‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 9 sur 280 · Sayce, dans Schliemann, flios, p · texte numérisé non relu

Sayce, dans Schliemann, flios, p

aurait occupé l'Asie Mineure'. Personne assurément ne contestera la similitude de la civilisation troyenne avec celle des anciens Chypriotes. Parmi les objets trouvés à Hissarlik , plusieurs portent de courtes inscriptions qui ont pu être déchiffrées2 ; or, autant qu'on peut en juger, les caractères rappellent ceux des plus vieilles inscriptions de Chypre. Originaire de l'Asie Mineure, l'alphabet dont les ïroyens ont fait usage, comme les Lydiens, est en rapport étroit avec celui que les habitants de Chypre ont conservé fort longtemps, même après l'adoption, par les autres Grecs, des caractères phéniciens. Mais ces analogies de civilisation permettent-elles de conclure à l'identité de race? Toute la question est là. En l'état actuel de nos connaissances, il est prudent de rester d'accord avec les traditions antiques, et de reconnaître dans les premiers occupants de la colline d'Hissarlik des Dardaniens venus de la Thrace, appartenant, comme les Phrygiens, les Tliraces et les Hellènes eux-mêmes, à la grande famille aryenne.

L'identification de la « ville brûlée » de Schliemann, la date des antiquités d'Hissarlik, sont au nombre des questions qu'on agitera longtemps encore, sans qu'on puisse espérer les trancher d'une façon décisive. Certains savants se refusent à reconnaître dans la seconde cité d'Hissarlik la ville détruite par les Grecs au douzième siècle '. François Lenormant allègue l'absence de toute influence hétéenne, phénicienne et assyrienne, ainsi que l'état de barbarie révélé par les fouilles; pour lui, la ville brûlée est une bourgade dardanienne, antérieure à la fondation de Troie, antérieure même aux expéditions maritimes des Teucriens et à leurs attaques contre l'Egypte. Nous n'avons pas à rouvrir un débat qui a suscité de vives polémiques'. Bornons-nous à constater que les influences hétéennes, ou, d'une manière plus générale, asiatiques, ont laissé leurs traces dans la collection

1. Mittheilungen des arch. Institutesin Athen, XI, 1886, p. 249-254.

2. Ce sont des fusaïoles en terre cuite, c'est-à-dire des objets en forme de peson de fuseau, un cachet cylindrique et un vase sur le col duquel sont tracés des caractères. Voir Sayce, dans Ilios, appendice II, p. 901. Cf. Perrot et Chipiez, t. III, p. 496.

3. E. Curtius, Histoire grecque, trad. fr. de Bouché-Leclercq. t. I. p. '.'1. Dans la dernière édition allemande de cet ouvrage (1889). M. Curtius se prononce cependant d'une manière moins nette. Cf. Fr. Lenormant, les Antiquités delà Troade, p. 64, 72. S. Reiuach, Manuel de philologie classique, II, p. 82.

4. Voir la longue bibliographie citée par SchUemann, Ilios, p. 231-23$, et en particulier Jebb, Journal of Hellenic Studies, 1883.

troyenne ; ainsi, les objections formulées par François Lenorniant n'ont plus la même portée. En outre, et en dépit des dénégations opposées à Schliemann par ses adversaires, l'acropole d'Hissarlik paraît être le seul endroit de la Troade qui ait droit au nom de Troie. La colline de Bounarbachi, en faveur de laquelle on l'a revendiqué, a été fouillée sans résultats par M. Von Hahn et par Schliemann luimême1; aucune autre partie de la région n'offre de vestiges apparents. Si, de plus, l'on tient compte des traditions grecques, qui n'ont pas varié sur ce point depuis le septième siècle avant J.-C. jusqu'au deuxième siècle de notre ère, et n'ont été mises en doute que tardivement par Démétrios de Skepsis et par Strabon, il devient difficile de contester à Schliemann l'honneur d'avoir reconnu l'emplacement de l'Ilion d'Homère2. Où nous ne pouvons le suivre, c'est lorsqu'il prétend retrouver â Hissarlik la civilisation décrite dans les poèmes homériques. De combien de siècles V Iliade est-elle postérieure aux événements qu'elle raconte? Et qui pourra dire à quel point Homère a, suivant l'expression de Thucydide, « amplifié et embelli » un événement que l'historien grec ramène à sa juste valeur?

Quant à la date des objets trouvés dans les fouilles, il est presque impossible de l'établir avec certitude. M. A. Dumont la place au minimum avant le seizième siècle, en raison de l'infériorité marquée que présentent les céramiques d'Hissarlik, comparés aux vases les plus anciens trouvés dans l'île de Théra3; or, ces derniers sont certainement antérieurs au quinzième siècle. Mais comme on l'a fait justement remarquer, l'état d'industrie d'Hissarlik ne donne pas une date4. Savons-nous si les Dardaniens établis en Troade ne s'étaient pas attardés dans un état de civilisation inférieur? Leur puissance militaire suppose-t-elle nécessairement une industrie avancée? Il faut d'ailleurs remarquer que la civilisation d'Hissarlik a duré plusieurs

1. Von Hahn, Die Ausgrabungen der homerischen Pergamos, Leipzig, 1365. Cf. Ilios, p. 243.

2. C'est l'opinion qu'exprime 0. Rayet, Études d'archéologie et d'art, p. 171. M. Von Rohden pense également que la Tille découverte par M. Schliemann peut étra appelée la Troie homérique. Art. Troja, dans Baumeister, ouvr. cité.

3. Dumont et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre, p. 75. Cf Helbig, Bas homeriscAi Epos, p. 48, 49. Fr. Lenorniant place au contraire les céramiques d'Hissarlik après celles de Théra. Les Antiquités Je la Troade, p. 42.

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