Brunn, Gesch. der griech. Kiinxtlcr, I, p
2. Elle porte le n° 9 du catalogue de M. Cavvadias (Kaxéloyoi toû xôvTpixoû u.O'j<te£ou, Athènes, 1880-1887). Pour la bibliographie ancienne voir Koerte, Miltheil. Alhen, III, p. 805. Cf. notre article du Bulletin 'le corr. hellén. 1881, p. 319, pi. IV, et la description donnée dans Friederichs-Wolters, Dit Gipsabgùsst antiker Bildwerhe, p. 21, n° 43. Brunn, Dtnkmaeler griechischer and rSmischer Sculptur, Munich, Bruckmann, n° 77 (Juiiglings/igur ron Orchomtnos).
férence, c'est qu'elle forme comme le premier terme d'une longue série
de statues analogues ; à ce titre elle est certainement la plus voisine des originaux en bois dont elle est imitée. Décrire longuement l'attitude serait nous exposer à des redites; notons seulement que c'est la jambe gauche qui se porte en avant, par une convention religieusement observée dans toute la série, et empruntée sans aucun doute aux soidisant statues dédaliques.
Si l'on analyse le style, on remarquera des réminiscences évidentes du travail du bois. Le sculpteur a beau mettre en oeuvre ce marbre gris veiné de blanc que lui ont fourni les carrières de la Béotie ; il est encore esclave de son modèle, peutêtre même des habitudes prises ; il procède par plans rigides, comme s'il taillait le bois. Ainsi, les clavicules forment une arête aiguë qui divise deux plans, l'un horizontal, marquant le plat des épaules, l'autre oblique, indiquant les pectoraux. La section est une coupure nette, comme celle que présente
liu. 56. — Statue virile trouvée à Orchomène, en Béotie. (Musée central d' Athènes.)
un éclat de bois enlève'' d'un coup de hache. Même travail heurté et dur dans la dépression qui figure le pli de l'aine. Fort ignorant de l'anatomie, le sculpteur s'est trouvé assez embarrassé pour modeler la poitrine et le ventre; il s'est contenté de tracer entre la ligne des côtes et les plans du ventre quatre ou cinq dépressions horizontales, creusées très légèrement, qui strient la partie supérieure de l'abdomen, au mépris de toute vérité. En somme, tout ici accuse les tâtonnements d'une main inexpérimentée. L'auteur de la statue n'est soutenu par aucune tradition d'école. Le souvenir du travail du bois le domine encore, et c'est en hésitant qu'il associe aux surfaces planes quelques formes arrondies.
Considérée dans son ensemble, la statue présente une structure quadrangulaire, qu'elle doit à la carrure des épaules, à l'aplatissement exagéré des cuisses. C'est là un caractère commun à plusieurs figures du même type, et nous sommes bien tenté de l'attribuer à l'influence de la sculpture sur bois.
On dégrossissait la statue dans le bloc de pierre comme on l'avait fait dans le madrier. Rien de plus instructif, à ce point de vue, qu'une statue du même type, trouvée à Naxos, et restée à l'état d'ébauche ' (fig. 57). Le marbre est simplement épannelé et piqueté au marteau; à
1. Ro.-s Kumtblatt, 1830, p. 46, et Inselreisen, I, p. 41. Welcker, Aile Denkmaeler, I, p. 399, et toute
Fig. 57. — Ébauche d'une statue du type viril, trouvée à Naxos. (Musée central d'Athènes.)
peine la figure a-t-elle forme humaine. On n'en surprend que mieux ce parti pris d'équarrissement, de construction par plans, qui ne disparaît pas tout à fait quand la statue est terminée. De pareils procédés suppléaient à l'inexpérience de l'ouvrier, et favorisaient une exécution presque mécanique ; le premier praticien venu pouvait ébaucher une de ces statues d'un type uniforme, en prenant des points de repère déterminés à l'avance.
La tête de la statue d'Orchomène offre les mêmes proportions carrées. Le front est plat, et les tempes fuient en retour d'angle. Les oreilles, mal placées, adhèrent au crâne. La coiffure accuse la préoccupation de procéder par masses, avec des indications de détails très superficielles. Sur le front, une rangée de boucles symétriques légèrement entaillées. A la hauteur des oreilles, la chevelure s'évase et s'étale, reproduisant la forme du klaft égyptien; par derrière, elle est serrée par une bandelette croisée, dont les bouts disparaissent sous la masse des cheveux. Des rainures verticales, tracées au ciseau, figurent les mèches divisées par le peigne; elles sont recoupées par des lignes horizontales, et ce dessin quadrillé reproduit tant bien que mal les anneaux des boucles frisées. Le visage est très mutilé. L'usure du marbre a déformé le nez, aujourd'hui écrasé et aplati; elle a amorti la saillie des lèvres, et presque effacé les contours des yeux. Mais un autre monument, à peu près contemporain de la statue d'Orchomène, nous fait comprendre à quel point, dans le rendu de la figure humaine, le souvenir du travail du bois exerçait encore une action tyrannique : c'est une tête en pierre blanchâtre trouvée par M. Holleaux près du temple d'Apollon Ptoos, à Perdicovrysi,enBéotie ' (fig. 58). Parmi les spécimens delà vieille sculpture hellénique, aucun, croyons-nous, ne relève plus directement des modèles dont nous essayons de retrouver les caractères. Or, voyez avec quelle sécheresse le sculpteur a découpé les contours aigus d'une bouche taillée en coup de sabre, enchâssé entre des paupières à
la bibliographie citée par Cavvadias, Cotai. n° 14, p. 2-1. La figure a été reproduite, avec des remarques intéressantes sur la technique, par M. E.-A. Gardner, Journal offfellen. Studies, XI, 1890, p. 130, fig. 1. 1. M. Holleaux, Bull. dé Corresp. lellén., X, 1886, p. 98-101, pi. V. Musée central d'Athènes: Cavvadias, Catal. n° 15. On peut en rapprocher, comme spécimen de technique, la tête en tuf du musée de l'Acropole reproduite en cul de lampe ; Lechat, Revue arch., t. XVIII, 1891, pi. XVI.
ressauts vifs des yeux dont le globe est absolument aplati, et de quelle main brutale il a attaqué la pierre, pour accuser la saillie du nez. Imaginez cette tête sculptée en bois; vous aurez une idée très juste de la technique et du style familiers aux premiers imagiers grecs.
On peut donc admettre sans témérité que le type viril, reproduit par les plus anciennes statues de pierre ou de marbre, dérive de la sculpture sur bois '.Nous laisserons de côté, poulie moment, l'examen des problèmes qui se rattachent à l'étude de ce type :
sa diffusion dans les pays grecs, les écoles qui l'ont adopté et développé, sa signification ; nous aurons à revenir sur tous ces points. Mais nous devons dès à présent poser une question : comment ce type s'est-il formé? Sous quelles influences se sont accomplis ces progrès que la tradition attribuait à Dédale, et qui correspondent à la période où le bois était la seule matière employée par les sculpteurs? On a depuis longtemps relevé les analogies que présentent la statue d'Orchomène et toutes ses congénères avec les statues égyptiennes 2 : bras allongés le long du corps, mains fermées, étroitesse relative des hanches par rapport aux épaules, forme de la coiffure
1. A Olympie, les plus anciennes statues d'athlètes étaient celles de Praxidamas d'Égine et de Rhexibios d'Oponte, la première en bois de figuier, la seconde en bois de cyprès. Elles dataient environ l'une de 544 à 540, et l'autre de 536 à 532. (Pausanias, VI, 18-7.) Pausanias ne décrit pas le type ; mais c'est à peine une hypothèse que de leur prêter le même type qu'à la statue du pancratiaste Arrachion, a Phigalie (Pausanias, VIII, 40-1). Or, cette dernière était exactement conforme au type de l'Apollon d'Orchomène. Les textes confirment ainsi le témoignage des monuments.
2. Voir Friederichs-Wolters, Cipsabgiisse, p. 9, n° 14; Furtwaengler, Arch. Zeitung, 1882, p. 55.
Fia. 58. — Tête virile, en pierre de Béotie,
trouvée près du temple d'Apollon Ptoos.
(Musée central d'Athènes.)
qui rappelle le hlaft, jambe gauche uniformément portée en avant, voilà des traits qu'on peut noter dans nombre de statues égyptiennes.
Ces ressemblances, qui nous frappent à première vue, n'avaient pas échappé aux Grecs. « Le rythme des anciennes statues égyptiennes, dit Diodore de Sicile, est le même que celui des statues faites par Dédale chez les Grecs r> '. Or, il faut entendre par rythme le mouvement et l'attitude. Une similitude aussi étroite est-elle purement fortuite, ou bien devons-nous admettre que ce type s'est introduit dans l'art grec par l'imitation de modèles égyptiens? Tel est le problème, qui offre un intérêt capital pour l'histoire de la formation des types plastiques.
La théorie de l'influence égyptienne a trouvé des adversaires résolus \ Pour Brunn et Overbeck, la conception de la forme humaine, en Egypte et en Grèce, dérive de principes différents. En Egypte, elle est fondée sur un principe architectonique ; la statue est le plus souvent adossée à un pilastre; elle fait pour ainsi dire corps avec lui. En Grèce la statue est isolée, dégagée; elle existe par elle-même. Mais surtout les différences éclatent dans les principes de style que le sculpteur grec applique de très bonne heure; à l'inverse du statuaire égyptien, il est éminemment naturaliste, et l'étude directe de la nature, la recherche de la vérité dirigent tous ses efforts. S'il y a des analogies, elles seraient lointaines, accidentelles, et ne s'expliqueraient que par une seule raison, c'est qu'en Grèce comme en Egypte le sculpteur représente le même sujet, un homme debout et marchant ''.
Nous ne nierons pas ces divergences. Dans tout le cours du sixième siècle, c'est-à-dire pendant la période où s'échelonnent les statues du type de l'Apollon d'Orchomène, elles s'accusent avec une énergie croissante, et il serait puéril de prétendre, qu'à cette date,
1. Diodore de Sicile, I, 97. Cf. Pausanias, 1 ,42, 5, à propos des statues d'ébéne de l'Apollon Pythies et de l'Apollon Dékatéphoros à Mégare : x&îç AÏYUiruotî |/.x).i<rrx èoixaot Çoà'/ot;. De même, l'Héraclès d'Erythres avait le type égyptien. Pausanias, VII, 5-3.
2. Brunn nie que le type dédalique soit analogue à celui des statues égyptiennes. Gesch. der griech. Kunstler, I, 21. Il a signalé ailleurs les différences fondamentales qui existent entre l'art grec et l'art égyptien pour la conception de la forme humaine. X. Rhein. Muséum, X, p. 119 suiv. Overbeck se rallie à la théorie de Brunn, Griech. Plastik, I, 3e éd., p. 11, 15.
3. M. Homolle a aussi mis en doute l'influence égyptienne; il explique ingénieusement le mouvement de la jambe gauche par ce fait que le sculpteur représente un homme prêt à partir du pied droit (fuuslopede) et prenant son point d'appui sur le pied gauche. (De antiquiss. Diana simul. del., p. 95.)
l'art grec soit encore réduit à copier un type étranger. Aussi liien, ce n'est pas au sujet des statues de marbre que la question se pose ; c'est à propos de leurs prototypes en bois. Ici, nous n'hésitons pas à faire aux influences égyptiennes une part très large. Dans le type de la figure debout, dans la convention si particulière des mains fermées, de la jambe gauche portée en avant, nous reconnaissons des emprunts faits à l'Egypte par les sculpteurs sur bois '. A coup sûr les modèles ne manquaient pas pour leur suggérer ces imitations. Et d'abord, il est permis de supposer avec M. Helbig, que les xoana, dont les Grecs notaient si curieusement le caractère égyptien, étaient des œuvres phéniciennes de style égyptisant ~. Peut-être même fautil attribuer un rôle, dans cette sorte d'initiation, aux produits industriels, aux petits bronzes, aux figurines de terre cuite vernissée, que le commerce répandait dans les pays grecs 3. On sait quelle est, au point de vue de la diffusion des types, l'importance des objets d'art de petite dimension. Si restreintes qu'en fussent les proportions, de pareils modèles ont pu contribuer à éveiller chez les Grecs le sens plastique; ils ont pu leur suggérer l'idée d'un type fort simple, bien t'ait pour tenter le ciseau des premiers imagiers. Qu'un fabricant de xoana ait l'idée de grandir mécaniquement une figurine égyptienne : voilà réalisée l'invention attribuée à Dédale. Le prototype de l'Apollon d'Orchomène est créé; l'art grec naissant a trouvé la formule de la figure virile.
Dans les statues de ce type, la nudité est complète. Il en est tout autrement pour les figures féminines qui sont vêtues, et dont le type s'oppose nettement à celui que nous venons d'étudier. Suivant la juste remarque de Bruno ', l'étoffe du vêtement est s une matière morte » ; pour faire sentir sous cette gaîne les formes du corps, il faut une
1. J'ai déjà exposé cette théorie : Gazette arch ologique, 1886, p. '235 et suivantes.
2. Helbig, Homeriscke Epos, p. 417, nute 4. M. Perrot remarque que les Phéniciens étaient des commerçants d'images, et que celles qu'ils vendaient aux Grecs étaient anthropomorphiques. //'■'. de l'Art, III, p. 80.
3. Une figurine vernissée du type de l'Apollon d'Orchomène, et provenant de Naucratis, a été acquise par le yinsie de Boston. Voir Robinson, Trustées of the Muséum 0/ fine arts, Thirteenth annual Report, 1X83, p. 18-22.
4. M. Brunn a consacré une étude très pénétrante h l'histoire de la formation du type féminin Ueber teklonischen Stt/l. (Sitzvmgsbericlite der philos. pAilolog.undhist. Classe derK. bayer, Akad. der \Y< chaften, 1884, p. 507-541.)
habileté qui dépasse les forces des premiers sculpteurs. Il est donc
naturel que dans sa structure, dans son enveloppe extérieure, la statue vêtue accuse encore le souvenir des éléments primitifs dont elle est sortie. Les découvertes récentes faites en Grèce mettent en pleine lumière cette genèse du type féminin. Depuis les fouilles de Délos, nous possédons des séries de monuments où l'on peut suivre pas à pas le travail qui transforme en statue la planche, la poutre ou la colonne '. Si l'on considère les éléments primitifs, trois formes génératrices, pour ainsi dire, s'offrent au ciseau du sculpteur : d'abord la planche («javtç), puis la poutre équarrie, enfin le tronc d'arbre. Une image fidèle du xoanon dérivant de la planche est parvenue jusqu'à nous : c'est la statue très primitive trouvée à Délos par M. Homolle, en avant du temple d'Apollon (fig. 59). Nous ne saurions mieux faire que d'en emprunter la description à l'auteur de la découverte : « Le marbre, dit M. Homolle, depuis la plinthe jusqu'aux épaules, a la forme d'une colonne aplatie ; les côtés sont arrondis à droite et à gauche; les faces sont deux plans parallèles. La ceinture divise le corps en deux parties inégales ; la partie inférieure , qui est la plus haute, va s'amincissant peu à peu depuis les pieds jusqu'aux hanches, qui s'arrondissent sous la ceinture; la partie supérieure va s'élargissant en sens inverse. La largeur des épaules est égale à celle de la plinthe. A droite et à gauche sont placés deux montants verticaux,
raides, appliqués le long du corps : ce sont les bras. La tête ressemble
Fig. 59. — Copie en marbre d'un j-onnoji. trouvée àDélos.
(Musée central d'Athènes.)
Hauteur, avec la base, 2 '"; sans la base, 1 ™, 75.
1. L'histoire de cette évolution a été faite avec une extrême précision par l'auteur des découvertes de Délos : Homolle, De antiquissimis Diana: simuJacris deliacis, Paris, 1885.
à une pyramide tronquée dont on aurait effacé et adouci toutes les arêtes: la chevelure, plaquée sur les tempes, épandue sur les épaules, contribue a lui donner cet aspect. Au-dessus de la plinthe, le marbre est échancré et scié en biseau. Dans la cavité triangulaire sont ménagées deux saillies qui représentent les extrémités des deux pieds ; ils sont accolés l'un à l'autre » '. Ajoutez que, suivant toute vraisemblance, la statue était peinte, comme les xoana ~. Les mains fermées sont traversées par des trous, servant sans doute à assujettir ces sortes de chaînettes, qui, sur les monnaies, complètent la parure des statues de bois s.
Cette informe image, qui trahit si clairement l'imitation de l'idole taillée dans une planche, n'appartient à aucun sexe ; la poitrine est plate, et le torse, dit M. Honiolle « ressemble beaucoup plus à une figure géométrique qu'à une forme humaine. » Heureusement, une inscription, gravée sur la partie inférieure de la statue, du côté gauche, nous apprend ce qu'elle est1. C'est un ex-voto, dédié à l'Artemis Délienne par une femme de Naxos, Nicandra; sans doute, l'ex-voto représente la déesse elle-même. Le témoignage de l'inscription n'est pas moins précieux pour établir une date approximative. En raison des caractères épigraphiques, l'époque de la dédicace peut être reculée jusqu'au septième siècle. Or c'est le moment où s'accomplit le passage de la sculpture sur bois au travail du marbre. Entre l'ex-voto de Nicandra et le xoanon en forme de planche qui a servi de modèle, il n'y a donc pas d'intermédiaire. Le premier est une transposition en marbre du second.
Lorsque, avec le temps, le sculpteur se préoccupe un peu plus de la vérité, lorsqu'il s'essaie à modeler les rondeurs de la poitrine, à traduire avec plus de précision la coquetterie de l'ajustement féminin, il
1. Honiolle, Bull, de corrap. hellénique, III, 1889, p. 101. Cf. Mon. grecs, 1878, p. 61 et De antiq. Vian, simul., y. 15, pi. I. Voir aussi les remarques île Brunn, me'm. cité, p. 1.7>0 et suivantes. Bonne reproduction dans Broun, Denhmaeler <h-r gr. rôm. Sculptur, n° .37.