‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 7 sur 280 · Ilios, plan VII, dressé par W. Doerpfeld et J. Hofler · texte numérisé non relu

Ilios, plan VII, dressé par W. Doerpfeld et J. Hofler

'■'<. Noos ne rappellerons que pour mémoire la théorie, aujourd'hui réfutée, de II. le capitaine Boetticher, et suivant laquelle la prétendue ville brûlée n'est qu'une nécropole à incinération, appartenant h l'époque préhellénique. Le principal travail de M. Boetticher a été publié dans le Musèon de Louvain ( L888-1889) : L i Troie 'h: Schliemann, une nécropole à incinération, à la manière assyro-babylonienne.

découverte par Schliemann, il a exhumé les vestiges d'une civilisation fort ancienne, et l'étude des trouvailles d'Hissarlik doit former le premier chapitre d'une histoire de l'industrie primitive dans les pays grecs '.

L'industrie d'Hissarlik est celle d'une population très primitive, qui n'a pas encore renoncé à l'usage de la pierre polie. Les armes et les outils eu pierre et en os se trouvent à côté de pointes de lances et de poignards en bronze ; ce même métal est employé pour la fabrication des haches et des bassins. Tous ces objets étaient travaillés sur place : ils prouvent que la métallurgie était connue et pratiquée, mais témoignent en même temps de l'imperfection des procédés techniques. Les métaux précieux , l'or, l'argent et l'électron sont représentés dans la collection d'Hissarlik par des bijoux, anneaux, bracelets, pendants d'oreilles, colliers ornés de pendeloques, accusant également une fabrication locale- ~. Les vases de luxe sont en or et en argent. Pour ce qui est de la vaisselle d'usage, les vases de terre qui la composent dénotent une très grande inexpérience, au point de vue du tournassage et de la cuisson 3. Ce sont des poteries fabriquées le plus souvent à la main, quelquefois à l'aide d'un tour très primitif; l'argile est mal épurée, mal pétrie, et la surface du vase, simplement lustrée au polissoir, n'a reçu ni peinture ni vernis. Quand les vases offrent un essai de décoratiou, celle-ci consiste en traits incisés, ou bien encore elle comporte un système de modelage qui reproduit grossièrement les formes du corps féminin. Le potier a figuré, au moyen d'un pastillage, deux seius sur la panse du vase, et modelé sur le col une sorte de visage humain, avec deux gros yeux ronds, et un nez que dessine tant bien que mal une saillie de la terre pincée entre les doigts'. Ailleurs le vase imite un animal, un porc

1. Les objets qui forment la collection troyenne sont conservés an musée d'ethnographie de Berlin.

•2. Ilios, trad. fr., p. 5G8-633.

3. Les céramiques d'Hissarlik ont été étudiées en détail dans des travaux spéciaux : nous n'avons pas à y insister. Nous renvoyons le lecteur aux ouvrages les plus récents consacrés aux vases grecs : Dumont et Chaplain, les Céramiques de la Grèce propre, p. 3-18. 0. Eayet et M. Collignon, Histoire de la Cèramigu&grecqvte, p. 3-7.

A. Il est A peine besoin de signaler la théorie de M. Schliemann qui voit dans ces vases l'image d'Athéna yXocuxûkk. C'est une erreur qui a été suffisamment réfutée. Voir Fr. Lenormaut, Les Antiquités delà Troade, Impartie, 18 /«.p. 24.

par exemple, avec un ventre rebondi et de courtes jambes (fig. 1). Outre les vases modelés, la plastique est représentée dans la collection d'Hissarlik par des idoles d'un exécution sommaire, où l'imitation de la forme humaine est réduite à ses éléments les plus simples' (fig. 2). Les unes sont en matière dure, en marbre, en os, ou en trachyte. Dans ce cas, l'ouvrier s'est borné à découper naïvement les contours d'une tête et d'un buste, et il a indiqué les détails, le nez, les yeux et les colliers qui servent de parure, soit par des traits incisés,

soit à l'aide de quelques touches de couleur noire. Les autres idoles sont en terre cuite, et reproduisent les mêmes formes rudiinentaires, avec des appendices qui figurent les deux bras relevés2. On a peine à croire que ces informes ébauches puissent être autre chose que le produit tout spontané d'une civilisation encore barbare ; elles sont l'œuvre de mains tout à fait inexpérimentées ; un enfant qui s'amuse à modeler de l'argile ne fait pas autrement.

Considérée dans son ensemble, la collection d'Hissarlik nous montre une industrie à ses débuts, ou tout au moins fort attardée. Cependant, les anciens habitants de la Troade étaient-ils privés de tout contact avec le monde oriental? A certains indices, il est permis de croire le contraire. Il est bien probable qu'ils entretenaient des relations commerciales avec les autres peuples de l'Asie Mineure. Ainsi l'étain qu'ils employaient comme alliage leur venait du dehors, sans qu'on puisse en indiquer la provenance. Quelques morceaux de terre vernissée, rappelant la technique usitée en Egypte, des fragments d'objets d'ivoire finement travaillés, nous autorisent à supposer un commerce d'importation; on en peut dire autant d'une tête de lion en cristal de roche qui décorait sans doute un sceptre3. Comme il arrive le plus sou-

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