I.ES COLLA BOKATEIKS DE bC(jPAS
lui iiiio œiiviu autheutiquc, poitaut sa signature et réceinmeut découverte à Athènes ; or, elle appartient à la période de ses débuts. C'était un monument consacré par trois phylarques, le père et les deux fils, en souvenir d'un prix qu'ils avaient remporté dans un concours liippique, jiuur une manœuvre de parade, Vanthippasia. La signature de Bryaxis se lit sur une des faces de la hase sculptée qui supportait le monument ' ; sur chacune des trois autres faces est représenté un cavalier s'avançant vers un trépied (fig. 156) -.11 serait injuste déjuger Bryaxis d'après ces
Fig. 106. — Base d'un monument commémoratif consacré par des [iliylarriues athéniens. (Athènes.)
bas-r 'liefs, qui ne dépassent pas la moyenne ordinaire des productions de la sculpture industrielle ; les chevaux sont lourds d'aspect, les cavaliers traités suivant un type uniforme ; c'est le style courant des praticiens attiques. 11 faut beaiicoujj plutôt reconnaître l'œuvre de Bryaxis dans une statue de Niké trouvée un peu plus tard auprès de cette base , et que M. Cavvadias restitue très heureusement eu la plaçant sur une colonne (fig. 157) ^ Cette œuvre fait plus d'honneur an sculjîteur que
1. Bp-ja?i; lTt6r,'7îv. HomoUc, Bull. Je corresp. hellài., XV, 1891, p. 3iJ!l. M. HomoUe fait remarquer que dans l'inscription des phylarques on retrouve encore l'ancienne forme orthogi'aphiipie o = ou, et qu'elle est par suite antérieure à 3()0.
■2. Ces bas-reliefs ont été publiés par M. Coure, Bull, de corresp. htllén., XVI, 1892, p. 6ô0-5i9, pl.III-VU. Cf. 'Eçr,!*. ifx-ilSî'S, Pl-Sct 7, et Ou-elte t/caBcara-^rts, t"mars,1894, p. -220 art. de S. Reinach.
.'.>. Cavvadias, 'Eçtjj;.. àp/., 181'3, p. .3'.i-10, pi. 4 et 40, pour la restitution du monument.
LE (H-ATKIKME SIECLE.
les bas-reliefs. Exécutée pour rtre vue de face, la Victoire a la belle allure des Nikés d'Épidaure; elle est traitée largemeut, mais les qualités de style ne laissent pas de doute sur les aHinités (jui rattachent Bryaxis à l'école attique.
Un Asclépios et une Hygie, exécutés pour Mégare, étaient une œuvre ])lus inqjortaute, où l'artiste avait pu déployer plus à l'aise ses qualités '. Mais il est intéressant de remarquer qu'après avoir travaillé pour Athènes et pour Mégare, Bryaxis met désormais sou talent au service des villes grecques d'Asie Mineure. Attiré en Carie par sa collaboration avec Scopas, vers 350, il semble avoir passé en Asie le reste de sa vie. C'est donc dans la seconde moitié du quatrième siècle qu'il convient de placer le Dionysos de Cnide, le Zeus et l'Apollon escortés de lions que possédait hi ville lycienne de l'atara. les cinq divinités colossales commandées par les Rhodiens, et l'Apollon que le roi de Syrie, Antiochos riiiladelphe, avait transporté dans le temple de Daphué, près d'Autioche, La statue était naturellement antérieure à la fondation du temple, Antioche nayant pris son grand développement et reçu son nom qu'au troisième siècle, vers 298. Nous pouvons reconnaître sur les monnaies romaines d'.Vntiociie une esquisse abréviative de la statue, Apollon, en longue robe de citliarède, tenant la lyre". Mais le principal intérêt de l'œuvre résidait dans la technique; Bryaxis avait t'ait revivre les anciens procédés applicpiés aux statues acrolitlies, où la tête et les extrémités seules étaient en marbre. Le corps était en bois doré , les
Fig. 157. — Torse de Nike, trouvé ]irùs de la base du monument des phylaïques. (Athènes.)
1 Pour ces statues et les suivantes, voir les textes recueillis par Overbcck. ScliriJtqueUen.ïi" 1316- 13i7. Cf. Brunn, GrUch. Knnsller, I, p. 383 et suivantes. 2. Overbcck, Gricch. Kuiulmi/lhologie, p. 111, Apollou, ilriiutnj'el, V, u" o9, et page HC.
LES COLLABnllATEl-RS DE SCOPAS.
parties nues en nuarbre , les yeux incrustés de pierres précieuses'. Une pareille technique n'excluait pas la souplesse dans l'exécution, et nous pouvons imaginer un travail aussi poussé que l'est, par exemple, celui des statues de bois italiennes du quinzième siècle, sculptées par les élèves de Quercia.
Bryaxis pratiquait donc ces procédés de dorure et d'incrustation qui n'avaient pas cessé d'être en vigueur dans la statuaire cbrysélépliantine. Peut-on arguer de ce fait pour lui attribuer une œuvre d'une technique bizarre et compliquée, autour de laquelle s'était formée une véritable légende?
Nous voulons parler de ce soi-disant Pluton de Sinope, qu'un Ptolémée avait fait
venir du Pont, sur la toi d'un songe, et consacré à Alexandrie, dans le Sérapéum de Rhakotis -. Suivant le stoïcien Athénodore de Tarse, cité par Clément d'Alexandrie, la technique de la sta-
1. Libanius, Orat., 61. Uue deocriptiou plus minutieuse nous a été conservée par un texte peu connu, un passage de YHhtohe ecclhiastiqm de Philosiorge, que M. Max Egger a commenté dans la Beime des àiuhsgrecipœg, 1889, p. 102.
2. Clément d'Alexandrie, Protrepl., IV. 48. Sur le culte de Sérapis à Alexandrie, voir G. Lafaye, //«lotre des divlnitcs d'Alexandrie, p. 16-1 1.
Fis. 1Ô8. — Buste de Sérapis. (Britisli .Muséum.)
:no LE QUATRIÈME SIÈCLE.
tue était des plus singulières; on y voyait réunis l'or, l'argent, le bronze, le fer, le plomb, l'étain, toutes les variétés des pierres précieuses et des pierres dures de TÉgyple. Faut-il donc reconnaître dans Bryaxis le créateur de ce type du Sérapis égyptien hellénisé, si fréquemment repruduit sous les successeurs d'Alexandre, avec sa barbe touffue, sa haute coiffure en forme de iiiodim, son air doux et bienveillant (tig. 158) ' ? Mais remarquons que nous nous trouvons ici en présence de deux traditions très différentes. Athénodore, le seul qui cite le nom de Bryaxis, en le distinguant d'ailleurs formellement du contemporain de Scoj^as, place l'exécution de la statue au temps de Rhamsès le Grand; c'était, afSrme-t-il, un portrait d'Osiris, commandé par le Diaraon". Dans la tradition, toute différente, qui attribue à Ptolémée Soter ou à Ptolémée Philadelphe la consécration de la statue de Platon venue de Siuope, il n'est pas question de Bryaxis '. Nous sommes donc autorisé à considérer connue une œuvre contemporaine des Ptolémées la statue de style grec qui a servi de prototype au Sérapis hellénisé ', et de fait, les pins aucieimes représentations de ce dieu sous sa forme grecque, celles des monnaies de Ptolémée VI, nous montrent un type très voisin de celui de Zeus dans l'école de Lysippe \ En revanche, il n'y a aucune raison de contester le portrait de Séleueos attribué à Bryaxis". Qu'il soit antérieur ou postérieur à l'année 321, oh 8éleucos prend le titre de roi de Syrie, il n'eu atteste pas moins que l'activité du sculpteur se prolonge assez tard dans la seconde moitié du quatrième siècle.
Le dernier des collaborateurs de 8copas, Léocharès, était-il Athénien? On ne saurait se fier absolument au témoignage d'une inscription grecque de Florence, gravée à l'époque romaine, et (pii lui donne
1. l'aicxiiiiple 11' biiàtcci-jomt du Britith Muséum et celui ilu Vatican. Helbig-Toutain, (JitUie,!, iv ■J41. C'est ropinion soutenue par Biunu, 6'mcA. der giiech. Kiinstler, I, p. 384 et suivantes.
2. Athtnoilorc déclare que c'était une .statue très accienne, qui n'était pas faite de main d'homme (iystponoiïiTOv). Il ajoute qu'elle n'est pas de Bryaxis rAthénien, mais d'un homonyme (où/ ô'AOrjvaïo;, â».o; ô: Tt; oiiwvjijio; ixeivw tw BpuiSiSi)- M. Kroker a relevé, dans le passage de Clément d'Alexandrie, tous les faits qui permettent de combattre l'attribution de cette .-tatue ii Bryaxis. Gleichnamii/i^ gikcli. KiiinlUi; p. 20.
3. Clément d'Alexandrie, paisoye cili: Plutarque, Je Isitle, 28, Tacite, Ilistuires, IV, 08, 64.
4. Cf. les conclu-sione de il. Michaelis, Journal of HeUenic Stialies, VI, 1885, p. '289 et suivantes, ô. Imliuof Blumcr, l'orlraeltvep/c au/ ant. Mûnzen hdUnisierler VôUer, pi. VllI, l'2.