Koehler, MUtheil. ÂtAen, IX, 1884, p. 157, pi. VI
2. On en a trouvé également à Chio {Milihrl!. Alhen, 1888, t. XIII, p. 181) et à Delphes (Schmidt, Mitlheil. Alhen. 1881, t. VI, p. 301).
FlG. G et 7. — Joueur de flûte et joueur de sambuque. Statuettes primitives en calcaire trouvées dans l'îlot de Kéros.
celui de Melos, et peut-être faut-il placer dans cette île le centre de la fabrication. Il est plus difficile de dire à quel peuple nous devons attribuer ces premiers essais de plastique. M. Duemmler qui a étudié avec grand soin les tombes primitives des Cyclades et leur mobilier funéraire ' y a reconnu les vestiges d'une civilisation intermédiaire entre celles d'Hissarlik et de Mycènes ; on y trouve, à côté d'armes en obsidienne, des pointes de lances et des poignards en bronze analogues à ceux des Troyens; d'une manière générale, les tombes des îles paraissent antérieures à celles de Mycènes. Mais ces faits ne nous fournissent qu'une date relative; ils ne nous révèlent pas la nationalité du peuple qui a semé ses nécropoles dans les îles de la nier Egée. Faut-il, comme l'ont proposé Thiersch et Ross, mettre au compte des Cariens les statuettes des Cyclades2? Ces tombes des îles seraient-elles celles-là même dont parle Thucydide, lorsqu'il raconte que les Athéniens, en purifiant l'île de Délos, reconnurent les tombes cariennes « par la forme des armes qu'elles contenaient, et par la manière dont, encore aujourd'hui, ce peuple enterre les morts3 »? L'hypothèse a pris une nouvelle force, depuis les découvertes faites en 1887 par M. Bent, au cap Krio, près de Cnide '. Sur la côte même de la Carie, M. Bent a recueilli des figurines semblables à celles qui nous occupent, et un personnage assis jouant de la harpe, rappelant de très près l'une des statuettes d'Amorgos. Qu'on les attribue aux Cariens ou aux Lélèges, ces statuettes ne sont pas grecques. Elles sont l'œuvre d'un peuple que la colonisation dorienne et ionienne a délogé des Cyclades, et qui, perdant graduellement du terrain, quittant les grandes îles pour se réfugier dans les îlots voisins, a fini par retourner vers la côte asiatique, son pays d'origine.
En résumé, ces premiers essais de plastique nous reportent â l'époque reculée où la barbarie règne encore dans les pays qui seront la Grèce. Ils ont le caractère spontané qu'on peut attendre d'une
1. Duemmler, Mittkeilungen von 'Jeu griechischen Insein, dans Mittheil. Atheii, XI, IS81J, p. 15-4G.
■'. MM. Loeschcke et Furtwangler reconnaissent aussi des tombes cariennes dans les sépultures des Cyclades. Myhenische Yuseu, p, VI. M. Duemmler propose an contraire de les attribuer aux Lélèges. Mittheil. Aih.u. passage citi .
■ ■■. Thucydide, I, s, I.
•1. Journal oj 11,11 nie Stadies, 1888; t. IX, p. 82 87. Cf. Perrot et Chipiez, t. V, p. 905-906.
civilisation dans l'enfance, où l'art se réduit à une sorte d'imitation instinctive de la nature. Ces idoles de la Troade et de la Chypre sont de grossiers fétiches, et ces vases modelés, où la main du potier reproduit si brutalement les formes du corps humain, se retrouvent chez tous les peuples primitifs. Toutefois, les peuplades qui occupent le littoral méditerranéen n'échappent pas à tout contact avec une civilisation plus avancée. A côté de cette industrie barbare, nous avons noté des indices attestant l'action lointaine de l'Orient sémitique. Certains types religieux ont déjà pénétré jusqu'aux rivages de la Troade et de l'île de Chypre, et suggéré des imitations naïves. On peut prévoir que bientôt ces influences orientales vont s'accuser plus énergiquement, et stimuler chez les populations les mieux douées des qualités natives qui s'ignorent encore.