‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 115 sur 280 · PI. II · texte numérisé non relu

PI. II

lier, Lith.

in Didot&C* Pans-

TÊTE POLYCHROME EN TUF. APPARTENANT AU GROUPE DE TYPHON. (Athènes, Musée de l'Acropole .J

leurs chevelures soigneusement peignées, font un contraste curieux le caractère redoutable que le sculpteur a voulu prêter au génie de l'ouragan.

L'une d'elles surtout, la troisième, attire les regards et donne l'impression d'un art à la fois puissant et presque barbare. Elle offre tous les traits de l'archaïsme le moins avancé : de gros yeux saillants, très ouverts, cernés par des paupières à angles vifs, avec des prunelles un peu en relief où l'iris est incisé ; des lèvres aux contours très nets , relevées aux coins par un sourire; une barbe en pointe, striée de raies symétriques, légèrement ramenée sous le menton, et rasée sur les joues qu'elle encadre en formant une saillie arrêtée par un contour net, comme une pièce de métal rapportée. Ajoutez une moustache longue et plate, découpée en relief avec le même soin, une chevelure aux frisures régulières ; vous aurez les traits les plus frappants de cette œuvre rude et naïve, qui, malgré toute sa gaucherie, contient déjà les éléments essentiels d'un type cher aux sculpteurs attiques.

Un troisième groupe, où les parties restaurées

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en plâtre occupent malheureusement trop de place, nous montre un sujet qui figure déjà dans le répertoire des sculpteurs d'Assos (fig. 100).

Deux lions ont attaqué un taureau, et le tiennent terrassé sous leurs griffes'. La bête % puissante, vaincue, les jambes de derrière § écartelées, touche le sol de son front, et s'a- „ bandonne passivement à l'étreinte des pattes | nerveuses qui labourent ses chairs. Il y a lu 5 un morceau très digne d'attention : la tête

| du taureau, avec son mufle ponctué de trous indiquant la pousse des poils, est d'une exécution large et vigoureuse, supérieure à celle

4 des têtes viriles. Au reste, la vigueur du style

ë est le caractère dominant de ces sculptures.

1 A notre grand étonnement, elles nous ré-

* vêlent un art attique primitif plus puissant

s que délicat, jeune, robuste, plein de sève. A

g défaut des qualités de finesse, que ne com-

» porte pas l'emploi du tuf, les premiers

» sculpteurs athéniens possèdent un sens dé-

Jj coratif déjà très développé ; ils attaquent le

| tuf avec une audace et une décision naïves,

^' Êk | procédant par larges plans, soucieux avant

g, tout de l'effet d'ensemble.

1 L'œuvre du sculpteur était d'ailleurs com-

f plétée par le travail du peintre. De toutes

% les révélations que nous ont ménagées les

I fouilles de l'Acropole, la plus surprenante

o est encore celle d'une statuaire polychrome,

g telle que l'imagination la plus hardie n'aurait pas osé la rêver. Tous ces groupes étaient revêtus d'une polychromie violente, presque invraisemblable, où dominaient les tons les plus éclatants, le

1. Lechat, Bull. de corr. Mlén.,XlIl, 1889, p. : ::•>, et Revue arck, 1891, t. XVIII, p. 137, pi. XIV bis.

rouge vif, et un bleu très brillant qui a toute l'intensité de l'outremer. Le jaune, le noir, plus rarement le vert et le brun, complétaient la palette du peintre'. Rien d'étrange comme le parti adopté pour l'emploi des couleurs ; il est contraire à toute réalité. Qu'on examine la troisième tête du groupe de Typhon, reproduite avec ses couleurs sur notre planche II ~ : c'est celle qui a mérité le surnom déjà populaire de Barbe bleue. Les parties nues sont revêtues d'un ton rouge ; le globe des yeux est jaune, l'iris vert, avec un trou rempli de couleur noire figurant la pupille. De larges traits noirs soulignent les sourcils, et cernent les bords des paupières. Quant aux cheveux et à la barbe, ils étaient entièrement bleus, d'un bleu très vif qui, au moment de la découverte , jetait encore une note éclatante parmi les parties déjà décolorées et tournées au vert. Les deux autres têtes avaient reçu une coloration analogue. Dans ce même groupe, les torses sont recouverts d'un ton muge, avec un cercle brunâtre autour du mamelon des seins. Sur la triple queue de serpent se déroule une bande rouge, entre deux bandes bleues. Rouge et bleu sont d'ailleurs les couleurs favorites du peintre, qui les a employées pour enluminer les ailes de Typhon, le corps écailleux du Triton, et le groupe du taureau terrassé par deux lions. Le corps des lions était rouge pâle, avec une crinière brun rouge ; celui du taureau, complètement bleu, avec la queue rouge, et strié ça et là de lignes rouges indiquant le sang qui coule sous les griffes des deux fauves. La tête du taureau, telle qu'elle est reproduite sur notre planche III, avait conservé de nombreuses traces de bleu3. Peut-être le mufle était-il peint avec un ton jaunâtre ; aujourd'hui, il n'a plus que la couleur grise du tuf, sur laquelle se détache le rouge vif de la bouche et de la langue.

Une autre série de sculptures en tuf nous met sous les yeux de nouveaux exemples de polychromie. Il s'agit de deux autres frontons,

1. La polychromie des sculptures en tuf de l'Acropole a été étudiée par M. Lechat dans un article excellent, que nous n'avons guère qu'à résumer ici'. Bull, de corresp. hellén., XIV, 1890, pp. 552-560.

2. D'après la planche en chromolithographie publiée dans les Antihe Denkmaeler herausgegebtn vom deulschen archaeoloyvschen Institut, I, 1889, pi. :i0.

3. La chromolithographie est exécutée d'après une aquarelle que j'ai faite à Athènes au mois de septembre ISss. J'ai pu, pendant ce séjour, me rendre compte de la rapidité avec laquelle ces couleurs se ternissent.

trouves dans les fouilles de 1882, au nord-est du Parthénon, et exécutés cette fois non plus en haut-relief, niais avec un relief assez plat et peu ressenti. Ces frontons, composés chacun de six plaques de tuf, appartenaient sans doute à un sanctuaire d'Héraclès, le héros cher à 1' Afrique, et dont le culte était très populaire à Athènes avant que celui de Thésée vînt l'y supplanter. Comme dans les grands frontons, les exploits d'Héraclès avaient fourni le thème traité par l'artiste. Le mieux conservé des deux bas-reliefs montre le héros protégé par une cuirasse peinte en rouge, sur laquelle ressort le baudrier du carquois. Armé de sa lourde massue, il lutte contre l'hydre de Lerne, dont les têtes multiples et le corps enroulé sur lui-même occupent toute la partie droite du fronton. A gauche, Iolaos monte sur le char qui a amené le héros, et un énorme crabe, envoyé par Héra au secours de l'hydre, s'avance vers le lieu du combat (fig. 101) '. L'autre fronton, très mutilé, reproduit la lutte contre Triton ; dans ce qui reste, on retrouve comme l'image renversée du groupe déjà connu de la frise d'Assos 2. Pour la polychromie de ces deux frontons, l'artiste semble avoir adopté un parti tout contraire à celui que nous observerons dans les métopes de Sélinonte par exemple, où le fond seul est entièrement peint. Ici, il a conservé au fond une tonalité claire, obtenue soit par la couleur naturelle du tuf, soit par un léger enduit jaune. Les parties sculptées en relief se détachaient en sombre. Les chairs des personnages étaient peintes en rouge clair ; les accessoires, comme la cuirasse d'Héraclès, les rênes des chevaux, les jantes des roues, étaient rehaussés d'un ton rouge, noir, ou brun rouge. Ainsi colorié, le bas-relief s'enlevait en vigueur sur un fond clair, et l'effet produit rappelait, avec moins d'intensité pourtant, celui des figures noires peintes sur les vases d'ancien style grec.

On ne conteste plus aujourd'hui l'usage de la polychromie dans la statuaire grecque. Depuis que les travaux de Quatremère de Quincy et d'Hittorff ont soulevé la question, les preuves nouvelles se sont multipliées, et ont achevé de convaincre les esprits les plus

1. Vnir Purgold, 'Eip>i(i. àp-/., 1884, p. 147, pi. 7. P. J. Mcicr, Mittheil. Al/u-n, X, '1885, p. 237. Boetticher, Die Airopolis,ip. 77, lig. 27.

2. Purgold, 'Eçr,|i. ày/, 1884, pi, 7, 5, et 1885, p. 242. Studniczka, Mittheil. Athen, X, 1886, pi. II, p. 61,

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