrages, dont la vérité, la naïveté, la dignité quelquefois, eurent droit de nous étonner. Saint Louis multiplia les encouragements donnés à l’art par son aïeul Philippe-Auguste, par Louis le Jeune et par le roi Robert. Une architecture toute nouvelle, née peu de temps avant ce grand prince, portée sous son règne au plus haut degré de perfection, anima ses légers édifices par une sculpture, inachevée sans doute, mais où se remarquait déjà le sentiment d’un art qui revenait à se* vseis principes. Charles V fut, de son temps, uu
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autre Louis XIV; architecte lui-même, habile deviseur et prudent or dormeur , il encouragea les arts par une habile politique autant que par un effet de son goût naturel; et, dans le siècle ^ déplorable qui suivit son règne, tel fut le produit de l'impulsion qu'il avait donnée, que les progrès allèrent toujours croissant.
La cour voluptueuse de Charles VII trouva dans les arts des jouissances nécessaiies à sa galanterie; celle de Louis XI, à sa dévotion; et sous le règne paternel de Louis XII, s'était enfin élevée parmi nous une école de sculpture, purement française, nombreuse, sage, savante, dont les chefs-d’^'ùre subsistent encore dans nos églises et dans nos musées. \
Sans doute, on ne me soupçonnera pas de vouloir assimiler
nos sculptures des quatorzième et quinzième siècles aux chefsd’œuvre des maîtres italiens du même temps. Dans le ouzième et le douzième siècle, la France peut être mise en parallèle avec l’Italie. Elle 11’avait pas déchu davantage, peut-être moins, au treizième siècle, qui est celui de la restauration; c’est le même principe qui reprend son empire chez les deux peuples. Vérité, naïveté, tel était le but que s’efforcait d’atteindre tout homme qui, chez l’une ou l'autre nation, commençait à s’éclairer. L’Italie et la France marchèrent de pair. La preuve de ce fait se retrouve en plus d’un endroit sous nos yeux. Nous possédons encore, malgré d’innombrables destructions, une foule de monuments de cet âge, où se fait sentir toute la vivacité du sentiment qui n’a jamais cessé d’inspirer nos artistes. Au quatorzième, au quinzième siècle, cette égalité ne subsiste plus. Les causes mo" raies qui portaient l’Italie au perfectionnement de tous les arts, agissaient avec une activité toujours croissante. Le génie florentin prit alors un vol que nul peuple ne pouvait égaler. Eh ! qui placer à côté des Brunelleschi, des Donatello, des Ghiberti, desPollajuolo ? Moins favorisé, l’art français marcha plus lente, ment, mais il ne s’égara point; il s’épura, se réchauffa, s’enno*
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blit ; on voit de jour en jour ses progrès. On peut dire que les artistes français formaient, à cette époque, une école nationale, et, ce qui est remarquable, une école qui ne devait qu’à ellemême son instruction. On vit briller à sa tête : Michel Colomb, Jean Texier, François Marchand, André Colombau de Dijon, Jean Juste et son frère, natifs de Tours. Un chef-d’œuvre honora ses derniers moments; ce fut le tombeau de Louis XII, ouvrage de Jean Juste et un des ornements aujourd’hui de l’église de Saint-Denis. 11 a été souvent répété que ce tombeau est l’ouvrage de Trébatti (Paul-Ponce) ; c’est là une erreur grave qu’il faut déraciner, non-seulement parce qu’elle ravit au génie français une de ses palmes, mais plus encore parce qu’elle dé<nature totalement l’histoire de l’art moderne. Ouvrage de Paul- Ponce, ce monument serait le premier de la sculpture, importée en France, comme nous le verrons, par des maîtres italiens; ouvrage d’un Français antérieur à Paul-Ponce, il marque, au contraire, le point le plus élevé où était parvenue notre école nationale. Elle florissait, quand, saisi d’un juste enthousiasme pour les chefs-d’œuvre de l’Italie, mais appréciant mal ses propres sujets et trompé par l’élégance déjà maniérée de l’école de Florence, François Ier, en amenant parmi nous une colonie de fnaîtres florentins, força, par cette irruption, le ciseau français S’abandonner les sages principes où il se perfectionnait cle plus en plus. Il fallut que notre école adoptât le style de ces maîtres. Alors, chose singulière, il arriva tout à coup que ce ciseau français, objet des dédains de ces prétendus réformateurs, améliora
cette manière qu’on lui imposait, et sut y apporter plus de na-
turel, plus de vie, plus de finesse, de grâce, de beauté. Jean Goujon, Bullant, Germain Pilon, Bontemps, surpassèrent leurs guides ; mais cette manière empruntée ne pouvait pas jeter de fortes racines; bientôt elle s’anéantit. Elle disparut avec Pierre Biard le fils* dernier sculpteur, sous le règne ou à la mort de
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Henri IV ; et tandis que le Poussin régénérait la peinture, nos statuaires français fondèrent une école totalement nouvelle, qui n'était pas sans défauts, mais qui se préserva du moins des vices outrés où était alors tombée T Italie, lasse, pour ainsi dire, du bien. Favorisée par Louis le Grand, elle entoure son trône de somptueux monuments ; elle se corrompt et déchoit sous Louis XV; et enfin, retrempée par une étude approfondie de la nature et de l'antique, elle jette de nos jours un tel éclat qu’il ne lui reste plus à égaler que les Phidias et les Praxitèle t
Tel est l’ensemble qu'aurait à tracer l'écrivain qui, sans prévention, oubliant s’il est Italien ou Français, écrirait l’histoire de l'art européen. Je n’aspire point à une si haute entreprise. Je veux seulement citer des monuments, rappeler des faits, fixer des dates, repousseï des assertions inexactes. Je n’écris point une histoire de l’art : je me borne à olfrir des matériaux à la plume judicieuse qui osera traiter un si beau sujet.
Je suivrai l’ordre chronologique, comme je l’ai fait dans d’autres ouvrages; si quelquefois je parais m’en écarter, ce sera pour ne pas séparer des objets liés naturellement les uns aux autres. J’y reviendrai. Mon travail sera divisé en huit chapitres. Je parlerai d’abord des principales productions de la sculpture française depuis Clovis jusqu’à la fin du douzième siècle. Je citerai ensuite des monuments de sculpture du treizième siècle, des monuments du quatorzième, du quinzième et des commencements du seizième, jusqu’à la mort de Louis XII ; et j’essayerai de courtes notices sur tous les sculpteurs français, venus à ma connaissance, depuis le règne de Clovis jusqu’à l’an 1515 ou 1525 environ.
J’aurai, par ce moyen, suivi l’art français dans toutes ses périodes antérieures au règne de François Ier et à la fondation de l'école de Fontainebleau, qu'on peut appeler Técole gallo-florentine.
En terminant cet essai, j’offrirai à mes lecteurs un aperçu ra-
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pide des travaux de nos maitres les plus illustres et de la distinction de nos écoles, depuis l’arrivée du Rosso et du Primatrice en France jusqu’aux premières années de Louis XIV. On pourra juger s’il est vrai que la France n’ait eu, comme on l’a dit? jusqu’au seizième siècle, ni sculpture ni sculpteurs. Honorons l’Italie, célébrons ses inimitables chefs-d’œuvres ; mais ne dés* héritons pas notre France ; sou histoire est uue partie de l’histoire universelle.