Moiium. inediti, V, pi
SCULPTCIIE URECQCE. ■
lo défaut que nous relevions tout à l'heure; les lignes obliques, lancées dans lo môme sens, ne laissent pas de produire une impression de mo-
notonie, et cette critique peut s'adresser surtout au f^roupe de l'Amazone qui serre deprès un Grec vêtu du cliiton. Par contre, voici une ligure charmante et très originale ; nous voulons parler de l'Amazone courant au secours de sa compagne qu'un Grec au corps nerveux a terrassée sans
LES SCULPTUREIS DU MAUSOLEE. 331
s'émouvoir de ses supplications. Sveltesse des formes, ardeur passionnée du mouvement, qualité infiniment spirituelle du modelé, travail in-
Fig. ms. — Combat de Grecs et d'Amazones. Frise de rordre du Mausolée. (Britisli iluseum.)
cisif des draperies, tout contribue à en faire une œuvre d'une saveur exquise et d'une grâce presque moderne.
C'est ù de tels morceaux nu'il faut s'adresser pour apprécier é(|uitableinent la frise du Mausolée. Oublions les défaillances, les inégalités de facture; nous sommes en présence d'une œuvre bien attique de style et d'inspiration. Nous connaissons déjà, par les sculptures du temple d'Athéna Niké, les principes de composition qui ont guidé l'auteur. Espacer les figures pour leur laisser du jeu, les détacher du fond par une forte saillie, leur donner la vigueur, l'accent du travail du bronze, c'est une méthode que pratiquent déjà les successeurs immédiats de Phidias. Elle s'imposait d'ailleurs pour une frise placée à une grande hauteur, et la polychromie en soulignait encore les effets '. Eu adoptant des principes formulés par leurs devanciers, les sculpteurs du Mausolée en ont tiré toutes leurs conséquences : c'est dans la saillie des figures qu'ils cherchent leurs valeurs, et le bas-relief ainsi conçu nous conduit bien loin du style souple et fondu de la frise du Parthénou. Là n'est pas le seul changement. Les proportions élancées jusqu'à la maigreur, l'exécution vive, mordante, parfois spirituelle, le mélange souvent si heureux de la fougue et de la grâce, tout cela' montre assez clairement dans quelle direction s'est engagée la nouvelle école.
On cède volontiers à la tentation de faire ici la part des quatre artistes cpii avaient travaillé au Mausolée. Suivant Pline, ils s'étaient partagé la décoration des quatre façades : Scopas s'était attribué celle de l'est, Bryaxis celle du nord ; Timothéos avait exécuté les sculptures de la face sud, Léocharès, celles de l'ouest ■. Se fondant sur ce témoignage, M. Brunn s'est attaché à distinguer, dans les divers morceaux de la frise, quatre styles différents, correspondant à la manière de chacun des collaborateurs ^ Qu'il y ait des inégalités d'exécution, cela est de toute évidence. Mais s'ensuit-il que le texte de Pline doive être interprété aussi rigoureusement, et que chaque artiste ait, sans s'inquiéter de son voisin, sculpté sa tranche de frise? Notez que s'il en était ainsi, ce n'est pas à une seule frise, mais à trois, que cette sin-
1 . Le fond du bas-relief était bleu, d'un ton analogue à celui de l'outremer ; les cbairs étaient peintes en brun rouge, les draperies coloriées de tons divers, et les accessoires exécutés eu bronze. Cf. Giilile lo tilt Mauêoleum Roum, p. 8.
"2. « Ab oriente ciclavit Scopas, a septentrione Bryaxis, a meridic Timotbeus. ab occx'u Leoebares. ^l riine, Nat. llhl., .30, 31.
3. Brunn, Slii-lir iiber <Un Amazonenfries d,s Maussolemm; Sil:umj>h. fier bayer. Akailemle, 188'2. [i. 1 14.
giilière iiiétliode aurait été appliquée. On imagine facilement l'effet disparate qu'aurait produit, dans une même frise, ce style variant sur chaque façade, à chaque retour d'angle. Et qui donc aurait tracé le plan d'ensemble ' ? Four quiconque a étudié, au British Muséum, les bas-reliefs de la frise des Amazones, il est certain qu'il y a là une grande unité de composition, une tenue générale de st3'le qui se poursuit d'un bout à l'autre, comme dans la frise du Parthénon. Un seul maître a pu en modeler les maquettes, et distribuer la besogne aux praticiens. Citer un nom reste une pure conjecture ; mais ne songe-t-on pas naturellement au plus célèbre des quatre sculpteurs, à Scopas? Quant au texte de Pline, il s'applique sans doute aux sculptures qui étaient signées, c'est-à-dire aux statues. Sur les bases des nombreuses statues qui décoraient le monument, il était facile de relever le nom de leurs auteurs -, et l'on comprend beaucoup mieux que pour des œuvres indépendantes l'une de l'autre, chaque sculpteur ait choisi son emplacement sur l'une des quatre façades.
Les statues avaient été prodiguées; les unes colossales, les autres grandeur nature, d'autres enfin de proportions plus réduites. Si nous n'en possédons pas qui soient intactes, les nombreux fragments réunis au British Muséum suffisent à attester le luxe d'œuvres statuaires qui avaient exigé le concours de quatre maîtres renommés \ Il est impossible, aujourd'hui, d'assigner à tous ces débris une place certaine. Mais par analogie avec le monument des Néréides, on admet sans peine qu'un grand nombre s'alignaient sous le péristyle du naos, entre les colonnes. Ajoutons des groupes aux angles du soubassement, des statues colossales aux angles de la pyramide, sans parler du quadrige c^ui la couronnait ; enfin songeons que l'intérieur de la cella avait eu également sa part; nous arrivons à un chiffre imposant de statues.
Parmi les fragments conservés, quelques têtes méritent de fixer
1. Voir les justes remarques de Beiûé, Fouilles et Dccounrtes, II, p. 313, et de Murray, Uktory ff Greelc Sculpture, II, p. 29ô.
2. Les sources de Pline faisaient certainement allusion à, ces signatures.
3. M. Newton énumère les fragments qui appartenaient au moins k vingt-sis statues différentes Guide to the Mausoleum Room, u" 34 il 99. Le Louvre possède depuis 1891 une statue de marbre plus petite que nature, représentant une femme en chiton dorique. Salle de Milet. Elle est désignée comme provenant du Mausolée, fouilbs de M. de Breuvery, 1829. Cette indication est très suspecte. Voir Michon, Bull, de corresp. heUèn., XVII, 1893, p. 410.
l'attentiou. C'est d'abord une tête colossale de iemiiie, à l'expression rêveuse, au regard dirigé vers le ciel '. La chevelure est traitée suivant une méthode que l'archaïsme a pratiquée, mais qui se retrouve encore sur les monnaies de Syracuse du quatrième siècle; elle forme sur le fnmt un triple rang de boucles arrondies en volute. S'il fallait tenir compte de la provenance, elle serait l'œuvre de Bryaxis, car elle a été
trouvée au nord du Mausolée; mais ne songe-t-on pas plutôt au style de Scopas? Une belle tête d'homme barbu, au type régulier aux yeux profondément abrités sous l'arcade sourcilière, paraît être l'image idéalisée soit d'un héros local, soit d'un ancêtre de IVlausole; malgré la facture un peu sommaire des cheveux et de la barbe, c'est une univre de grand style, qui rappelle les meilleures traditions du cinquième siècle (fig. 169)'. Une autre tête virile, de mêmes dimensions , porte la coiffure persique des satra[)es, la tiare ou kyrhasia; nous y voyons volontiers, avec M. Newton , un satrape de la fîimille de Mausole.
Mais le fragment le })lus important est le superbe morceau de statue équestre trouvé au nord de l'édifice, du côté où, suivant Pline, Bryaxis avait travaillé (fig. 170) Ml est difficile de dire ce qu'est ce cavalier, dont le torse a disparu, et dont on reconnaît seulement le costume asiatique, courte tunique et anaxyrides. Est-ce un prince de la famille d'Hécatonmos, ou seulement une simple figure décorative, un garde ou
Fig. IB'.i. — Tête virile, provenant du M.-insolée, (Britisli Muséum.)
1. Newton, Ilulori/ of Disconenes, II, pi. 2, pages 101, iH. Munay, flht. of Creel: Sculjilur», II, I>I. XVII.
2. Newton, l/lH. of Discov., p. 225. Cf. A Guide In Ihe Afaiisol. Hoojh, n" 47.
8. Newton, A Guide, n° :t8. Traveii and 2)iscomiiV«, II, pi. 4. Brunn, Denhiiacl,r u" 71.
un officier du satrape? Etait-il isolé, ou groupe soit avec un combattant à pied, soit avec une bête fauve, comme dans les scènes de chasse si familières à l'art décoratif de l'Asie Mineure'? Autant de questions auxquelles on ne saurait répondre que par conjecture. C'est aussi par liypotlirse qu'on peut replacer cette figure colossale à l'un des angles de l'entablement, au pied de la pyramide. Ce marbre mutilé et portant par surcroît des traces de balles, comme s'il avait servi de cible aux
Fig. 170. — Fragment iFune statue de caralier cq costume oriental. Mausolée. ( British Muséum. )
Turcs de Boudroum, n'en commande pas moins l'admiration. Les draperies sont d'une facture souple et grasse; et les flancs du cheval, creusés par le mouvement violent de l'animal qui s'enlève, sont modelés avec une étonnante largeur. Est-ce là une œuvre originale de Bryaxis? Rien n'empêche de le croire. Remarquons seulement que ce motif du cavalier enlevant son cheval avait déjà conquis sa place dans la plastique, et que l'Amazone du fronton d'Epidaure, la stèle de Dexiléos avaient dc'jà montré quel heureux emploi pouvait en faire la sculpture décorative.
On hésite encore sur la place qui convient aux lions de marbre
1. M. Newton signale d'autres fragments provenant d'un groupe équestre. A Guide, W" 38 a, f-I.
336 LE QUATKIÈME SIECLE.
trouvés soit au nord du Mausolée, soit dans les luuis du château de Saint-Pierre '. l>ix lions ])lus ou moins bien conservés, de nombreux fragments, prouvent que ces iigures jouaient dans la décoration du ^Mausolée un rôle important. M. Dernier les dispose sur la corniche de l'entablement, au pied du socle qui soutenait la pj'ramide, hypothèse tout à l'ait plausible si l'on considère la direction des têtes, tournées
Liun en m:irbrc, provenant du Mausolée. (Britisli Muséum.)
tantôt à droite, tantôt à gauche, comme pour regarder vers le centre. Ajoutez que les lions étaient peints, les coïps en brun rouge, la langue et les retroussis des lèvres en rouge vif. C'était comme un rappel de couleur que rendait nécessaire la place attribuée à ces figures, au-dessus de la cymaise, où éclataient les tons brillants des rouges et
1. Newton, A Guide, p. 56, n»« 100-137. Denx de ces lions sont reproduits dans Brunn, Deidmaclrr, 1,0. 72-73. Le Musée de Tchinily-Kiosk, l'i Constantinople, posside trois lions de marbre qui proviennent pent-étre du Mausolée. Joubin, Mu.n'e impérial ottoman. Monuments/unéraires, catalo;iu,' sommaire, n • 1-3.
L ES se U L PT U RE S D U M A U S i > I, IC lO. 337
des bleus '. Exécutés sur un modèle presque uniruniie, et avec le type conventionnel que l'art grec prête souvent au lion, ces animaux ont bien le caractère de figures décoratives, faisant corps avec l'architecture. Pourtant ce n'est pas un simple caprice qui a guidé le choix des artistes. Confier à des lions de pierre ou de marbre la garde de la tombe royale, voilà une idée qui se comprend d'autant plus facilement que les anciennes tombes phrygiennes offrent des exemples de ce symbolisme funéraire ' : c'est une conception asiatique plutôt que grecque. Et ces lions, au regard inquiet ou sournois, à la gueule entr'ou verte, laissant voir les crocs et la langue pendante, sont bien les gardiens fidèles qui veillent au pied de la pyramide où se dresse l'image du maître (fig.
Un quadrige colossal couronnait l'édifice.
Grâce à l'habile arrangement qui eu a groupé les débris, au centre de la salle du Mausolée, on peut encore en apprécier le puissant effet décoratif. De l'attelage, le British Muséum possède deux morceaux importants : l'arrière train
Fig. 172. — Fragment de l'un des chevaux du quadrige. Mausolée. (British Muséum.)
1. Dans sa restauration, M. Pullan les place en partie sur le soubassement, en partie devant la porte de l'ouest. History of Discov., Atlas, pi. XVIII, XIX.
2. Perrot et Chipiez, Hist. de l'Art, t. V, fig. lU. Ainsi la tombe d'Ayazinn en Phrygie.
scur.rTi'RE GREcgcE. — t. ii. 43
d'un cheval, et d'un autre le buste avec le poitrail (fig. 172) '. La tête est encore garnie de sa têtière de bronze , munie de ces rondelles que les Grecs appelaient çilapa. L'encolure large, le poitrail robuste, la tête massive, la crinière tombante, tout cela compose un type de cheval assez différent de celui que traite l'école attique. On songe plutôt aux chevaux de l'art gréco-romain, à ceux de la Renaissance, si souvent imités de l'antique. Qu'on se rappelle par exemple le cheval robuste et vigoureux du Gattamelata de Donatello ; celui du Mausolée en est plus voisin que des petits coursiers fins et nerveux maniés par les cavaliers dn Parthénon.
Deux grandes statues, l'une virile, l'autre féminine, retrouvées par M. Newton, doivent sans contestation être replacées sur la plate-forme du char. C'était déjà le sentiment de MM. Newton et PuUan; la nouvelle disposition adoptée au British Muséum pour le groupement des marbres lève tous les doutes '. S'il en est ainsi, un seul nom convient à l'admirable statue drapée qui montre un personnage viril debout, dans une attitude d'apothéose ' : c'est ÊLausole (fig. 173). La tête, presque intacte, a tous les caractères d'un portrait : visage un peu massif , front bas, entièrement découvert, yeux enfoncés, barbe courte et drue, lèvres épaisses , fortement accusées sous la moustache. La chevelure , abondante et longue, est rejetée en arrière , et donne au visage du satrape ce caractère léonin qui sera plus tard le trait distinctif de la physionomie d'Alexandre \ Pourtant est-ce un portrait au sens exact du mot ? A y regarder de près, on ne retrouve pas dans cette tête l'accent de vérité, le détail précis qui trahissent l'étude du modèle. Soit que le sculpteur n'ait pas connu Mausole, soit qu'il ait agi de propos délibéré, il a, semblet-il, visé à faire du mort si magnifiquement glorifié un portrait idéalisé plutôt que vivant. On ne saurait l'en blâmer. C'est bien, en effet, une œuvre de grand style que cette belle statue où la draperie est traitée
1. Newton, Trai'eh anil Diicoveries,lI, pi. 11, p. 111, Uistorij nfDiscov^Ujy. 103..I Cmi(/«, n" 3G, aii a.
2. M. Percy Gariiner a cependant opposé des objections 4 cette théorie ; il pense que le char de Pythios était nn .simple couronnement architectural, et que les deux statues se trouvaient dans l'intérieur de l'édifice. Journal uf Jlellen. Sludtes, XIII, 1892-3, p. 188 et suiv. Mais on ne comprend guère un char Ban.iî figures.
3. Newton, Travehand Dhcoveries, II, planches, 8-9, Bninn, A-ii/t-mnc/fr, n" 211. Cf. jiour la bibliographie, Fricderichs-Wolters, Giptabgûsse, n" 1237.
4. Voir, sur la statue de Mausole les fines remarques de Beulé, Futùlh-s el D(:com-ejles,U, p. 310-31 '.i.
cavec une maîtrise que nous n'avions pas rencontrée depuis le Partlicuon. On admire sans réserves l'exécution souple et large, le jeu varié des plis, ici profonds et simples, ailleurs pressés, abondants et détaillés avec une science exquise. La statue est digne du monument qu'elle couronnait.
Les mêmes qualités de style désignent à l'attention la statue de femme où l'on peut, sans hésiter, reconnaître Artémise (fig. 174)'.
Le visage a disparu, mais on voit encore autour du front cette triple rangée de boucles que nous avons déjà observée dans une des têtes colossales. Les formes amples et matronales , la dignité de l'attitude, sont en harmonie complète avec l'agencement si noble de la draperie, où suivant la juste remarque de Beulé, « chaque pli est suivi, creusé, animé, chaque surface expliquée et caressée avec un art consommé ». Si l'on voulait caractériser par un exemple choisi le type de la femme drapée au quatrième siècle, on n'en trouverait pas de plus achevé. A voir l'opposition si habilement
1. Newton, Trai-eh and Discoreries, II, pi. 10. BTimn, Denlmaeler, u°24:î. Friederichs-Wolters, n" 1238. M. Newton (.4 Guide, p. 39) songe plutftt à une statue de déesse qui conduirait le char de Mausole. Mais s'il en était ainsi, le sculpteur ne lui aurait pas donné une taiUe inférieure à celle du satrape.
Fig. 17.3. — Statue de Mausole, provenant du Mausolée. (British Muséum.)
310 LE QUATUIÈME SIÈCLE.
ménagée entre les plis menus de la robe et ceux du manteau, plus larges et plus libres, à étndierl'lieureux effet des plis obliques de l'hiniation, rejeté sur le bras gauche , on sent que l'art est en possession d'une formule définitive. Et à vrai dire, nous la retouverons dans nombre de stèles funéraires attiques ' ; nous la verrons s'imposer aux artistes dans les statues icouiques, pendant toute la durée de l'hellénisme.
A quel artiste devons-nous faire honneur de ces statues ' ?
On penserait au plus illustre des maîtres du Mausolée, à Scopas, si Pline ne nommait formellement l'auteur du (juadrige ; c'était
1. Ainsi dans celle de Dùmétria et Pamphilé ; voir plus loin, ûg. li>;i, p. 37(">.
2. Beulù est tenté de les attribuer & Scopas, et remarque que c'était le morce.iu capital, « puisque c'était le roi lui-même et sa compagne, divine ou mor-
j, provuikiui du Mausulce. telle, qu'il fallait représenter ».
( British Muséum.) Fouilles et Découvertes, U,p.3'21.
l.KS SCI'LrTL'IlKS DU MAUSOLÉE. 341
Pythids , ruicliitc'ctc qui avait couru et exécuté le iiioiunneut. L'alliance d'aptitudes très diverses chez un même artiste ne doit pas nous surprendre, et l'exemple de Polyclète le jeune, celui de Scopas luimême, nous avertissent qu'au quatrième siècle on voyait plus d'un sculpteur attacher son nom à des travaux d'architecture. Faut-il s'étonner si Pytliios est, lui aussi, un de ces génies vigoureux aux aspects multiples, et quoi de plus naturel qu'il ait couronné son œuvre d'architecte par un chef-d'œuvre de sculpture, qu'il ait placé sa signature au point culminant de l'édifice? Si le témoiguage de Pline est exact. Pythies nous apparaît comme un digne émule de Scopas, et le grand artiste de Paros n'aurait pas désavoué le groupe colossal sculpté par ce puissant ciseau.
Revenons à l'ensemble du monument. Cette imposante série de sculptures nous offre comme la manifestation la plus complète de l'art du quatrième siècle. Nous ne trouvons pas de points de repère plus sûrs, d'œuvres plus rigoureusement datées, et rien ne nous fait mieux comprendre quelles évolutions la plastique a subies depuis le Parthénon. Comparez à la frise de la cavalcade celle du combat d'Amazones ; vous sentirez combien d'éléments nouveaux s'y sont introduits : vivacité, fougue spirituelle, recherche du détail piquant, parfois au détriment de la grandeur du style. Mais surtout les statues colossales nous montrent une conception dont l'importance historique mérite d'être relevée. Qu'on ne s'y trompe pas ; c'est la première fois que nous voyons apparaître le quadrige triomphal, les personnages illustres glorifiés dans une attitude d'apothéose. N'est-ce pas là comme la première forme d'un des thèmes les plus connus de la sculpture gréco-romaine, et le char de Mausole n'annonce-t-il pas les quadriges impériaux qui se dresseront au sommet des arcs de triomphe ' ? A un autre point de vue, le Mausolée témoigne qu'une vigoureuse renaissance de l'art commence sur cette terre d'Asie, où vont bientôt se développer les grandes écoles hellénistiques. L'influence de la Grèce d'Europe rayonne en Asie Mineure; Scopas et ses émules y apportent les meilleures traditions
1. Voiries monnaies romaines représentant les arcs de triomphe : Donaldson, Architectura numismalica , n<" 56-59, p. 222 et suivantes.
342 LE QUATHIÈME SIÈCLE.
d'art; la culture attique exerce sa puissance de séduction jusque dans la capitale d'une satrapie de l'empire perse, et c'est un fait bien digne d'attention que cette somptueuse sépulture élevée à un dynaste asiatique, non point par des inconnus, comme les auteurs du Monument des Néréides ou de l'iiérôon de Trysa, mais par les artistes les plus renommés de la Grèce.
Fig. 175. — Lion en marbre, provenant du Mausolée. (British Muséum.)