‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 193 sur 280 · LA SCULPTURE ATTIQUE SOUS LE GOUVERNEMENT DE CIMON. CALAMIS · texte numérisé non relu

LA SCULPTURE ATTIQUE SOUS LE GOUVERNEMENT DE CIMON. CALAMIS

Plus que toute autre ville grecque, Athènes avait cruellement souffert de l'invasion perse. Lorsque les Athéniens rentraient dans leur cité, après la bataille de Platées, ils n'y trouvaient que les ruines laissées par le passage de Xerxès et de Mardonios : l'Acropole saccagée et incendiée, les maisons rasées, les murailles détruites. Il fallait songer tout d'abord aux travaux de défense, relever les murs de la citadelle et de l'enceinte, fortifier le Pirée, et assurer les communications entre le port et la ville. C'est l'oeuvre de Thémistocle. Après lui, le fils de Miltiade, Cimon, peut avec plus de loisir concevoir le plan grandiose d'une Athènes embellie, transformée et relevée de ses rui-

ries. Dès 467, son pouvoir est assez solidement établi pour qu'il se mette à l'œuvre. Ses architectes construisent le Théséion, le temple des Anakes, que le grand peintre tliasien Polyguote et l'Athénien Micon décorent de peintures; l'agora du Céramique est rectifiée, agrandie, et de beaux platanes ombragent le portique du Pœcile élevé par un parent de Cinion, Pisianax. Mais surtout une activité extraordinaire règne sur le plateau de l'Acropole, où Cimon rêve de dédier à Athéna un sanctuaire infiniment plus vaste et plus riche que le vieux temple de Pisistrate. Les fouilles récentes ont mis en pleine lumière les travaux accomplis par Cimon pour niveler le rocher inégal de l'Acropole, pour en élargir la superficie et jeter hardiment à l'endroit le plus abrupt les fondations du futur Parthénon. Des exils successifs, puis la mort, n'ont pas laissé à Cimon le temps d'achever son œuvre ; il s'est borné à exécuter les travaux préparatoires dont Périclès a recueilli le bénéfice ; mais nous ne devons pas oublier quelle part revient au fils de Miltiade dans le magnifique mouvement d'art du cinquième siècle. Si Périclès le dirige et l'accélère, c'est Cimon qui donne l'impulsion.

Quelle que soit la rapidité du progrès, l'art ne procède pas par brusques passages. Aux époques de transition, on voit des maîtres attardés dans les vieilles méthodes poursuivre leur œuvre, d'autres, plus libres, se dégager en partie des traditions surannées, tandis qu'à côté d'eux grandit une génération plus jeune et plus audacieuse, prête à s'inspirer sans arrière-pensée de l'esprit nouveau qui souffle de toutes parts. Tel est l'aspect que présente l'école attique dans les premières années du gouvernement de Cimon. Parmi les représentants de la vieille école, il faut certainement compter Hégias, le premier maître de Phidias '. Au dire de Quintilien, son style sec et dur rappelait celui des Etrusques ~ ; entendez par laque ses œuvres différaient peu des statues les plus récentes trouvées sur l'Acropole. Au reste, ou lui reconnaissait quelque mérite; on louait ses statues d' Athéna et de Pyrrhus,

1. Voir pour les textes, Overbeuk, Schriflquctlen, n°« 432, 4ôG. Une signature d'Hégias ('Eyiot; ËTtoUirev) a été trouvée dans les fouilles de l'Acropole. ûsXtiov àfya.i>Aofiy.6'', 1889, [<■ 38, Cf. Journal of Selkn. Studia, X, p. 209.

2. « Duriora et Tuscanicis proxima. » Quintilien, Iiist. Oral., XII, 107.

ses enfants montés sur des chevaux de course, et son groupe des Dioscures, apporté à Rome, se dressait au temps de Pline devant le temple de Jupiter Tonnant.

Un critique ancien dont le jugement fait autorité, Lucien, rapproche d'Hégias deux autres maîtres, Kritios et Nésiotès, ceux-là mêmes à qui les Athéniens commandent, en 477, la copie des Tyrannoctones d'Anténor '. De ces deux maîtres, l'un, Kritios, est un Attique; l'autre, Nésiotès, semble à en juger par son nom avoir une origine insulaire. Quoi qu'il en soit, ils travaillent à Athènes, associés le plus souvent par une étroite collaboration. On sait déjà qu'ils exécutent en commun legroupe des Tyrannoctones; leurs signatures se trouvent encore réunies sur des bases de statues découvertes depuis longtemps à l'Acropole. Un ex-voto à Athéna, un autre monument votif consacré à la déesse par un soldat étranger, Hégélokhos, « en souvenir des travaux d'Ares )> (p-Â^a -o'vwv "ApEtoç"), enfin la statue de l'hoplitodrome vainqueur Epikharinos, étaient signés par les deux maîtres ". Les caractères des inscriptions permettent d'attribuer ces œuvres à la période comprise entre les années 470 et 460.

Les deux artistes doivent donc être comptés parmi ces ouvriers de la première heure, qui, au lendemain des guerres médiques, contribuent à décorer d'oeuvres d'art l'Acropole relevée de ses ruines. Les sources anciennes signalent Kritios comme un vrai chef d'école. Ses élèves et leurs disciples formaient plusieurs générations, dont la plus jeune prolongeait jusqu'au début du quatrième siècle le souvenir de l'enseignement du maître : c'étaient Ptolikhos, Amphion, Pison, Damocritos. Chose curieuse, ces deux derniers sont des Doriens de Calaurie et de Sicyone, et Pison travaille à d'ex-voto de Delphes consacré par les Lacédémoniens après ^Egos-Potamoi. Ajoutez que ces artistes sont des bronziers. On est donc tenté de croire que Kritios, athénien d'origine, se rattache par son éducation au Péloponnèse plutôt qu'à l' Attique. Aussi bien le jugement que Lucien porte sur son style, les termes dont

1. Lucien, Rhetor. praecepta, 9. Cf. Overbeck, Sckrift quelle» : n»' 457-462.

2. Loewy, Inschr. griech. Bihlh., n™ 38, 30, 40. Rappelons que il. Hauser a proposé de reconnaître une réduction de la statue d'Epikharinos, signalée par Pausanias CI, 23, 9) clans le bronzs Tus con-

s.'t'vé àTubingue (Jnlub. des arch. Tnst.j II, p. 95).

il se sert pour caractériser ses œuvres <r précises, nerveuses, sèches, d'un dessin correct et sévère », tout cela nous fait songer à un maître de l'art du bronze, formé à l'école des bronziers d'Argos ou de Sicyone.

L'homme qui personnifie le mieux pour nous cette période de transition est Calamis, un contemporain de Cimon. Bien que son origine ne nous soit pas connue ', et que la dispersion de ses œuvres atteste une réputation très étendue, Calamis parait avoir eu son atelier à Athènes; il est le maître de l'Athénien Praxias, un des auteurs des frontons du temple de Delphes; on a même pu, sans invraisemblance, lui attribuer auprès de Cimon un rôle analogue à celui que jouera bientôt Phidias auprès de Périclès. Quelques œuvres datées permettent de placervers 4G0 le moment où le maître est en pleine réputation \ Vers la fin de son règne, Hiéron de Syracuse lui commande pour Olympie des chevaux de course en bronze, montés par des enfants, et c'est en 4G7- 4GG que Deinoménés, le fils de Hiéron, fait mettre le groupe en place dans l'Altis. Une statue d'Ammon, exécutée pour Pindare, est antérieure à la mort du poète, c'est-à-dire à 44"». Calamis appartient donc à la première moitié du cinquième siècle. Nous savons, il est vrai, qu'on voyait de lui, au Céramique d'Athènes, une statue d'Apollon surnommée X Apollon secourable (Alcxikafajs) parce qu'elle avait fait cesser la grande peste de 430 3; mais rien ne nous oblige à prolonger jusqu'en 428 la période d'activité de Calamis. La peste qui valut ce surnom à la statue ne fut pas nécessairement l'occasion de la dédicace, et tout porte à croire que l'œuvre de Calamis existait bien avant la guerre du Péloponnèse.

A certains égards, Calamis a quelques points de contact avec les vieux maîtres argiens et sicyoniens qui s'étaient fait comme une spécialité des ex-voto olympiques. Le groupe des chevaux de Hiéron nous ramène à la même tradition ; on en peut dire autant d'un autre groupe en bronze, où Calamis avait représenté des enfants élevant la main

1. Le nom pourrait ;ï la rigueur faire songer à une origine ionienne. Une localité voisine de Samos s'appelait Kiî.au.c.1 et un mois du calendrier ionien se nommait Ka)a|iaiwv.

2. Voir Brunn, Griech. Kûnetler, I. p. 1 25. Cf. pour les textes. Overbeck, SchriJlqudUn, nos 508-Ô32

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