‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 1 sur 380 · LA SCULPTURE MONUMENTALE A ATHÈNES — I. LE PARTHÉNON · texte numérisé non relu

LA SCULPTURE MONUMENTALE A ATHÈNES — I. LE PARTHÉNON

PeDclant la seconde moitié du ciuquiëme siècle, Athènes est la capitale de l'art, comme elle est le centre du mouvement intellectuel. La courte période qui va de 450 au début de la guerre du Péloponnèse est un de ces moments, si rares dans l'histoire de l'humanité, où toutes les énergies, toutes les facultés créatrices d'une race supérieure se concentrent comme en un foyer lumineux. La Grèce tout entière reconnaît la suprématie d'Athènes. Sans doute la puissance matérielle, la richesse de la ville de Périclès contribuent pour beaucoup à lui assurer cette prééminence. La redoutable flotte de guerre qui porte aux alliés, aux sujets, aux colonies d'Athènes les ordres de la niétro-

SCCLPTURE GRECQrE. — T. II.

pôle; les arsenaux et les chantiers du Pirée en pleine activité; un trésor public alimenté par d'abondantes ressources ; une industrie prosl^ère, qui s'est emparée des marchés du monde ancien, tout cela est bien fait pour commander le respect. Mais surtout aucune ville n'exerce le même attrait, et ne possède la même puissance de séduction ; nulle part ailleurs, l'hellénisme ne trouve sa formule aussi complète. L'atticisme que représente Athènes n'est plus celui du temps de Pisistrate ou même de Cimon; il s'est élargi, transformé, et personnifie le génie grec dans toute son étendue, avec sa souplesse, sa vigueur agile, son goût pour les généralisations, son instinct inné du beau, son aptitude h tout comprendre. Si les idées, les croyances, les sentiments d'un Grec du cinquième siècle trouvent leur expression la plus achevée dans les œuvres d'un Sophocle, d'un Thucydide, d'un Euripide, l'art attique offre le même caractère de généralité; de quelque province qu'il vienne, un Hellène j^eut y retrouver les plus hautes qualités de sa race. Dans les édifices qui se dressent sur l'Acropole, tout étiucelants de la blancheur du marbre, tout chatoyants de dorure et dé polychromie, la Grèce salue son architecture nationale ; elle reconnaît les formes des vieux ordres grecs, combinées et épurées par la main savante des maîtres athéniens. Et les sculptures qui décorent le fronton des temples, se déroulent en frises sous les portiques, courent en légers bas-reliefs sur les entablements ioniques, oftVeut à son admiration les formes les plus pures qu'ait jamais réalisées un ciseau grec.

Cette suprématie incontestée dans le domaine de l'art, Athènes la doit surtout au plus grand de ses maîtres, ii Phidias. L'influence de Phidias se manifeste partout. Elle éclate dans la sculpture monumentale, dans ces œuvres collectives dont quelques-unes sont exécutées par ce qu'on peut appeler son « atelier )>. Elle inspire les œuvres personnelles de ses élèves; elle rayonne même au loin, lidrs des frontières de l'Attique. A ne considérer que l'ensemble du mouvement de l'art dans la seconde moitié du cinquième siècle, il semble que toute cette période soit comme dominée par la grande figure de Phidias.

Pourtant, si l'on pénètre dans le détail, il s'en faut que la question soit aussi simple. L'activité est si intense ;\ Athènes, qu'à côté de Phidias, il y a place pour des maîtres de moindre rang, mais très

LE PAUTIIENON. 3

dignes d'attention. Parmi ces artistes il en est même qui conservent leur indépendance, ou se réclament d'une autre tradition. Bien plus, la mort de Phidias laisse son école livrée i\ elle-même, bien avant la fin du siècle, et l'on voit déjà poindre l'évolution qui entraînera l'art dans une voie nouvelle. A vrai dire, la fin du cinquième siècle est une période de transition, très complexe, et qu'on ne saurait étudier avec trop de soin. Nous devons donc, pour suivre d'aussi près que possible le mouvement de Fart à Athènes, nous astreindre à une méthode rigoureusement chronologique, quitte à rompre un peu l'unité de ce qu'on est convenu d'appeler le tableau de l'art au temps de Périclès. Nous devons prendre notre point de départ vers le moment où commencent les grands travaux de l'Acropole, vers -iH environ, et demander aux œuvres de la sculpture monumentale des témoignages indiscutables. C'est le moment où Tinfluence de Phidias est toute puissante, et les marbres du Parthéuon vont nous en offrir le reflet le plus direct et le plus prochain.

§ 1. — LE PAETHÉXON.

Les fouilles de l'Acropole ont jeté une vive lumière sur l'histoire du Parthénon '. Ou sait aujourd'hui que ce monument n'occupait pas, comme on l'a dit autrefois, l'emplacement d'un temple plus ancien, défru't par les Perses, et qui aurait été le Parthénon de Pisistrate. Avant -ISO, il n'y avait sur l'Acropole qu'un seul temple, celui qu'Hérodote appelle 'Epa/Oio; vr/i;- et dont le nom officiel était l'Hécatompédon (tô Ey,y-w.-iSv/) ; c'est celui-là même dont les assises ont été retrouvées dans les fouilles de 1888. Ce vieux temple à divisions multiples, à double cella, réunissait les deux cultes d'Athéna et d'Erechthée. A la place où s'élève aujourd'hui le Parthénon, il n'y avait qu'un rocher abrupt, se dérobant du côté sud par une brusque dépression. Après l'incendie de l'Acropole par les Perses, en 480, des travaux furent

1 . Toutes les questions historiques relatives au temple sont élucidées avec une rare pénétration par M. Furtwaengler, ilehterwerhe der ffriech. Plastil-, Die Athenatempel der Akropolii, p. 155 et suivantes. Nous ne faisons que résumer brièvement ses conclusions.

•-. Hérodote, YIII, 55. Le temple est appelé tô 'ExaTOiiîisSov dans une importante inscription du sixième siècle, relative à cet édifice. Voir Doerpfeld, Jlittheil. Athen, XV, p. 42 1.

4 LIXrLUEXCE DES GIÎAXDS MAITKES.

entrepris ])Our préparer remi^laceinent d'un nouveau temple, et de cette époque date le puissant soubassement mis à nu dans les fouilles de 1888 '. Le premier Parthénon, qui devait encore réunir dans la même enceinte les cultes d'Athéna et d'Éreclitliée, ne fut jamais achevé. Seules, les assises furent construites. C'est seidement en 417, deux ans après la mort de Cimon, que Périclès reprit le projet abandonné, et mit îi l'œuvre ses architectes, Iktinos et Callicratès, pour édifier sur des plans nouveaux le Parthénon actuel. On sait déjà comment nous sommes renseignés sur la date des travaux, par une série d'inscriptions contenant les comptes de construction '. La quinzième année de ces comptes tombe en 433/2. A cette date, l'édifice était presque terminé. Le début des travaux se place donc quinze ans plus tôt, c'est-à-dire en 447.

A n'en pas douter, le Parthénon de Périclès était destiné au culte d'Athéna. La déesse devait quitter l'ancienne cella du temple du sixième siècle, et régner seule dans un temple digne d'elle. Sa cella, située à l'est dans le nouvel édifice, égalait en dimensions la totalité du vieux temple, et elle en prenait le nom ; elle s'appelait ô vù-k 6 Éx.y.Toy.- T.tBo;. Ses proportions agrandies concordaient avec celles de la statue d'or et d'ivoire qu'exécutait Phidias. Derrière, à l'ouest, se trouvait une chambre accessible seulement aux trésoriers de la déesse et des autres dieux : c'est celle qui, dans les inventaires officiels, est désignée sous le nom de Parthénon. Cette dénomination fut, dans l'usage courant, attribuée au temple tout entier. Mais quelle en est l'origine, et comment, dès le principe, fut-elle appliquée à une partie du temple très distincte de la cella où se dressait la statue de la Parthénos? M. Furtwaengler a très heureusement résolu le problème ^ Le Parthénon (ô IlaoOjvwv),

1 . Cf . tome I, p. 535 . Nous avons attribué à Cimon ces travaux pi-éparatoires. M. Furtwaengler a démontré qu'il convient d'en faire lionnenr à Thémistocle. L'ancien Parthénon a été commencé peu de temps après 479, au temps où Thémistocle et Aristide étaient TtposTiTai toO Si^iio-J. (Aristote, Ho).. 'A6r,v. 23, .1.) L'abandon des travans, après le triomphe du parti de Cimon, serait un témoignage très significatif de la réaction diiigée par le parti conservateur contre les projets de Thémistocle. Cimon utilisa pour la construction du mar nord de l'Acropole les tambours de colonnes déjà préparés. La période de cessation des travaux coïnciderait donc avec le gouvernement de Cimon, et ce sont les plans de Thémistocle qu'aurait repris Périclès.

2. Voir tome I, p. 53G, note 1, où nous avons cité les travaux relatifs .\ cette question.

Page 1