CHAPITRE II
SCOPAS
Le silence surprenant des sources littéraires antiques à l'égard de la biographie des artistes, ne nous laisse jamais des regrets plus vifs que lorsqu'il s'agit d'un grand nom comme celui de Scopas '. Contemporain de Praxitèle, quoique un peu plus âgé, il tient dans le quatrième siècle une place au moins égale ; il a semé ses œuvres dans toutes les régions de la Grèce " ; il a, suivant toute vraisemblance, ti\availlé dans le Péloponnèse, en Attique, en Asie Mineure. Pourtant que savons-nous de sa naissance et de ses origines? Un seul fait, à savoir qu'il était né à Paros ''. Il faut donc recourir aux hypothèses pour essaj-er de restituer sa filiation. Or, le nom de Scopas est porté au deuxième ou au premier siècle avant notre ère par un Parien, qui est sans doute un artiste. Son fils, Aristandros, est certainement un sculpteur, et travaille pour Délos ^ On a ])U, sans trop de témérité, les considérer comme des descendants du maître de Paros, à plusieurs générations de distance. D'autre part, nous avons déjà rencontré, vers la fin du cinquième siècle, un autre Aristandros; celui-
1. Tous les textes qiii peuvent nous éclairer sur la vie et les œuvres de Scopas ont été mis en œuvre dans la monogi-aphie de Ludmg Urlichs : Siopas Leben und Werle, Greifswald, 1863. Cf. Brunn, Griecliisclie Kûiisller, I, page ol8-3;!6 ; l'article île Weil, Skopof, dans les Denhnaeler de Baumeister, et surtout Furtwacugler, .Ueistericerie des griecli. PlailU; p. Ôl3-ô2y.
2. Pausanias dit de lui : 6; xa't àYà)(xaia TtoXXa^joù rii; à{>x'<°': 'EiXiSo;, Ta oè xal nîf't'luvtav te xai Kaptav iîtoîrios. VIII, 45, 5.
:i. Pausanias, VIII, 45, 5. VIII, 47, 1.
4. Son nom se lit sur deux inscriptions trouvées à Délos, l'une connue depuis longtemps, l'autre découverte p:ir M. HomoUe. Loewy, Jnsclir. griech. Bildhauer, n»" 287, 288. Cf. Uomolle, Bnll. de corrup. Iiellin. V, 1881, p. 402. 'ApiffTavSpo; Sxbna Uàpio; èneoxsùaosv.
SCO PAS. '233
ci est également de Paros; il habite le Péloponnèse, et travaille avec Polyclcte aux trépieds de lironze dédiés par les Spartiates dans le temple d'Amyclae, après ^gos-Potamos '. La date de sa période d'activité coïncide avec celle de la première jeunesse de Scopas. Estce un simple hasard? Ou bien sommes-nous autorisés à conclure de ce rapprochement que, au cinquième siècle comme plus tard, les deux noms étaient alternativement portés par le père et par le tils dans la môme famille, et qu'Aristandros est le père de Scopas? La conjecture n'a rien que de plausible. Rappelons-nous d'ailleurs que, en 406/5, Paros tombe aux mains des Spartiates; le premier Aristandros a pu suivre la fortune de son pays, et émigrer dans le Péloponnèse, comme ses compatriotes émigraient eu Attique au temps de la domination athénienne ■.
Au dire de Pline, qui le cite parmi les maîtres de l'art du bronze, Scopas aurait été en pleine activité vers l'année 420/19 . Mais cette date, si elle est exacte, ne peut guère faire allusion qu'à l'année de sa naissance. Vers 352, Scopas se trouve en Carie, où l'ont appelé les travaux du Mausolée d'IIalicarnasse; à supposer qu'il soit né en 420, il aurait soixante-huit ans à cette époque, et, à moins de lui prêter une longévité exceptionnelle, il est impossible d'admettre qu'à la date indiquée par Pline il soit déjà en pleine production. Il est au contraire dans toute la force de la première jeunesse quand il construit et décore à Tégée le temple d'Athéua Aléa qui remplace l'ancien sanctuaire, détruit en 395/4 par un incendie. A vrai dire, les travaux de Tégée et d'Halicarnasse, les seuls dont nous connaissions la date, semblent bien se placer, les uns dans sa période de jeunesse, les autres à la fin de sa vie. D'autres œuvres marquent les étapes intermédiaires; elles nous conduisent en Attique, en Béotie, dans la Mégaride, sur les cotes d'Asie Mineure, et dans les régions voisines. Il n'est donc pas impossible de restituer la carrière du maître de Paros,