‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 201 sur 280 · Benndorf, ouvr.citê, pi. IX · texte numérisé non relu

Benndorf, ouvr.citê, pi. IX

un jeune homme coiffé du pétase, portant le cliiton plissé et la chlamyde, et qui marche vers la droite en retournant la tête vers son interlocutrice. Le style très élégant, rappelle celui des meilleures métopes de l'Héraion, et il est permis de croire que ce nouveau basrelief peut prendre rang à côté des morceaux déjà connus par les anciennes fouilles '. A considérer l'ensemble des métopes de l'Héraion,

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Fig. 214. — Actéon dévore- par ses chiens. Métope de l'Héraion de Séiinonte.

ou est en droit de leur assigner une date antérieure à la grande évolution que le génie de Phidias fait subir à la sculpture décorative. Mais à. quelle école appartiennent les artistes de Séiinonte? M. Benndorf les rattache au groupe dorien, et M. Kekulé signale plus d'un point de ressemblance entre les métopes siciliennes et celles d'Olympie 2. Si l'on songe qu'avant 450, l'école péloponnésienne conserve encore

1. G. Patricolo, Monumenti antichi pubblicati per cna délia raie Accademia dei Lincei, Milan. 1891, vol. I, p. 245-248, et planche en héliotj pie. ■2. Keknlé, Arch. Zeittmg, 1883, p. 230-248.

le prestige de sa vieille suprématie, on admettra volontiers que son influence s'étend jusqu'en Sicile.

Où devons-nous chercher, pour l'époque de transition, les caractères de style propres à l'école péloponnésienne? Nous savons bien qu'Argos en reste le ce'ntre actif; nous pressentons qu'entre Agélaïdas et Polyclète il y a place pour un groupe d'artistes qui transmettent de l'un à l'autre les glorieuses traditions de l'école. Mais aucun monument d'origine indiscutable ne nous permet de désigner avec une certitude absolue une œuvre argienne de cette époque. A défaut de ces trouvailles heureuses qui sont des révélations, nous devons nous adresser aux monuments conservés dans les musées. L'étude de quelques statues disséminées dans les grandes collections peut nous aider à planter quelques jalons sur cette route mal frayée qui nous conduit aux sculptures d'Olympie.

Un des bronzes antiques les plus anciennement connus est la statue du Tireur d'épine, ou, pour lui laisser son nom italien, du Spinarîo (fig. 215)'. Transportée au Capitale dès la fin du quinzième siècle, avecla collection de Sixte IV, elle occupe encore aujourd'hui une place d'honneur dans les galeries du Palazzo dei Conservatori. L'authenticité de ce bronze ne saurait être mise en doute. Les caractères relevés par 0. Rayet, « les sillons à angles vifs par lesquels est divisée la chevelure, les trous ménagés entre les paupières pour recevoir des yeux en argent ou en émail, l'adjonction, au moyen de scellements en queue d'aronde, de quelques pièces fondues à part, » dénoncent une œuvre grecque. Le Tireur d'épine est un jeune garçon de quinze à seize ans, aux membres encore grêles, à la poitrine un peu maigre, et dont la complexion dénote l'agilité plutôt que la vigueur. Assis sur un rocher, le pied gauche appuyé sur le genou droit, dans une pose qui donne aux lignes de la figure une audacieuse dissymétrie, il est fort

1. Elle est publiée dans les anciens recueils, Righetti. Descrïziont deî Camjpidofflio, II, pi. 207. Piroli. Musée Napoléon, IV, pi. 24. On consultera surtout les notices de Visconti, qui a étudié avec soin le Spinario au moment où il appartenait au Louvre, après le traité de Tolentino. E.-Q. Visconti, Opère varie, IV, pi. 23, 1, p. 103. La meilleure reproduction a été donnée par O. Rayet, Monuments de l'art' antique, I, pi. 35. Cf. pour la bibliographie très étendue relative au Spinario, Kekulé, Arch. Zeitung 1883, p. 230 etsuiv. Helbig, Fûhrerder œffentl. Sammlungen in Rom, n° 611. Sur l'histoire de la statue Cf. E. Miintz, lier, arch., janvier 1882, Hichaelis, Storia délia collezione Capitolina di antichità, Bullettina dalt' Imp. Islituto arch. germaniev, VI, 1801.

occupé à retirer une épine enfoncée dans son pied. Est-ce là, comme

Fn.. 215. — Lu Spinario, statue de bronze (Rome. Musée du Capitole.)

on l'a dit quelquefois, un simple sujet de genre? Ecartons d'abord

toute équivoque. L'épisode choisi par l'artiste n'a pas le caractère

Scrt.i'TIHK QREOQUE. — T. I. 53

d'une anecdote familière, comme celles où se complaira la sculpture de genre quand elle fera son apparition, c'est-à-dire après Alexandre. Le Spinario n'est pas un jeune berger, ou un jeune paysan quelconque, surpris dans une occupation très réaliste par un artiste en quête d'un sujet. Il faut, avec Visconti, reconnaître ici une de ces statues honorifiques que les bronziers du Péloponnèse exécutent pour Olympie ou pour Delphes, à savoir l'image d'un jeune garçon vainqueur aux courses du stade. En perpétuant le souvenir d'un accident qu'on peut considérer comme très réel, en montrant le vainqueur retirant de son pied ensanglanté l'épine qui n'a pas retardé sa course, malgré une cruelle douleur, le sculpteur trouvait une attitude à la fois nouvelle et caractéristique; sans déroger à l'usage, sans choquer le goût de son temps, sans cesser de poursuivre un type généralisé, il enrichissait, par une variante imprévue, la série toujours un peu monotone des sujets athlétiques. On s'accorde moins sur la date du Spinario. De fins connaisseurs en matière d'art antique', ont proposé d'y voir un pastiche, et l'ont rattaché à cette école contemporaine de Pompée, qui se groupait autour de Pasitélès, et cherchait à rajeunir un art épuisé en empruntant ses modèles à la première moitié du cinquième siècle. Il nous est impossible de partager cette opinion. Aussi bien, les fouilles de l'Acropole, celles d' Olympie nous fournissent aujourd'hui des termes de comparaison certains, et permettent de rétablir la filiation artistique du bronze capitolin. Examinez la partie de la statue où les traces d'archaïsme sont les plus apparentes, c'est-à-dire la tête : ce type de visage au nez un peu fort, aux lèvres saillantes et bien découpées, nous le connaissons déjà pour l'avoir vu, accusé avec plus d'énergie, dans une tête de bronze trouvée à l'Acropole mais d'origine péloponnésienne "; nous le retrouverons bientôt, reproduit avec une fidélité qui atteste une tradition d'école, dans la tête d'Apollon, au fronton occidental d'Olympie. Enfin cette technique de la chevelure, divisée en sillons, nous l'avons vue appliquée dans une tête en marbre d'Athènes, apparentée au Spinario pour le type du visage, et reflétant

I. C. Robert, Annali, 1876, p. 124. 0. Bayet, Mon. de l'art antiqm, notice de la pi. 35. ■2. Voir page 323, fig. 163.

l'influence du style péloponnésien '. Nous n'hésiterons donc pas à reconnaître dans le bronze du Capitole un original grec, exécuté entre 400 et 450, et appartenant à cette période de transition dont nous cherchons à déterminer les caractères, Peste la question d'école. Frappés de l'audace que révèle l'invention du mouvement, certains critiques ont songé à l'école deMyron'"; d'autres font honneur à Pythagoras de Rhégion de cette œuvre de maîtrise 3. Les rapprochements signalés plus haut nous engagent à chercher du côté du Péloponnèse l'origine de la statue; nous y voyons volontiers un précieux spécimen de l'art du bronze, tel que le pratiquent les maîtres d'Argos ou de Sicyone, élèves et héritiers directs d'Agélaïdas.

La facilité avec laquelle un motif nouveau entre dans le répertoire courant, le peu de scrupule qu'éprouvent les artistes à s'approprier une trouvaille heureuse d'un devancier, comptent parmi les traits les plus caractéristiques de l'art grec. Il est donc naturel que le sujet du Tireur d'épine ait été maintes fois repris. On le voit reparaître, avec les modifications de style qu'entraîne le progrès de la plastique, dans un beau bronze trouvé près de Sparte, et appartenant à M. le baron Edmond de Rothschild (fig. 21G) '. Le coureur agile et un peu fluet de tout à l'heure a fait place à un robuste garçon. « Celui-ci, écrit 0. Rayet, est une manière de colosse ; son dos est d'une largeur extrême, sa poitrine saillante est recouverte d'une épaisse couche de chairs, son cou est gros et court comme celui d'un taureau, et ses épaules et ses cuisses sont garnies de formidables paquets de muscles. La physionomie exprime tout entière la prédominance de l'énergie physique. Les yeux sont perçants et durs, et une volonté quelque peu rageuse se marque dans la contraction du cou, dans le froncement du nez, dans le développement des muscles des joues. Il n'est pas jusqu'aux cheveux qui

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