‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 116 sur 380 · linc'icn, fyexipliime · texte numérisé non relu

linc'icn, fyexipliime

2. Juliu8, MiUlieil.Athen,\, pi. XIII, p. 271. Brnnn. Deidmneler, n" 171 a. Le rapprochement .ivcc le

Fig. 125. — Tète féminine en marbre, trouvée sur le versant sud de rAcropole. (Athènes, Musée central.)

s(;oPAS.

regard, on reconnaît la niêiao inspiration qui caractérise si nettement la tète (le l'Héraclès jeune; et par surcroît, au lieu du travail banal d'un co[)iste, iiuus trouvons ici, dans toute sa fraîcheur, le modelé gras et souple d'un ciseau grec. Attribuer à Scopas cette belle tête rêveuse n'est pas une liypdtlièse trop Jiardie.

Nous rattacherions volontiers à son école un buste d'Asclépios découvert eu 1888 au Pirée, près de la colline de Munychie (fig. ISG) '.

Comme l'a remarqué M.

Wolters, il y a là un idéal tout différent de celui qui inspire les bas-reliefs de l'Aftique, ou les statuettes du dieu trouvées dans les fouilles d'Epidaure.

La tète est redressée, le regard levé vers le ciel, et abrité sous la forte saillie du front. La recherclie de l'expression pathétique est évidente.

Et si l'on songe que Scopas avait traité le type d'Asclépios dans une statue célèbre, celle de Tégée, on ne sera pas éloigné de reconnaître ici l'influence de son style '.

style de Scopas, indiqué par JI. Treu (Antike Denkmaehr, p. 22) a été fait de nouveau par M. Botho Graef, Roem. Mittheil., IV, 18S9, p. 21G et s'ii fautes. La réplique de Berlin est reproduite dans Brunn, Denkmaeler, n" 174 b.

1. Wolters, Mittheil. Alhen, 1892, SYII, pi. IV, p. 10 et suivantes.

2. Pausanias, VIII, 47,1. Scopas avaitaussi représenté Asclépios imberbe, à Gortys d'Arcadie. Pau-

SCrLPTVUE GKECQCE. — T. II. 32

Fig. 126. — Asclépios. Torse trouvé au Pirée. (Athènes, Musée central.)

•2Ô0 LK QUATBIEJIE SIECLE.

Le danger de cette méthode de rapprochemeut est d'uuviir un champ très vaste aux conjectures'. Elle est surtout légitime lorsqu'il s'agit d'une œuvre connue par de nombreuses répliques, et que sa popularité même désigne comme un morceau de maîtrise. Or, tel est bien le cas du Méléagre du Vatican. Le jeune chasseur, escorté de son chien, tenait de la main gauche un épieu] la tête regarde distraitement vers la droite ; du même côté, une tête

de sanglier, supportée par un tronc d'arbre, soutient l'extrémité flottante de la chlamyde enroulée autour du bras'. La statue du Vatican ne nous offre, à vrai dire, qu'une des nombreuses réphques d'un original célèbre ■' ; mais il s'en faut qu'elle le reproduise avec tous ses caractères. A cette tête d'une exécution académique et froide, il faut opposer la tête si vivante de la Villa Médicis, et c'est là peut-être qu'il convient de chercher l'original ' (fig. 127). L'énergie éclate dans le regard; la facture est ^. ,, „., , ,, , aouple et large : on V sent toute

Fig. 12 i. — .Tute de Jlulcagrc. ' to î J

(Rome, vuia Médicis.) la vigucur d'uue main sûre

Eania.s, VIII, 28, 1. Mais nous ne voyons pas d'argument )ilausible puur recounuître ce type dans une statue du Brilisli Muséum trouvée à Cyrène, comme le propose JI. Warwick W'rotli, Journal vf Ihl- Itn. Studies, IV, 1883, p. 46 et suivantes.

1. Kousne pouvons énumérer ici toutes les œuvres où l'on a proi>osé de retrouver l'influence de .Scopas. M. von Sybel a essayé d'en grossir la liste. Itoem. Mittheil., 18'.il, p. 241. DemèmeM.L. K. Parnell la reconnaît dans une tête en terre cuite du musée de l'Université d'0.\ford. Journal o/ llelUn. Stmlits, VII, 1 88<), p. 114 avec une planche. Beaucoup d'hypothèses ingénieuses, sinon décisives, sont proposées par M. Furtwacngler, ouvr. eilé.

2. Visconti, Museo l'io Clementino, II, 34. Hclbig-Toutain, Guide, I, n» 133.

3. H.Botho Qraef en compte jusqu'à dix-neuf pinson moins complètes. livem.Millheil., IV, 18Sr>, p. 219 et suivantes.

4. Anlike Denkmaeler, I, pi. 2 a-2 li, et p. 2fl, notice de Peterscn.

SCO PAS. 2Ô1

(relle-mcinc. Aucun texte, il est vrai, ne nous autorise à considérer Scopas comme l'auteur du Méléagrc; mais ce sujet, qui nous ramène d'ailleurs aux l'nmtons de 'JY'gée, a pu tenter un de ses i'-lèves, et, si l'on en juge par la tête Mi'dicis, le maître n'aurait pas d(5savouc le disciple.

Il faut bien l'avouer; pour éclairer en pleine lumière la figure du grand sculpteur de Faros, il nous manque l'élément ca|iital : une reuvrc originale, nous révélant directement son style et sa pensée. Nous devons cependant essayer de grouper les renseignements l>ien insul'lisants dont nous disposons, pour en tirer l'essentiel. Aucun doute n'est possible sur la place qui revient à Scopas dans l'histoire de la sculpture du quatrième siècle. A voir les éloges que lui décernent les critiques anciens, on ne craint pas de le grandir outre mesure : c'est pour eux un lieu commun que de le rapprocher de Praxitèle et même de Phidias. L'énumération de ses (êuvres suffit encore à nous faire connaître la variété de ses aptitudes. Il est bien de la race des maîtres qui ne se confinent pas dans une étroite spécialité; il est architecte, et, comme tel, son œuvre atteste la hardiesse d'un esprit novateur. Le bronze et le marbre lui sont également familiers. Si l'on consulte la liste des sujets qu'il a traités, on voit qu'il se rattache à la lignée des maîtres idéalistes. Point de portraits ; point de figures athlétiques ; point de scènes de genre ; mais les thèmes chers k la grande sculpture, divinités, figures allégoriques ou héroïques. S'il excelle dans les figures isolées, comme dans l'Aphrodite nue si vantée, et dans la Bacchante en délire, il a aussi l'ampleur de conception qui permet d'aborder les grands ensembles décoratifs ; les frontons de Tegée sont là pour le prouver ; et le groupe fameux de Poséidon et de Thétis avec leur suite nous fait deviner un maître habile à développer un thème brillant et compliqué, comme le cortège des Tritons et des Néréides bondissant sur les flots.

A ne considérer que la nature des sujets, Scopas reste un classique. Mais il est avant toirt un homme du quatrième siècle. Ces sujets, sur lesquels l'art grec a déjà vécu et vivra encore, un esprit novateur peut leur prêter des acceptions toutes nouvelles : c'est bien là le mérite de Scopas ; c'est par là qu'il fait franchir à l'art une étape décisive. Rappelons-nous en quels termes l'auteur d'une épigram me apprécie la Bac-

chante : « Il y a donné une âme au marbre'. )i L'cloge, banal en soi, trouve un commentaire très précis grâce aux monuments que nous avons étudiés. Cest têtes d'une expression passionnée, douloureuse, ou extatique, nous montrent bien quel genre de vie Scopas donne au marbre. Ce n'est pas vers la vie purement physique qu'est tournée son attention ; il va droit aux émotions que peut traduire, avec les mouvements du corps, l'expression du visage ; dans l'être humain, il cherche l'âme , ses drames et ses passions. A n'en pas douter, Scopas a créé le genre pathétique, appliqué à la statuaire. C'est là une conquête dont il n'a sans doute pas tiré toutes les conséquences ; mais d'autres s'en chargeront. Sous les successeurs d'Alexandre, toute une école s'engagera avec ardeur dans cette voie, visera à l'effet dramatique, multipliera ce qu'on a appelé « les têtes d'expression », recherchera la manifestation violente des sentiments. A certains égards, Scopas semble bien être le véritable précurseur de l'école asiatique, l'ancêtre direct de ces maîtres qui sculpteront avec une verve dramatique la frise monumentale du grand autel de Pergame. Et, pour justifier cette filiation, ne faut-il pas se souvenir que Scopas laisse en Asie Mineure des traces de son activité?

Voici enfin un dernier trait, et non le moins digne d'attention. Le maître de la Bacchante n'est ni un Péloponnésien ni un Attique. Aucune des deux grandes écoles de la Grèce du quatrième siècle ne peut le revendiquer. Il a pu avoir une première manière, lorsque, élève des fondeurs du Péloponnèse, il débutait par des statues de bronze, comme l'Aphrodite Pandémos: plus tard, en Attique, il a pu se perfectionner dans le travail du marbre; mais il semble que son génie .ait été assez vaste, assez souple, pour ne s'asservir à aucune formule d'art, soit péloponnésienne, soit attique. Le maître que ses voyages entraînent dans toutes les régions de la Grèce, appartient à la Grèce tout entière. On l'a dit justenient : « c'est un sculpteur hellénique )> ", en ce sens qu'il résume en lui les plus hautes qualités de l'hellénisme au quatrième siècle.

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