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CHAPITRE III

La période d'invasion qui amène dans la Grèce propre un flot d'envahisseurs, Thessaliens, Doriens, Etoliens, est remplie de trouble et d'agitation. C'est seulement après de longues années de luttes et de migrations, que les peuples helléniques finissent par se cantonner dans les différentes régions de la Grèce, dans les îles et sur le littoral de l'Asie Mineure. Les Doriens occupent une partie du Péloponnèse et les îles du sud de la mer Egée, Théra, Carpathos, Cos, Rhodes et la Crète. De l'Attique, les Ioniens émigreut dans les Cyclades du Nord, et prennent pied sur la côte asiatique, entre la vallée de l'Hermos et le Méandre. Les Eoliens s'établissent à Lesbos, et sur le littoral de l'Asie Mineure, entre l'Hellespont et l'Hermos. Un état politique plus stable, un contact plus étroit avec les peuples de l'Orient vont permettre aux Grecs de recommencer, avec plus de suite et plus de succès qu'à Mycènes, leur éducation artistique. Du neuvième au septième siècle, l'histoire de l'art grec est celle des efforts que font les Hellènes pour s'assimiler les procédés techuiques de l'industrie orientale ; en même temps le génie de la race, qui éclate déjà si brillamment dans l'épopée, tend de plus en plus à s'affranchir et à se faire jour dans l'ordre de la production industrielle.

L'étude de cette période est complexe et difficile. Les monuments conservés sont rares et beaucoup plus voisins du septième siècle que du neuvième. En outre, cette initiation aux arts de l'Orient ne se fait pas avec une régularité méthodique : il faut compter avec la multiplicité des influences qui sont en jeu, et n'agissent pas partout avec la

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même force ; plus actives chez les Grecs de l'Est, elles se manifestent avec plus de lenteur dans la Grèce continentale. Nous ne serons donc pas surpris d'en constater tout d'abord les traces dans la civilisation ionienne primitive, telle que la dépeignent les poèmes homériques.

g 1. — L'ART HOMÉRIQUE.

L'épopée est le tableau fidèle de l'état social des Grecs ioniens, au neuvième et au huitième siècle. Nous n'avons pas a rechercher si, comme le veulent certains critiques, l' Odyssée ne nous fait pas entrevoir une civilisation plus récente encore; c'est un fait connu que ce poème a reçu, au septième siècle, sa forme définitive. De même on a pu soutenir, non sans vraisemblance, que Y Iliade, plus ancienne, trahit, dans plusieurs passages, le souvenir de la culture mycénienne, et que ce poème a pu être, pour ainsi dire, ébauché dans la mère patrie '. Il nous est interdit d'entrer ici dans le détail. Aussi bien, après l'étude si pénétrante et si complète consacrée par M. Helbig à la civilisation homérique ~, nous n'avons qu'à choisir, pour la caractériser, quelques traits essentiels.

( ' oi n parée à la civilisation de Mycènes, celle des poèmes homériques accuse des différences assez marquées. Le fer, qui à Mycènes est un métal de luxe, est, dans l'épopée, d'un usage courant. Le mode d'ensevelissement des morts n'est plus le même. Les héros de Y Iliade sont brûlés sur un bûcher ; il n'est pas question du riche appareil funéraire que nous ont révélé les fouilles de l'Argolide. Pour l'architecture des murs de défense, Homère ne décrit rien qui rappelle les massives murailles de Mycènes et de Tirynthe ; les Eoliens et les Ioniens entourent leurs villes de palissades et d'ouvrages de terre. D'une manière générale, la civilisation homérique est moins avancée que celle de Mycènes.

L'industrie nationale existe cependant; mais elle se borne à pro-

1. Voir Scrruchhardt, Schîieniann's Avsgrabungen, p. 353-364.

'J. Helbig, Dos Jtomerische Epos mis den Denkmaelem erlâutert, Leipzig. 1887. 2e édition. On consultera aussi avec profit les pages où M. A. Dumont a résumé la question, les Céramiques Je la Grèce proj'iv. I.i. 142-158. Les travaux antérieurs sont très nombreux. Nous citerons en particulier Buchkolz, I>ie homeriscîie Realien; Riedenauer. ïïandwerfc und Handwerher in den hcmtrischen Zeiten.

duire les objets d'usage nécessaires à la vie, les meubles, les armes, la poterie. Homère nomme des forgerons, des corroyeurs, des potiers, et même un fondeur en or fopuuojrdoç) '. Toutefois il ne cite aucun centre industriel, comme le seront plus tard Milet, Chalcis, ouCorinthe. Les procédés de la métallurgie sont peu développés; c'est à l'aide de clous (t'/.'j:) qu'on fixe les pièces de métal, or ou argent, servant à décorer les poignées d'épées, les sceptres, les sièges. Les plus beaux sièges dont le poète ait l'idée, les trônes des dieux, sont ornés d'appliques de métal assemblées par des clous d'argent (àpyupovftoi) \ Pour la description des demeures les plus riches, il faut évidemment faire la part de la réalité et celle de la fiction poétique. Dans l'Iliade, c'est par ouï-dire, semble-t-il, que le poète connaît ces revêtements métalliques dont les édifices de Mycènes et d'Orchomènenous ont montré l'application. Il décrit vaguement le palais de Poséidon qui est en or, celui d'Héphaistos, qui est en bronze \ C'est seulement dans Y Odyssée, dans la description du palais d'Alkinoos et du mégaron de Ménélas, qu'il parle avec plus de précision des appliques de bronze, d'or ou d'argent, qui décorent les murs, les portes, les chambranles des portes ''. La richesse toujours croissante des villes ioniennes, des rapports plus suivis avec l'Asie, ont pu lui donner uue idée plus nette de ce mode de décoration.

En maint passage, les poèmes homériques attestent l'infériorité de l'industrie grecque par rapport à celle des Asiatiques. Le poète admire l'habileté des femmes cariennes et méi miennes qui savent teindre avec la pourpre les ornements d'ivoire des harnais '. Mentionne-t-il une belle armure, un vase précieux, une étoffe richement brodée? Ces objets viennent de l'étranger : ce sont des produits de l'industrie phénicienne. La cuirasse d'Agamemnon est un présent du roi de Chypre, Kinyras c; or Kinyras représente l'élément phénicien de la population chypriote. Ménélas possède deux cratères d'argent, présent du roi des

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