L'Apollon Lycien
(Musée du Louvre.)
S04 LE QUATEIÈME SIÈCLE.
point de perfection '. Heureusement, nous avons mieux que des témoignages écrits. Nous pouvons apprécier ces qualités d'exécution en étudiant dans l'Hermès le fini du travail pour les parties nues, les contrastes ménagés entre les chairs polies avec amour et le travail de la chevelure, en constatant l'emploi du foret dont Praxitèle, par une heureuse innovation, s'est servi pour détacher les boucles des cheveux, et obtenir des effets imprévus. Aucun maître, avant lui, n'a plus moelleusement caressé le modelé des chairs, et n'y a porté un sentiment plus exquis des jeux d'ombre et de lumière.
Il faut enfin relever l'éloge que les comiaisseurs romains faisaient des « têtes praxitéliennes )> ". Là, peut-être, plus qu'ailleurs, éclate l'originalité du maître. Nous avons déjà noté le sentiment tout nouveau avec lequel Praxitèle modifie l'agencement classique de la chevelure dans ses statues, fait flotter les longues boucles de l'Éros de Thespies, féminise la coiffure de l'Apollon Sauroctone, et donne un tour d'une élégante simplicité aux bandeaux ondes de la (Jnidienne. Mais surtout il imprime au type du visage un caractère très particulier, y introduit de fines nuances, donne aux yeux, par l'amortissement de la paupière inférieure, ce regard voilé et humide qu'on admirait dans la Cnidienne, fait jouer sur les lèvres ce demi-sourire qui égaie d'une expression malicieuse le visage de l'Apollon Sauroctone. De quelle fortune a joui, dans l'art des successeurs de Praxitèle, le type célèbre de la Cnidienne, de nombreuses répliques sont là pour l'attester. Il a ses dérivés qui n'en sont que des variantes, et certaines têtes, comme l'Aphrodite de Pet- Avorth, en gardent si bien le reHet, qu'on serait tenté d'eu faire honneur au maître lui-même, s'il n'était imprudent de grossir outre mesure la Uste de ses (vuvres personnelles (fig. 155) '.
Nous aurons plus d'une fois l'occasion de reconnaître l'inHuence de Praxitèle dans l'art du quatrième siècle. D'abord il a des disciples directs, (jui recueillent son enseignement, et continuent sa tradition. Mais surtout il est intéressant de constater à quel point l'action de son
1. « Praxitcleâ marmoie nobiliutus est. » Pline, .\<il. JJisl.. VII, 127. Cf. 3(i, 20.