‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 14 sur 280 · L'ART DE L'ÉPOQUE MYCÉNIENNE § I. — MYCÈNES. — L'ACROPOLE · texte numérisé non relu

L'ART DE L'ÉPOQUE MYCÉNIENNE § I. — MYCÈNES. — L'ACROPOLE

A la civilisation toute primitive dont nous avons relevé les traces dans les îles de l'archipel grec, succède chronologiquement celle qui a son centre principal en Argolide. Les fouilles de Schliemann à Mycèues l'ont fait connaître avec un retentissement que justifiait l'importance de ces découvertes ; mais les trouvailles de Mycènes ne sont plus isolées aujourd'hui. A Tirynthe et à Nauplie en Argolide, à Spata et à Ménidi en Attique, à Orchomène en Béotie, à Vaphio en Laconie, on retrouve les vestiges d'une civilisation analogue à celle de Mycènes, et qui s'est propagée dans les pays riverains de la mer Egée, depuis la Thessalie jusque dans la vallée de l'Eurotas. Si nous désignons l'art de cette période par les mots à.'art de l'époque, mycénienne, c'est faute d'un terme plus précis ; c'est aussi parce que les fouilles de Mycènes nous en ont livré les spécimens les plus abondants et les plus remarquables. Personne ne se méprendra donc sur la valeur de cette expression ; il faut entendre par là les formes d'art qui prévalent en Grèce avant les invasions doriennes.

L'Acropole de Mycènes est un plateau irrégulier, de forme presque triangulaire, qui se détache comme un contrefort de l'un des pics du mont Eubœa, celui que couronne la chapelle du prophète Elie. Elle occupe l'angle resserré que fait avec cette montagne le mont Szara ; la gorge profonde creusée entre les deux pics par la vallée du Chavos en défend le flanc sud; à l'est une croupe étroite la rattache au mont

du Prophète Elit' : vers l'ouest, elle se relie à la colline où s'étageait la ville basse '. Située dans une admirable position stratégique, et comme tapie, suivant l'expression homérique, « dans l'enfoncement d'Argos féconde en chevaux » (px$ "ApYE°s î~o?oto'.o) 2 elle commande tout le nord de la plaine argienne, et les routes de Phlionte, de Cléones et de Corinthe. On a trop souvent décrit, pour que nous y insistions, les murs d'enceinte de l'Acropole, leur énorme appareil, où Ton distingue trois modes de construction différents, les deux portes de la citadelle, celle du nord, et surtout celle de l'ouest, la porte des Lions, dont tous les voyageurs admirent la puissante et massive architecture.

C'est à une faible distance de la porte des Lions, sur le plateau de l'acropole, que Schliemann a découvert, en 1870, cinq tombeaux, auxquels il faut ajouter celui que mirent au jour, dans les années suivantes, les fouilles de la société archéologique d'Athènes3. Ces tombes étaient entourées d'une double enceinte circulaire, formée de plaques dressées, comme si l'on avait voulu soustraire aux profanations un emplacement consacré par des sépultures. Est-il besoin de rappeler que, pour Schliemann, ces tombeaux sont ceux d'Agamemnon et de ses compagnons, massacrés par Egisthe, ceux-là mêmes que signale Pausanias dans sa description de Mycènes4? Mais s'il est difficile d'admettre que Pausanias ait encore vu en place des sépultures depuis longtemps cachées aux regards, l'hypothèse de Schliemann n'en contient pas moins un fond de vérité. Ces tombes sont bien celles des chefs qui régnaient â Mycènes. Les fouilles de 1880 ont fait découvrir, sous les ruines d'un temple dorique du sixième

1. Voir la carte détaillée dressée par M. Steffen, avec un texte explicatif : Karten von Myhenai, uuf I 'û ■< ' > ig des haiserh >l tutsch. arch. Instituts, Berlin, 1884, Dietrich Reimer. ■'. Odyssée, III, 269.

3. Schliemann, Mycènes, traduit de l'anglais par M. •/. Girardin, Paris, Hachette 1879. Les fou de la société archéologique d'Athènes ont été dirigées d'abord par M. Stauiatakis. Elles ont été rep] depuis 1886, fous la direction de M. Tsountas. Les recherches ont porté sur l'acropole, où l'on a découvert les vestiges d'un palais de la même époque que celui de Tirynthe, et dans la partie de la ville située hors de l'Acropole. M. Tsountas a ouvert, dans toute cette région un grand nombre de tombeaux dont il sera question plus loin. Voir Tsountas, 'E»»l[iepîî àp^aioXofixiî, ls*7, p. lôj-170, et 1888. p. 119-190. Sur l'ensemble des fouilles de Mycènes, voir Cari Sclniehhardt, Schliemann' s Ausgrabur, Ch. Diehl, Excursions archéologiques en Grèce, Paris, 1890.

4. Pausanias. II. 16, 1. Voir la discussion de Schuchhardt, Schliemann's Amgrabungen , p. l^'.1 et suivantes.

ou du septième siècle, les vestiges de leur palais. L'Acropole était réservée à l'habitation des princes mycéniens, qui logeaient avec eux leur suite, leurs serviteurs ; ils y enterraient leurs morts, jusqu'au moment où, l'espace manquant, les sépultures royales furent, comme nous le verrons plus loin, aménagées dans la ville basse '.

Les tombes de l'Acropole, ou, comme on les appelle quelquefois, les tombes en 'puits, sont de simples fosses creusées dans le roc vif. Les parois latérales étaient revêtues d'une maçonnerie, qui soutenait des poutres garnies de cuivre à leurs extrémités ; sur ces poutres posaient les dalles qui fermaient le tombeau, et permettaient de le rouvrir à chaque nouvel ensevelissement ; on a en effet trouvé jusqu'à cinq corps dans une même fosse. Quant au désordre apparent des cadavres, où Schliemann croit voir la preuve de l'ensevelissement hâtif des victimes d'Egisthe et de Clytemnestre, il s'explique tout naturellement par la chute des dalles supérieures. Les cadavres, inhumés et non brûlés2, avaient été ensevelis avec un grand luxe de bijoux et d'ornements de parade, tels que couronnes, diadèmes, plastrons, découpés dans de minces feuilles d'or, et fabriqués évidemment pour servir de parure aux morts ; la plupart n'ont en effet aucun caractère d'usage. Des plaques d'or estampées avaient été fixées sur les vêtements des femmes, suivant une coutume orientale dont on retrouve la trace dans les monuments grecs de l'époque archaïque 3. Plusieurs cadavres portaient sur le visage des masques d'or, travaillés au repoussé, et reproduisant grossièrement les traits du mort. Il est très légitime de reconnaître ici un usage emprunté à l'Orient. Des masques funéraires en or ont été trouvés en Assyrie et en Phénicie ; d'autre part on sait que dès la XVIIIe dynastie, les Egyptiens pratiquaient la même coutume4. D'une manière générale, les rites de la sépulture diffèrent de ceux que décrivent les poèmes homériques, et aucune nécropole grecque , d'époque postérieure, n'a livré un mobilier funéraire aussi luxueux. Les objets trouvés dans les tombes mycéniennes, et con-

1 . L'usage d'enterrer les morts auprès des habitations était aussi pratiqué par les anciennes populations de l'Attique. Pseudo-Platon, Minos, p. 315, D. De même à Sparte. Cf. Plutarque, Lycurgue, p. 27.

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