LES DATES DES PRIXCIPALES ŒUVRES
Il y a clans le génie attique certains caractères qui se perpétuent avec une singulière persistance. Le goût de l'élégance, la recherche des nuances les plus fines, en même temps la mesure, la modération, un équilibre heureux des facultés, voilà des traits de physionomie que nous avons déjà relevés chez les maîtres archaïques, et plus tard au cinquième siècle, chez les maîtres qui représentent le J5ur atticisrne, à côté d'un génie universel comme Phidias. Au siècle suivant, tandis que Scopas résume en lui toutes les aptitudes de l'esprit grec, un artiste plus jeune, athénien de race et de tempérament, va donner comme la formule la plus achevée de l'art attique '.
Praxitèle est athénien de naissance ; mais c'est là le seul fait certain que nous connaissions au sujet de ses origines ". La date de sa naissance, sa filiation de famille, restent matière à discussion. Nous sa-
1. Nous citerons, au cours de ce chapitre, les études les plus récentes sur les différentes œuvres de Praxitèle. Comme travaux d'ensemble, nous signalerons surtout les suivants : Brunn, Gescli. der griech. Kiinstlei; I, p. .?35; K. Friederichs, Praxileles un d die Niobegruppe, Leipzig, 1855 ; Gebhart, rraxitile, Essai sw l'histoire de l'art et du giuie grec depuis l'époque de Praxitèle jusqu'à celle d'Alexandre^ Paris. 18(;4; TJrlichs, Observationes de arte Praxitelis, 1858; Weil, article Praxiteles, dans les Denl-maeler de Baumeister : Fartwaengler, Meisterwerlce der griech. Plastik, p. 529-578.
2. L'origine athénienne de Praxitèle est attestée par une inscription trouvée près de Thespies, avec la signature npaÇiTe7>i; 'A9y]vaïoç £7iôr,c£. Loewy, Inschr. gr. BUdh., n^ 76. Cf. ibid.. n° 7(î, même formiile dans une inscription d'Olbia. Les textes très suspects qui le désigneraient comme cnidien ou parien sont signalés par Brunn, Geseh. der griech. Kiinatlcr, I, p. 336. Il est fort possible qu'il appartînt au dème Eirésidai. On trouve, en effet, au troisième siècle, un Praxitèle d'Eirésidai, fils de Timarchos, qui a exercé la prêtrise dans le temple d'Asclépios. M. Koehlery voit un petit-fils de Praxitèle. Mittheil. Âthen, 1884, p. 81.
VOUS seulouu'iit (lu'uu de ses fils, sculpteur coiiime lui, porte le nom de Képhisodote. Or, nous connaissons déjà un maître de ce nom, et non des moindres, (|ui tr.availle à la fin du cinquième siècle et au début du quatrième. Son groupe d'Eiréné et Ploutos est de 370 environ. 11 exécute des travaux pour Mégalopolis, et nous verrons Praxitèle, à ses débuts, exercer aussi son activité dans le Péloponnèse. Ces concordances ont permis de reconnaître dans le premier Képhisodote le ])ère de Praxitèle ' ; et si l'on tient compte de la règle d'alternance qui souvent dans une même famille fait attribuer à l'un des petits-fils le nom de son grand-père, on ne s'étonnera pas qu'un des fils de Praxitèle porte également le nom de Képhisodote. Peut-on remonter plus liant dans la famille, et considérer comme l'aïeul du grand maître athénien ce Praxitèle l'ancien qui est en activité au temps de la guerre du Péloponnèse, puisqu'en 427/6 il exécute la statue de culte du temple de Platées '? Les dates ne s'y opposent pas. Mais on ne saurait prouver par aucun argument positif l'existence de liens de famille entre Képhisodote l'ancien et le Praxitèle du cinquième siècle. La chronologie des œuvres de Praxitèle est incertaine ^ Sans entrer dans de minutieuses discussions, nous essaierons de la fixer d'après les données les moins suspectes. Et d'aliord, vers quelle date peut-on placer sa naissance? Pline indique comme le moment de la plus grande activité de Praxitèle la date de l'olympiade 104 (3G4/3- 361/0) \ Or, c'est dans cette période que tombe la bataille de Mantinée (362) ; c'est aussi le moment où la ville, reconstruite en 370, s'embellit de travaux d'art auxquels contribue l'artiste athénien. 11 exécute en particulier un groupe de Latone, d'Apollon et d'Artémis, assez exactement daté par Pausanias, qui le place dans la troisième génération après Alcamènes ■'. Comme Pausanias fait d'Alcamènes un
1. C'est l'opinion gonéraloment ailoptùe. Voir Bninn. Criech. Kûnstlcy, I. p. .'>3(i. M. FnvtHaengleivoit dans Képhisodote l'ancien nn contemporain de Praxitilc, un peu i>his âgé. et son fiùre, plutôt que son père. (.Weistenirerke, p. 5! S.)
2. Thucydide, 3, 68. Sur ce Praxitèle l'ancien, voir livre II, ch. I, p. 17R.
.1. Brunn, oitv. du', et Sitziingshcrichle der bayer. Akath, 1880, p. 448. S. Reinach. Gazelle nieh.'nl., 1887, p. 282. Fartwaengler, Mehlerwerke, p. .531-.'j.?2. Overbeck, Das Zeilaller des Praarlleles, Jlerlchle lier Siiclif. CesttUchafi der Wissemchaflen, 1893, p. 23, où est citée la bibliographie de la question.