Lucien, Dial. <les Moiis
LfOS SfU'LI'Tl'KKS DU M A l' Sô r, E IC. 323
Le tombeaude Mausole resta longtemps intact'. Grâce à son caractère de monument funéraire, il put échapper aux iconoclastes, et subsister pendant toute la durée de l'Empire byzantin. On ignore à quelle date l'édifice commença à se dégrader ; mais il est certain que la des.truction en fut singulièrement activée par les chevaliers de Saint- Jean. En 1402, ils entreprirent de fortifier la petite presqu'île qui commande l'entrée du port actuel de Boudroum ; les débris du Mausolée fournirent d'abondants matériaux pour la construction du château de Saint- Pierre, bâti sous la direction du chevalier allemand Henry Schlegelholt. En 1522, les chevaliers réparèrent les fortifications, pour les mettre en état de résister à l'attaque du sultan Soliman; nouvel emprunt aux marbres du Mausolée. Cette fois le hasard fit qu'ils pénétrèrent dans l'intérieur du tombeau. Une curieuse relation, écrite d'après le récit d'un témoin oculaire, le commandeur de la Tourette, nous apprend que la décoration était intacte. « Ils treuuerent une belle grande salle carrée, embellie tout au tour de colonnes de marbre, auec leurs bases, chapitaux, arcliitraues, frises et cornices grauees et taillées en demy bosse , l'entredeux des colonnes estait reuestu de lastres , listeaux ou plattes bandes de marbre de diuerses couleurs, ornées de moulures et sculptures conformes au reste de l'oeuure, et rapportés proprement sur le fond blanc de la muraille, où ne se voyait qu'histoires taillées, et toutes battailles à demy rehef ». Et « outre ceste sale, ils treuuerent après vne porte fort basse, qui conduisoit àimeautre, comme antichambre, où il y auoit un sépulcre auec son vase et son tymbre de marbre blanc, fort beau et reluisant à merueilles ». C'était la chambre funéraire et le tombeau de Mausole. Toutes ces richesses d'art allèrent alimenter le four à chaux, et ainsi , ajoute mélancoliquement l'auteur de la relation, « ce superbe sépulcre, compté pour l'un des sept miracles et ouvrages merueilleux du monde, après auoir eschappé la fureur des Barbares,... fut descouvert et aboli pour remparer le chasteau de Saint-Pierre, par les
1 . L'histoire du Mausolée a été écrite par le savant qui en a découvert les ruines, par M. C. T. Newton, dans l'ouvrage où il a exposé le résultat de ses fouilles. C. T. Newton : Hislory of Discovcries ai Ilalicarnassus, Cnidusand Brancltidae, 2 vol. avec atlas in-folio, Londres, 1862^ 1863. Voir t. II, p. 72, et suiv. Cf. du même auteur, Traveh and Discovcries in the Levant, 2 vol., Londres, 1865. Voir aussi Chv. Petersen, Bas .Maussoleum oilerdas Grabmal desKoenig$ Maussolos von Karien, Hambourg, 1867, et un intéressant article de Beulé, Fouilles et découvertes, t. II, p. 271 et suivantes.
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clieualiers croisés de Khodes » '. L'emplacement lucnie du tombeau de Mausole était devenu méconnaissable quand, en 1846, lord Stratford de Redcliffe envoya en Angleterre des bas-reliefs détachés des murs du château de Boudroum. Ces sculptures éveillèrent l'attention, et un of- Hcier de la marine anglaise, le lieutenant Spratt, fut chargé de rechercher les vestiges du Mausolée. Enfin, au mois d'avril 1855, M. Newton arrivait à Boudroum, étudiait sur place la question, et, l'année suivante, commençait des fouilles qui devaient justifier toutes ses prévisions.
Si les sculptures aujourd'hui conservées dans l'admirable salle du ^Mausolée, au British Muséum, ont amplement récompensé les recherches de M. Newton, une restauration de l'édifice n'en reste pas moins matière à hypothèses. Nous ne parlons pas des restitutions conjecturales tentées par Falkeneret Cockerell avant les fouilles d'Halicarnasse'. Mais depuis les découvertes du savant anglais, MM. PuUan et Fergusson, plus récemment M. Beruier, ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome, ont proposé des solutions qui ne s'accordent pas toujours ^. La restauration de M. Bernier nous paraît la plus heureuse, et le dessin ci-joint, qui la reproduit, nous dispensera d'entrer dans de longs détails (fig. 163).
Le monument, dont Pline nous a laissé une brève description ', comportait d'abord un soubassement quadrangulaire, analogue à celui du Monument des Néréides. Une porte, ouvrant sur la façade, conduisait à la chambre funéraire. Cette base supportait un édifice ionique, entouré d'une colonnade avec son entablement '\ Ou peut voir aujourd'hui, au British Muséum, une partie de cet entablement restituée avec les matériaux antiques °, et en reconnaître d'un coup d'œil le pur style
1. Cette relation se trouve dans l'ouvrage de Guicbard, Funérailles des Itomains, Grecs, etc. Lyon, 1581 . Guichard déclare tenir ce récit de M. d'Alechamps, à qui le commandeur de L-» Tourette avait racoulé la découverte. Le texte complet est reproduit dans Newton, ourrage cite, I, p. 75, note h.
2. Falkcner, Muteum of Classical Atitiquities, I, p. 157-189. Cockerell, Classical Muséum, 'V,'p. 193. C. Cf. pour les restaurations antérieures. Newton, oncr, cite, II, p. 189.
3. Pour la restauration de Pullan, voir Newton , Oîu-r. cité, p. 157 et suivantes, et les planches 18-19 de l'atlas. Cf. une étude critique de Beulé, Fouilles et Découeerles, II, p. 282 et suivantes. Celle de Fcrgujîon est exposée dans l'ouvrage suivant : Tlie Maasdeum at Halicaniassus restoreil, by James Ferguason, Londres, 1862. La restaunitionde M. Bernier est encore inédite.
». Pline, A'iK. //«(., 36, 30.
5. Pline indique trente-six colonnes, il. Bernier en place dix ;\ ch.ique façade, contrairement à l'opinion de Pullan ; il arrive ainsi au chiffre de Pline, chaque colonne d'angle étant comptée deux fois. C. Ce travail a été exécuté par les soins de M. Murray. Voir un article de ce savant, The Mausuimm
LES SCIILI'TIMIES DU MAUSOLEK.
ioiiiiine (tig. 104). Ou retrouve là l'élégante cymaise orucu de paliuettes et (le tètes de lion, les denticules, la frise sculptée encadrée par deux rangées d'oves, où brillaient autrefois des tons rouges et bleus, enfin l'architrave, divisée en trois bandes par des saillies horizontales. Mais la partie qui faisait le plus d'honneur au génie inventif de l'architecte était le couronnement. Au-dessus de l'entablement, s'élevait une pyramide à quatre faces, d'aspect très simple, composée d'assises superposées, et sur l'étroite plateforme du sommet, se dressait, comme porté par un socle gigantesque, un quadrige de proportions colossales. Suspendre ainsi dans les airs cette masse de pierres, l'évider à l'intérieur pour l'alléger, étonner l'œil et rassurer l'esprit, tel était le problème qu'avait résolu Pythios ; et
l'antiquité admirait sans nul doute, avec la nouveauté et la hardiesse de la conception, le mérite de la difficulté vaincue.
La relation citée plus haut fait allusion aux sculptures qui décoraient l'intérieur du Mausolée. De là proviennent sans doute les fragments de
and Us sculptures, dans The Biiilder, avril 1893, n» 2619, et l'étude intitulée The Maasoleiim at Ilalicarmssos, dans les Transactions o/the Glasgow archaeological Society, 1894, avec six planches.
Fig. 163. — Le Mausolée. D'après la restauration inédile de M. Bernier.
LE QrATKlKMK SIECLE.
panuoaux sculptés ou roliet'dout luii représente Tliésée et Skirou '. Mais à l'extérieur la décoration n'était pas moins riche. Le British Muséum possède les fragments de trois frises sculptées en relief, chacune avec un sujet différent. 1° Une course de chars. 2" Une Centauromachie. 3° Un combat de Grecs et d'Amazones ■. La répartition de ces frises
a été fort discutée, mais nous croyons que la restauration de M. Bernier leur assigne exactement leur place. Far analogie avec le monument des Néréides, on est en droit de penser que l'uued'elles couronnait le soubassement ; or aucune ne convient mieux ici que celle de la course de chars.
Le relief a un caractère pictural, tantôt assez plat, tantôt plus ressenti, sans que les figures se détachent du fond, et une frise ainsi comprise s'accorde bien avec une grande surface unie, connue celle du soubassement. Parmi les nombreux fragments conservés, une centaine environ, un surtout mériteattention. C'est
Fig. KM. — Fragment de rentablement ionique du Mausolée.
1. .1 -/.(i./f iv (!„■ MaiMJtum linom, p. 37, u<" 30-33. Cf. Newton, Ilùtory of Discoreries, II, p. 247.
2. M. Michaelis a publié une suite de dessins exécutés en 1S77 par Eicbler, et rcpro<luisant tous les morceaux des trois frises conservés au British Muséum. Antike Denkmatler, II (1893-1804), pi. XVI- XVIII, p. 4-G.
un aurige en longue robe flottante, penché sur son attelage; ligure d'un beau jet, où la draperie est traitée avec une singulière maîtrise (fig. 165)'. La seconde frise, celle de la Centauromacliie, Irouve sa place sous la colonnade, à la partie supérieure du mur de la cella. Quelques figures conservées, comme celle d'un Lapitlic tendant le bras droit avec terreur, et celle d'un Grec attaquant un Centaure, disent assez avec quel sens du pathétique l'artiste avait renouvelé un sujet devenu banal ; mais ces fragments ne permettent pas d'apprécier la frise dans son ensemble. Il en est tout autrement de la troisième, celle du combat d'Amazones. Cette dernière était la frise do l'ordre, comme l'indiquent les moulures encore apparentes sur quelques morceaux ; on ne trouve aucune difficulté à la replacer à l'entablement, au-dessus de l'architrave (fig. 164).
En l'état actuel, elle ne compte pas moins de dix-sept morceaux, y compris celui qui, conservé longtemps à Gênes dans la villa di Negro, a été achetée en 1865 par le Musée an marquis Serra '. Essayer
Fig. tGô. — Aurige. Figure de l.a frise représentant une course de cliars. Mausolée. (BritLsli Muséum.)