Bayet, lli t. de la céramique grecque, p
siècles sans faire de progrès bien appréciables ; après la destruction de la « ville brûlée », elle ne s'est pas beaucoup modifiée jusqu'à l'établissement de la colonie éolienne, au onzième ou au dixième siècle '. 11 est donc prudent de ne pas reculer outre mesure la date déjà très vénérable des antiquités troyennes. La limite supérieure nous échappe. Nous pouvons seulement affirmer qu'elles sont antérieures au douzième siècle avant notre ère.
Les trouvailles d'Hissarlik ne forment plus aujourd'hui un groupe isolé. Elles peuvent être rapprochées d'objets analogues, et nous avons la preuve que les premiers habitants des pays grecs ont traversé la même phase de civilisation. C'est surtout dans l'île de Chypre que l'on peut trouver des éléments de comparaison.
Avant que les Phéniciens de Sidon, et, plus tard, ceux de Tyr, eussent fondé à Chypre des villes florissantes, l'intérieur de l'île était occupé par une population venue de la Syrie ou de la côte cilicienne. C'était un peuple de pasteurs, vivant de l'élève des troupeaux et des produits de l'agriculture. Il n'a d'ailleurs laissé d'autres traces de sa présence que des nécropoles éparses çà et là, et qui se distinguent nettement des sépultures postérieures à la colonisation phénicienne, c'est-à-dire des tombeaux de Tamassos, d'Amathonte et de Curium2. Les tombes préphéniciennes, qu'on rencontre au nord jusqu'à Chytroi, au sud jusqu'à Maroni, contiennent un mobilier funéraire assez pauvre. Il n'y a ni argent ni fer ; l'or n'y apparaît qu'en très petite quantité. Des poignards de cuivre de forme allongée, des pointes de lances et des haches de même métal rappellent les armes trouvées à Troie. Enfin les poteries, faites d'une terre mal pétrie et mal cuite, décorées d'ornements incisés, peints, ou modelés en relief, offrent également des formes semblables à celles des céramiques de la Troade.
La plastique n'est guère plus avancée. Elle est représentée par des terres cuites votives, d'une exécution toute primitive. On en jugera par le spécimen ci-joint, qui appartient au Musée du Lou-
1. Voir Ph. Greg., Archaeologia, t. XLVIII, p. 299. M. Duernmler l'appelle <r eine Jahrkunderte lange Cnltur ». Mittheil. Athen, XI, L886, p. 252,
2. L'étude des plus anciennes nécropoles de Chypre a été faite par M. Duemniler, dans un article que nous n'avons guère qu'à résumer ici : Mittheihmgen von den griech. Insein, IV; Aelteste Nekvo- /"«< n auf rv„ m, dans les Mittheil. Athen, IX, 1886, p. 209-202.
vre1 (fig. 4). La technique est d'une simplicité enfantine. L'ouvrier a d'abord façonné une galette de terre de forme rectangulaire, puis pincé l'argile entre ses doigts pour obtenir la saillie du visage et de deux énormes oreilles. Quelques coups d'ébauchoirpour indiquer les traits, deux trous dans les oreilles pour y passer des anneaux, des boulettes de terre étirées ou aplaties pour figurer la coiffure et les colliers avec leurs pendeloques, deux moignons ajoutés en guise de bras, voilà tout le travail de mise en œuvre et d'achèvement.
Parfois cependant le modeleur semble s'inspirer de quelque modèle étranger. Les mêmes tombes, surtout celles d'Alambra , ont encore livré une riche série d'idoles en terre cuite ou en calcaire, dérivant, comme l'idole de plomb d'Hissarlik, d'un prototype babylonien. C'est toujours l'image de la même déesse représentée nue, les bras croisés sur la poitrine. On sait que ce type a fourni une longue carrière dans l'art industriel de Chypre ; les coroplastes de l'île l'ont constamment reproduit, depuis les plus lointaines origines, jusqu'à l'époque de la décadence. Mais les idoles trouvées dans les tombes préphéniciennes sont beaucoup plus voisines du modèle oriental que les adaptations faites à une date plus récente. Quelques-unes offrent toute la naïveté d'une industrie dans l'enfance, qui copie péniblement les produits d'un art plus avancé : témoin celles de ces idoles où le buste seul est modelé, tandis que le reste du corps est figuré par une galette de terre cuite rectangulaire2.
Ces informes essais ne nous arrêteront pas longtemps. Il nous suf-
Fm. 4. — Terre cuite primitive de Chypre. (Musée du Louvre.)
1. Je dois la photographie de ce monument à l'obligeance de M. Ed. Pottier.
2. Doell, Die Sammlung Cesnola. (Mémoires de l'Académie de St-I'étersbourg, VII* série, XIX. 1873) pi. XIV, n0' 2 et 3. Cf. Ed. Pottier. Les statuettes de terre cuite dans l'antiquité; Paris, Hachette 1890, p. 15.
fira de constater qu'à Chypre et sur les côtes de la Troade, règne une civilisation identique, au moins dans ses aspects généraux. La plastique se réduit à des inventions barbares, ou à de grossières imitations d'un modèle oriental dont le type primitif est originaire de la Chaldée. Telles sont les conclusions qu'il nous importe de retenir poulie moment.