Pline, .Va(. //;.-(., 81, r
LYSIPPK.
L'empereur le lit enlever, et placer dans ses upparlemeiits privés. Grande colère du peuple romain qui, un jour, au théâtre, le réclama à grands cris. Tihère dut céder, et rendre la statue. UApoMi/omcnos nous est connu par une copie en marl)re découverte en 1849 par Canina, au Transtévère, et transportée au Braecio Nnoro du Vatican (fig.
218) '. Si l'on supprime la restauration malheureuse de Tenerani, qui met un dé à jouer entre les doigts de la main droite '", la statue montre un athlète promenant sur son bras droit la lame courbe du strigile, pour enlever l'huile mêlée de poussière qui souille ses membres. C'est un sujet que Polyclète l'ancien avait déjà traité. Lysippe le reprend, en y appliquant des principes de style tout différents.
L'original étant un bronze, il ne comportait pas les soutiens artifi-
1, L'iileutilicatioQ a ùtO faite pur Bninii, .-l/dia/i, 1800, p. 223. Voir, pour la bibliographie, notre notice dans Rayet, Jfon. île l'art aniiijite, II, pi. 55. Helbig-Toutain, Guide, I, n" 31. Reproduction dans Brunn, Denkmader^ u" 281.
2. La restauration repose sur une iluuble erreur. I" Confusion entre le (/t's(ïw'H^e«5 .v<? de Lysippe (Pline, 34, G2) et celui de Polyclète l'ancien (Pline, 34, 55). 2" Contre-sens sur le passage de Pline relatif à ce dernier, destriiiffcntem se et ntidum taîo incessentein; on y a vu une seule et même statue alors nu'il s'agit de deux, et on a interprété le iindiis talo inces^tens comme un athlète nu s'avançant pour jouer aux dès, alors qu'il
s'agit d'un Kairos debout sur un osselet. Fig. 218. — L'Apoxyomcuos, statue en
(voir 1. 1, p. 500). (Rome, Vatican.)
cit'ls qui alourdissent la copie en marbre, le tronc d'arbre, le teuou l»artaut de la cuisse droite pour étayer le bras porté en avant. La silhouette apparaissait, finement découpée, svelte, élégante, avec la saillie du bras droit hardiment projeté dans le vide. Rien n'empêchait de détailler la souplesse de l'attitude, le rythme des lignes, le modelé nuancé du torse, le jeu des muscles indiqué avec un sentiment profond de la vie. Le même sentiment éclatait dans le rendu de la tête, car le copiste s'est attaché à le traduire fidèlement. Le visage, an front traversé d'un pli, a une physionomie individuelle qu'on n'est pas habitué à rencontrer dans les figures athlétiques ; les boucles de la chevelure, encore humides d'huile et de sueur, s'emmêlent dans un désordre ])ittoresque ; rien ne fait mieux comprendre les mots de Pline affirmant que Lysippe « fit faire à la statuaire un grand progrès, dans la façon de traiter les cheveux ' », et l'on reconnaît là l'artiste « soucieux du détail jusque dans les moindres choses " ». Mais surtout la statue du Braccio Nuovo nous renseigne très heureusement sur un fait essentiel, sur la nature du changement qu'introduit dans les proportions le nouveau canon créé par Lysippe. Qu'on la compare aux statues polyclétéennes, au Doryjjhore par exemple, on sera frappé de la différence des proportions. Autant celles du Doryphore sont larges et courtes, autant celles de V Apoxyoménos sont sveltes et élancées. L'importance du torse a diminué; la tête est devenue plus petite; les membres inférieurs se sont allongés ; la recherche' de l'élégance se révèle à l'examen le moins attentif. Vous trouvez là le commentaire d'un passage sonvent cité de Pline, d'après lequel Lysippe aurait fait « les têtes plus petites que les anciens sculpteurs, Tes corps plus grêles et plus secs, pour doimer aux statues une apparence plus élancée..., et, par une nouvelle méthode, changé les proportions carrées des anciennes statues ^ » Faut-il opposer à ce passage celui où Cicéron rappelle un propos de Lysippe, affirmant que le Doryphore de Polyclète avait été son modèle? La contradiction n'est qu'apparente. Suivant une fine remarque de M. J. Martha \ le propos est ironique ; il a un sens exacte-
1. « Statuariue avti ]iluramum traditur cuntulUse cnpiUiim esprimeiido ». Pline, Xal. JJisl., 34, 6ô.
2. <i l'ropriae liuius videntur esse argutiae operuui custoditae in miuumia fiuoque rébus », ibid. y. l'iiue, .Vi//. llisl., 34, «5.