‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 101 sur 380 · Voir Puchstcin. Vas ioniselie Kapitel · texte numérisé non relu

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I/EIMtQi;].; DE TUANSITKjN. 217

plemeiit à la préseuce d(j statues fcniinines à attributs marins ' ; il n'expli(ivie pas la destination de l'édifice. En réalité c'était, comme l'hérôon de Trysa, un moniuaent funéraire, à la fois tombeau et trophée de victoire, élevé en l'honneur du chef lycien qui figure sur le fronton oriental, entouré de sa famille-. Le luxe de la sépulture, les souvenirs de batailles

et de victoires que rap- |^1

pelleut les frises, per- -"â-^

mettent de songer à l'un de ces dynastes qui résidaient à Xanthos, mais exerçaient sur les autres villes lycieunes une sorte de suzeraineté. Les monnaies nous en font connaître plusieurs, Kuperlis, Khreis, qui dans une importante stèle de Xanthos se vante d' K avoir enlevé nombre d'acropoles avec l'aide d'Athéna preneuse de villes )r'.

Toutefois l'hypothèse la plus vraisemblable permet d'attribuer le monument au dynaste Périclès, qui, d'après le témoignage de Théopompe, s'empare de Telmessos, sur le golfe Glaucos', et devient le souverain de toute

1. lia été proposé par W. Lloyd, Xantliian marhUs , The Xereid monument, Londres, 1S45.

2. M. Michaelis a réfuté les anciennes hypothèses de Fellows et de Lloyd qui y reconnaissaient, le premier un trophée de victoire rappelant la conquête de la Lycie par Harpagos, en 540, le second un monument de la délivrance de la Lycie, après la bataille de l'Eurymédon. Michaelis, Anuali, toc. cit.

3. Babelon, Catal. des monnaies grecques. Les Perses AchéménideSj introd., p. XCVIII-CII.

4. Théopompe, frag. 111 dans les Ficim.hiitt.iic.sraec.,éi. Didot, I. p. 295. Cf. Michaelis, Annali 1875, p. 170.

SCULPTURE GRECyUi;. — T. H. 28

Fig. 102. — Restauration du Monument des Néréides , d'après Falkener. (TAe Muséum of clussical AntiquUies, p. 25G.)

la Lycie. L'étude des monnaies lyciennes fournit des points de repère pour établir la date de ces événements. Périclès le Lycien règne avant o74, et le texte de Théopompe place vers 375 la prise de Telmessos'. D'autre part, la domination du dynaste ne paraît pas s'être prolongée au delà de 3G2 ; à cette date en effet, après une révolte réprimée par Mausole au nom du grand roi, la Lycie est annexée à la satrapie de Carie. Si le monument de Xanthos est bien l'hérôon de Périclès, et si, comme on peut le croire, il a été élevé de son vivant, il en résulte que l'édifice appartient à la première moitié et sans doute au premier quart du quatrième siècle". Il nous reste à voir jusqu'à quel point le caractère des sculptures s'accorde avec cette hypothèse.

Le British Muséum possède d'importants fragments de quatre frises. Deux d'entre elles appartenaient certainement au soubassement ; la plus basse courait au niveau de la troisième assise ; l'autre se développait à la jtartie supérieure, au-dessous de la rangée d'oves qui formait corniche. De ces deux frises, la plus soignée, la plus considérable par ses dimensions, est la première. Le sculpteur avait représenté un combat en plaine, sur un terrain favorable à la cavalerie. Des soldats à pied sont aux prises, mais un corps de cavaliers prend part à l'engagement. Les costumes sont très variés. D'un côté, les combattants sont nus, avec le casque et la chlamyde, comme les héros mythologiques d'une frise grecque ; d'autres, du même camp, portent la cuirasse à lambrequins ou à deux pièces ('(uaVJOojpa^), avec le casque à haute aigrette. Dans le canq) ennemi, les soldats portent surtout la tunique longue, qui leur donne une allure efféminée ; quelques-uns ont la tunique à manches, avec un bonnet semblable à la tiare ])ersique^ 11 est bien difficile de décider si l'artiste a voulu représenter aux prises des Lyciens

1. J. p. Six, Monnaies lyciennes, Revue numismatique, 1887, p. 76. Babelon, o;i. cit., p. CX. M. furtwacDglcr, qui place encore au cinquième siècle la construction du monument des Néréides, suppose que laprisede Telmessos peut remonter plus haut. Suivant lui, elle pourrait être un peu postérieure à 425, c'est-à-dire à l'époque où Telmessos jiaie encore le tribut & Athènes. Aich. Zeitiing., 1S8'2, p. 359. Mais il. Six a démontré que la ville mentionnée dans les listes de ti-ibutaires ( Corp. inscr. attic. , I, 37 et 324), est non pas Telmessos, mais Telemessos de Carie. (Monnaies lyciennes. p. '.i3. Cf. Perrot et Chipiez, IIist.de l'art, V, p. 356, note 1). L'indication chronologique du textede Tliéopompc garde donc toute sa valeur, et ce récit n'a pas, comme le suppose M. Michaelis, un caractère épisodique.

2. Cf. J.Six, Journal of Ilelkn. Stwties, XIII, 1892-1893, p. 133.

3. ^fonumenti inediti, X, pi. 13-14. Brunn, Denl-maelertU" 214-215.

L'KPOQUE DE TRANSITION.

et des Cariens; aussi bien, il nous importe peu, car l'intérêt de la frise est de nous montrer une habile adaptation d'un sujet bien connu : un combat de Grecs et d'Amazones. Considérez les procédés de groupement; vous reconnaîtrez les oppositions variées, les épisodes pathétiques avec lesquels la sculpture décorative attique nous a familiarisés. Voyez ces soldats à la lonj^ue tunique flottante, qu'on serait tenté de

Fig. 103. — Monument îles Néréide:f. Morceau de la grande trise inférieure du soubassement. ( British Muséum.)

prendre pour des femmes , si le sculpteur n'avait pris soin d'indiquer leur virilité : vous n'aurez pas de peine à y découvrir une simple transposition du type des Amazones (tig. 103). Et voici d'autre part des emprunts manifestes au Parthénon, à Phigalie, à Trysa, ou tout au moins des concordances attestant que le sculpteur a puisé aux mêmes sources. Tel cavalier qui galope au milieu de la mêlée semble une copie affadie d'un cavalier des Panathénées. Les blessés couchés sur leurs chevaux font penser à la frise de Phigalie, et le cheval qui s'agenouille pour permettre à son cavalier de descendre, accomplit la manœuvre familière aux montures des Amazones, témoin la frise de Trysa'. Il y a là

1. Cf. Benndorf et Niemann, Das Beroonvon Gjiilbasclii-Trysa, p. 110.

comme un habile amalgame, qui dissimule le plagiat. Et malgré tout, la frise a une singulière unité qu'elle doit surtout à la facture du liasrelief : style facile, exécution grasse, coulante, qui laisse je ne sais quelle impression de mollesse, et comme une saveur de goût ionien.

La petite frise du soubassement nous ramène à une donnée que nous avons déji\ vue traitée à Trysa dans la scène de la Prise de Troie. Mais ici la composition est plus étendue, et l'artiste raconte, dans une série d'épisodes, l'attaque, le siège et la capitulation d'une ville '. Chacune des faces est consacrée à un épisode distinct. 1° Face sud. Bataille en jdaine. La garnison de la ville assiégée fait une sortie. De chaque côté accourent les bataillons rangés en bel ordre, les iîles alignées en front de bataille, les hommes marchent du même pas, le bouclier au bras gauche (tig. 104). Cependant la mêlée s'engage au centre ; l'ordre est déjà rompu ; on lutte corps à corps ; on emmène des blessés. Les soldats des deux camps portent d'ailleurs le même costume, casque et cuirasse de forme grecque avec la tunique plus ou moins longue. 2°Face est. L'assaut. La ville assiégée est figurée par une porte que défendent des ouvrages avancés, au-dessus desquels apparaissent les têtes casquées des défenseurs. Une vigie donne l'alerte, tandis que les assiégeants appliquent une échelle aux murailles, et que s'avancent les bataillons d'assaut (fig. 105). Ceux-ci ont déjà fait des prisonniers qu'on conduit au camp, les mains liées derrière le dos. 3" Face nord. Le blocus de la ville. L'assaut a été repoussé et l'ennemi fait un siège eu règle. On combat devant l'une des portes ; mais les défenseurs sont aux créneaux et garnissent le triple mur d'enceinte qui protège la ville (fig. 100). Cependant l'alarme est dans le pays; les gens de la campagne se réfugient dans la ville ; l'un d'eux amène son âne, d'autres apportent leur mobilier. Face miest. La capitulation. Toute la partie gauche montre la ville désertée par les assiégés. On aperçoit en perspective les portes, les tours, les courtines, les maisons aux toits plats, parmi lesquelles apparaît im tombeau couronné d'un sphinx et d'un lion. Vous retrouvez li\ l'aspect d'une ville lycienne, tel «pie le reproduisent les bas-reliefs sculptés dans le vesti-

1. Monumenii inedili, X,pl. l.")-l(!. Brumi, IJeiihnaeler, n"-' 217, ■-MU, •-'18. Pour la description des basreliefs, nous Buirons l'ordre restitui- par M. Michaelis, .4iiiio/r, 1871, p. 216 et suivantes.

L'EPOQTE DK TRANSITION.

bule d'un tombeau, i\ Pinava '. Phis loin le vainqueur re^-oit la soumission des vaincus (fig. 107). Assis sur un trône, coiffé d'une tiare persique, et abrité sous un iiarasftl, il donne audience aux cliefs de la ville

Fig. 104. — Bataille en plaine. Monument des Néréides. Petite frise du soubassement. Face sud.

Fig. 105. — L'assaut. Monument des Néréides. Petite frise du soubassement. Face est. ( British Muséum.)

prise qui se présentent eu costume civil, conduits par des officiers, tandis qu'un soldat malmène rudement un prisonnier.

Au premier abord, on est frappé de l'esprit réaliste de la composition,

]. Benndorf et Niemann. Ileisen iii Li/Hvn. 1. p. ;V2-54. Cf. Perrot et Chipiez, V, p. .".78. fig. 25-3,

et du caractère historique dont elle est empreinte. On songe à l'Orient asiatique, plutôt qu'à la Grèce, et ou se rappelle les pages d'histoires sculptées par le ciseau des artistes assyriens. Pourtant, depuis les découvertes de Ghieul-Baschi, nous possédons d'autres termes de comparaison, qui nous ramènent à la Grèce. Les bas-reliefs de Trysa nous ont fait connaître des particularités analogues : batailles rangées, représentations de villes assiégées, files de soldats vues en perspective ; il n'est pas jusqu'à l'épisode de l'ânier conduisant sa bête qui ne s'y retrouve un peu modifié. Si pour les frises de Trysa nous avons été amenés à supposer des modèles grecs, quelles raisons de les écarter pour les bas-reliefs de Xauthos? Et n'est-il pas vraisemblable que l'artiste avait en mémoire des peintures murales dont il s'inspirait ' ? Toute la question est de savoir dans quelle mesure il avait, pour ainsi dire, démarqué son modèle. Or, pourquoi ne pas faire crédit d'une certaine part d'invention aux sculpteurs qui entreprenaient des travaux de ce genre ? Pour nous, la frise de Xanthos est une adaptation où l'artiste, puisant sans doute aux mêmes sources que son confrère de Trysa, s'est émancipé néanmoins, et a donné à la composition un caractère local. De quelque scène de la légende, il a pu faire une scène de l'histoire lycienne, et rien n'empêche de croire qu'il ait en réalité raconté la prise de Telmessos par le Lycien Périclès. N'avait-il pas déjà transformé, dans le même sentiment, un combat de Grecs et d'Amazones en une bataille gagnée par son héros ?

Les frises de l'ordre et de l'intérieur sont moins importantes, moins soignées pour l'exécution ". Elles ont cependant l'intérêt de nous montrer des scènes empruntées à la vie lycienne. Dans les bas-reliefs de l'entablement, des tributaires en costume grec ou asiatique apportent la dîme, pièces de gibier, corbeilles de grains ou de fruits (fig. 108); plus loin un combat de fantassins et de cavaliers ; ailleurs des chasses à l'ours (fig. 109) ou au sanglier, un des thèmes favoris de la sculpture

1. M. Six fait remarq\ier trOs justement que dans une fresque du Poecile, représentant la bataille d'Oinoé, on voyait les combattants en ordre de bataille : AÛTr, ôè t, utoo Tipùta |xèv 'AOr,vï:ou; é-/ei TETOYlisvou; iv Oivôïi tî); 'Apysia; ÈvavTÎa AaxsSaipioviMV. Pausanias, I, 15, 1. M. Six admet que la bataille d'Oinoé 8e place vers .ÎB! ou 392. La fresque serait donc |)OStérieure iV celles do Micon et de Polygnotc. Journal oflUll. Sludies, XIII, 1892,1893, p. 132. 2. Afon.ine<]ili,X,\>\. 17-18. Brunn, iJenUmacler, n" 218.

funéraire en Lycie, et dont on n'a pas de peine à reconnaître roriji;ine ionienne ' . Enfin, les sujets de la frise de la cella, sacrifices et banquets de victoire, personnages conversant entre eux, ont plus d'un rapport avec les sculptures de Trysa,

^^''!ëiiê\MiHsàiS^^,

Fig. lOG. — La sortie. Monument des Néréides. Petite frise du .soubassement. Face nord.

Fig. 107. — La capitulation. Monument d..'- Xrnides. Petite frise du soubassement. Face ouest. ( British Muséum. )

Les influences grecques reparaissent presque sans mélange dans les sculptures des frontons. Les bas-reliefs des tympans représentent, à l'ouest, une scène de combat, dont l'exécution rappelle celle de la frise

1. Les scènes de chasse figurent fréquemment sur les anciens vases ioniens du si-tième siècle. Cf. un vase du Louvre représentant une chasse au cerf. E. Pottier, Bull, de corresp. Itdlén., VI, 1892, p. 257-259.

LE ijUATIMK.ME SIE('I,K.

du soubassement; à l'est, le chef lycieu assis sur un trône en face de sa femme, assise connue lui, et relevant sou voile avec le geste élégant si fri'(juent sur les stèles attiques. Des personnages de proportions décroissantes occupent les ailes, et tout ici rappelle le style et les procédés de composition des bas-reliefs attiques'. Mais surtout nous devons jirêter attention aux groupes en ronde bosse qui formaient acrotères, et surmontaient l'angle supérieur des frontons. C'est là qu'il faut re[)lacer deux groupes mutilés montrant chacun un jeune homme nu, aux formes pleines et robustes, enlevant une femme, sans doute les Dioscures et les filles de Leucippe (fig. 110) '. Ajoutez de chaque côté

l'i.:;. 10t<. — Monument des Néréides. Fragment de la frise de l'entablement.

une figure de femme courant, comme permettent de le faire quatre torses féminins, de mêmes proportions, conservés au British Muséum ■, vous restituerez facilement les groupes d'acrotère : deux figures centrales, à savoir un Dioscure et une Leucippide; deux figures latérales, les compagnes de la jeune fille fuyant effrayées '. Ainsi, le Monument des Néréî'des nous offre un nouvel exemple des procédés de groupement que nous avons observés dans la sculpture monumentale du quatrième siècle, à Délos, par exemple. Des analogies aussi étroites ne sont pas fortuites, et nous y trouverons des indices précieux pour établir la date de l'hérôon de Xanthos.

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