‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 159 sur 280 · Pausanias, V · texte numérisé non relu

Pausanias, V

■'(. Est-ce le même Aristoclès qui travaille en Attique, et dont nous possédons deux signatures, l'une trouvée à Hiéraka, l'autre gravée sur la stèle funéraire d'Aristion ? ( Lceivy, Inschr. gr. BildA.i nD| 9, 10). L'hypothèse est admise par Rayet, Études d'archéologie et d'art, p. 1113; mais la question reste très douteuse.

rumme un sculpteur aux aptitudes variées, possédant à fond toute la technique de son art.

Nous connaissons mieux une de ses oeuvres capitales, l'Apollon Philésios, exécuté pour ce temple des Branchides dont nous avons parlé dans un précédent chapitre. C'était une statue colossale, fondue en bronze éginétique, et qui se dressait au fond du naos, dans le temple-oracle d'Apollon Didyméen. L'œuvre commandée par les Milésiens au sculpteur de Sicyone ne resta pas longtemps en place : elle eut l'étrange fortune de subir en Perse un exil de près de deux siècles. Quel fut l'auteur de cet enlèvement? Pausanias se fait l'écho d'une tradition qui l'attribue à Xerxès : c'est en 479 que le roi de Perse vaincu par les Grecs, furieux de la trahison des Milésiens à la bataille de Mycale, se serait vengé en emportant à Ecbatane la statue de culte de leur temple le plus vénéré. Mais le rapt de la statue doit être, avec plus de vraisemblance, imputé à Darius; ce fut sans doute l'épilogue de la prise de Milet en 494, lorsque le Grand Roi mit la ville à sac, et dépouilla le temple des Branchides incendié par ses ordres1. L'Apollon de Didymes fit un long séjour à Ecbatane. C'est seulement après l'année 306, au plus tôt, que Séleucus Ier Nicator, devenu roi de Syrie, la restitua aux Milésiens : elle retrouva sa place dans le temple rebâti au sixième siècle par Pœonios d'I^phèse et Daphnis de Milet.

Quelques mots de Pline nous font entrevoir le type de l'Apollon Didyméen. Le dieu était debout, et nu; il tenait sur la paume de la main droite un faon, dont un mécanisme ingénieux assurait l'équilibre2. Mais surtout, nous prendrons une idée exacte de la statue en consultant la série des monnaies milésiennes où elle est représentée. Sur les monnaies autonomes, le dieu est figuré de profil, avec des proportions robustes; la main droite étendue soutient le faon, l'autre

1. Voir pour les textes, Overbeck, Schriftquelhn, 103-409. Brnnn, Griech. Kûnsthr, I, y. 74.

•J. Pline, Nat. Uni.. 34, 75. « Cervomqne una ita vestigiis suspendit, ut linum supter pedes trahatur, alterno morsu calce digitisque retinentibus solum, ita vertebrato dente ntrisque in partibus ut a repulsu per vices résiliât. » Malgré les efforts des critiques, ce texte, fort obscur, n'a pas encore trouve d'explicationsatisfaisante. VoirPetersen, Areh. Ztitung, 1880, p. 22. — Le musée de l'École Evangélique, àSmyme, possède une main de marbre, sur laquelle est agenouillé un faon. Elle provient à coup sûr d'une réplique de la statue de Kanakhos. .Mais ce fragment, dont j'ai donné un croquis (Revut archéologique, 1876, toI. XXXII, p. '2 ". ' I - 2 0 2) ne fournit pas la solution du problème.

tient l'arc. Le graveur n'a pas oublié un détail caractéristique, la chevelure divisée en mèches qui flottent sur les épaules (fig. 153) '. C'est, en somme, un type très voisin du bronze de Naxos reproduit plus haut. La même image se retrouve sur une longue suite de monnaies de Milet datant de l'époque impériale. En voici deux spécimens, empruntés à la collection du Cabinet des Médailles de Paris. L'un est une monnaie frappée sous Faustine jeune, où la difficulté de rendre le raccourci du bras gauche a forcé le graveur à l'abaisser légèrement (fig. 155)2. L'autre, qui porte au droit les têtes de Pupien, de Balbin et de Gordien III, montre la statue figurée sous Pédicule qui occupait

Fig. 153. — Apollon Didyméen. Monnaie autonome de Milet ( dessin grandi ).

Fin. 154. — Apollon Didyméen.

Médaillon de bronze de Milet (Epoque de Pupien, Balbin et Gordien III).

Fie;. 155. — Apollon Didyméen. Monnaie de Milet ( frappée sons Faustine jeune).

le fond du naos ; elle est couronnée de rayons (fig. 154)\ On le voit, si l'on envisage simplement le type, Kanakhos était resté fidèle à la tradition de son temps, et n'avait rien innové. Le mérite de l'œuvre résidait dans l'exécution.

Malheureusement les copies que possèdent nos musées nous révèlent mal ce qu'il nous importerait avant tout de connaître : la touche originale du maître, l'accent personnel qu'il avait donné à ce type de tradition. Les répliques les plus fidèles sont des œuvres fort médiocres \ Un bronze de Scala-Nova, conservé au Cabinet des Médailles,

1. Ovorbeck, Griechische Kunstmytholoyie, V. Apollon; Mûnztaftl I, n° 22, et p. 23. Frrenkel, Arclt. /.• Xtwng, 188'.», pi. 7, et p. 00.

Page 1