‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 227 sur 380 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les historiens d'Alexandre racontent qu'arrivé aux rivages de l'Océan indien, à l'embouchure de l'Indus, le vainqueur de l'Asie sacrifia des taureaux au dieu grec Poséidon, et fit des libations avec une coupe d'or qu'il lança dans les flots. C'était comme la consécration solennelle d'un grand événement historique : la prise de possession de l'Orient par le génie de la Grèce. Le roi de Macédoine pouvait alors entrevoir son rêve réalisé, l'Asie conquise à une civilisation supérieure et plus humaine, le monde oriental et le monde hellénique unis sous l'hégémonie d'une puissance grecque. La mort d'Alexandre anéantit ces vastes projets, suggérés par l'idéalisme le plus audacieux. Le grand empire si hâtivement fondé se divise et se morcelle; après des luttes sanglantes, des monarchies se constituent sur ses débris, et cette unité politique un instant créée se brise pour jamais. Pourtant, de l'œuvre

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d'Alexandre, quoique chose subsiste; « c'est la fusion de l'esprit hellénique avec celui des peuples de l'Asie, la création d'une civilisation commune à l'Occident et à l'Orient, l'imité du monde historique dans le cadre de la culture hellénistique )> '. Pour tout dire d'un mot, c'est l'hellénisme, c'est-à-dire une l'orme nouvelle de l'esprit grec, élargi, unifié, doué d'une prodigieuse puissance d'expansion. L'ancienne Grèce est morte, et avec elle la cité indépendante et libre, foyer de la religion des ancêtres, défendue par un patriotisme étroit et jaloux; mais l'hellénisme marche à la conquête du monde ancien. 11 n'y a plus de petite patrie ; mais il y en a une grande, que le Grec reconnaît partout où ont pénétré les moeurs, les idées et la culture profondément humaine qui sont comme le patrimoine commun de sa race.

On a fait bien souvent ressortir les conséquences générales de cette transformation du monde ancien ' : la disparition des préjugés nationaux ; l'afl'aiblissement de la foi religieuse, qui a pour symptôme le plus manifeste la fusion des cultes étrangers avec ceux de la Grèce; le développement d'une « civilisation niveleuse y>, qui entraîne rapidement la désorganisation morale; en même temps, un mouvement intellectuel très actif, l'épanouissement d'une culture scientifique très avancée, avec une curiosité d'observation qui s'étend à tous les domaines du savoir humain : tous ces faits sont assez connus pour qu'il soit imitile d'y insister. Nous devons surtout prêter attention aux conditions nouvelles faites à l'art hellénistique.

11 faut le remar(iuer tout d'abord : les centres de la production artisti((ue se déplacent géographiquement. Les capitales des nouveaux royaumes, l'ergame, Antioche, Séleucie, Alexandrie, exercent un jiuissant attrait sur les artistes, que ne retieiment {dus les anciennes villes grecques, a])pauvries et déchues; la vie se retire ])eu A peu d'Athènes, d'Argos et de Sicyone ; elle reflue vers l'Asie ]\lineure, la Syrie et l'Egypte. Seule, l'île de Rhodes forme au milieu de ces monarchies un état indépendant, où une école flcn'issante conserve encore la ])hysionomie d'une ancienne école grecque. L'individualisme des écoles, déj;\alTaibli au quatrième siècle par des pénétrations réi'iprocpies,

1. Droyscn, ilisloire de l'JIellniiime, tnA. Bouché Leclcvcq, t. II. p. (1 Id.

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