‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 177 sur 280 · LES STATUES DU TYPE FEMININ · texte numérisé non relu

LES STATUES DU TYPE FEMININ

Une imposante série de monuments témoigne de l'influence prépondérante exercée par les maîtres de Chios. Nous voulons parler des statues féminines découvertes dans les fouilles mémorables de 1886. Faut-il rappeler quel retentissement ont eu ces trouvailles, devenues si rapidement classiques? On a souvent raconté comment, le 5 et le 6 février 1886, un véritable coup de fortune a récompensé les recherches énergiquement conduites par l'éphore des antiquités, M. Cavvadias; comment, entre l'Erechthéion et le mur nord de l'Acropole , la pioche des ouvriers a rendu à la lumière quatorze statues de femmes, encore toutes brillantes d'une polychromie qui avait l'ésisté à l'action des siècles'. Peu de découvertes archéologiques ont excité une curiosité plus vive, une attention plus passionnée. C'est que l'imprévu des fouilles livrait à l'histoire de l'art une suite d'oeuvres charmantes, nous révélant avec une précision inespérée le style des maîtres athéniens avant les guerres médiques. Ces statues avaient été les témoins de l'invasion persique et de la ruine de l'Acropole. Jetées à bas de leurs piédestaux et mutilées par les soldats de Xerxès, elles avaient été pieusement recueillies au moment des grands travaux de Cimon, et ensevelies, avec les débris laissés par le passage des Asiatiques, dans les remblais qui devaient servir d'assises aux futurs édifices de l'Acropole. L'intérêt qui s'attache aux découvertes de 1886 ne doit pas cependant nous faire oublier que d'autres trouvailles y avaient préludé. Des têtes polychromes exhumées sur l'Acropole par M. Stamatakis, des statues féminines provenant des fouilles d'Eleusis nous avaient déjà fait connaître des spécimens du même art2. Mais la série réunie dans la salle d'honneur du musée de l'Acropole est assez riche

1. Nous avons cité plus haut (p. 205) les principaux articles relatifs aux fouilles de l'Acropole. '-'. 'Eçfï)(upU ipyaiolofïnr,, 1883-1888.

L'ECOLE ATTIQUB.

hercher ailleurs nos exemples

pour que nous n ayons pas a cnercher

Au premier coup d'œil , toutes ces statues ont comme un air de famille.

Elles reproduisent un type uniforme, celui de la femme debout, la jambe gauche légèrement portée en avant comme si elle marchait, un bras plié, avec la main tendue par un geste d'offrande, l'autre main abaissée, un peu écartée du corps, et retenant les plis du chiton. C'est là, on s'en souvient, le type que nous ont appris à connaître les statues de l'école de Chios trouvées à Délos. Chose curieuse , l'analogie se poursuit même dans un des marbres de l'Acropole auquel l'artiste a conservé la forme d'un xoanon au moins pour le bas du corps (fig. 170) 2. Cette statue dont le buste bien vivant se soude à une sorte de gaine rigide, éveille le souvenir du rude ex-voto dédié à l'Artémis délienne par la naxienne Nicandra. Mais

1. M. Cavvadias a publié un catalogue provisoire de ce musée : Sculptures du musée de l'Acropole (grec et français) Athènes, 1888. Les principales statues du type féminin sont reproduites dans une publication grecque restée inachevée : Les musées d'Athènes en reproduction phototypique de Tthomaidi s, texte descriptif de P. Cawa* dia , Athènes, Wilberg, 1886. D'autres ont été publiées dans PE:pr,u.£p;.; ào-/aio).oYixrj, 1886-1888, avec des articles de MM. Cavvadias et Sophoulis, et dans les Antike Denhntaeler des arch. Inst., I. Pour l'étude détaillée de ces monuments voir G. Doublet (Théoxénou), Gazette arch., 1888, et surtout les articles très complets de M. Lechat (Bull, de corr. hellén.~), XIV, 1800, p. 301-3C2. â.j'3-080)

qui nous dispenseront de multiplier les indications bibliographiques, déjà très abondantes. Je n'ai pu prendre connaissance du mémoire de M. P. Joergensen, Kvindefigurer i den archaislce groesJcc Kuntt.

'2. Musée* d'Athi ues, pi. X.

Fin. 170. — Statue féminine en forme de xoanon, trouvée sur l'Acropole d'Athènes. (Musées d'Athènes, pi. X.)

ici, cette fidélité à des formes surannées estime pure convention; on l'a dit justement, c'est de l'archaïsme archaïsant. Les autres statues

nous montrent le même type qu'à Délos , le même costume, avec des variantes d'ajustement fort intéressantes pour l'histoire de la parure féminine au temps des Pisistratides. Le costume se compose des trois pièces que nous avons déjà décrites : le chiton, le chitonisque et l'himation. L'agencement de ces pièces admet bien des caprices :

voici toutefois ce qu'on peut appeler le type classique du costume de fête chez les Athéniennes du sixième siècle (fig. 171) '. Le vêtement de dessous est le chiton ionien fait d'une étoffe de toile, et tombant jusqu'aux pieds ; une large bande brodée (zscpuçTi) placée verticalement, le décore par devant , et une ceinture mince le serre à la hauteur de la taille. Comme ce vêtement est ample et un peu traînant,

1 . Musées et A tlù nés, pi. II. Une reproduction en chromolithographie de cette statue a été donnée dans les Antike Denhmaeler des areh. fnst., I, pi. 19. Cf. Duruy, Ilist. des Gréa, t. II, planche de la page 376.

Fig. 171. — Statue féminine. (Musée de l'Acropole.)

il faut le relever pour donner à La démarche plus de liberté ; geste de la main gauche, qui prend l'étoffe à poignée, et aux plis un mouvement oblique accusé par la courbe de la bande brodée. Le chitonisque se porte par-dessus le chiton. En règle générale, il est fait d'une sorte de tricot de laine à mailles larges, qui dessinent sur l'étoffe une série régulière de lignes ondulées ; l'ouverture du col est bordée d'une bande de toile, appliquée comme un galon plat. Dans certains cas , et surtout lorsqu'il est porté avec le vêtement de dessus, avec l'himation, le chitonisque est simplement une sorte de pèlerine; on peut voir, par notre figure 171, comment le bord du manteau, serrant l'étoffe sous le bras <rauche, laisse retomber sur l'avant-bras une chute de plis qui figurent la manche. Ailleurs le chitonisque est une véritable chemisette, munie de manches, et tombant un peu plus bas que la ceinture. Voici une statue qui ne porte pas d'himation (fig. 172) ' ; on y reconnaît clairement cette seconde forme du chitonisque. La troi-

de là ce imprime

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