Pline, Xat. Bitt., 34, 89. Loewy, ibkl, n
riger une statue de bronze à l'adversaire de Philippe. Le bronze, œuvre de Polyeuctos, se dressa sur l'Agora, près de l'autel des douze dieux et du Periscliiomsma '. L'artiste avait représenté Dëmostliène debout, les bras tombants, les iiiaius croisées, avec les doigts entrelacés, si bien qu'au dire de Plutarque, un soldat avait pu cacher dans les mains de la statue quelques pièces d'or qu'il voulait soustraire au contrôle de son chef. Une épigramme métrique, gravée sur la base, rendait une justice tardive au patriotisme de l'orateur. <( Si ta force, ô Démosthène, avait égalé ton génie, l'Arès macédonien n'aurait jamais commandé aux Grecs. »
L'attitude pensive , le geste crispé des mains nous révèlent dans quel sentiment l'artiste avait conçu son œuvre ; elle montrait le vaincu de la grande lutte, le défenseur désespéré de la liberté grecque.
La statue de Polyeuctos a certainement servi de modèle pour les images de Démosthène qui le représentent debout, dans une attitude analogue. Telles sont la statue conservée en Angleterre, à Knole-Park, dans la collection de lord Sackville, et celle du Braccio-Nuovo, au Vatican (fig. 239) ". L'orateur est simplement vêtu du manteau, drapé avec
Fig. 238. — L'Apollon Li -•■-■:.:. Tète en marbre, trouvée dans les Thermes de CaraciUa (British Muséum).
1. Voir pour les testes, Orerbeck, Schriftquetten 1365-136S. Cf. ilichaelis, Die BUdnisse des Demosthcnes, p. 4-24 ; dans A. Schaefer, Demosthenes und seine Zeit. t. III, 2' édition 1887.
2. La première est reproduite par Michaelis, BUdnisse des Dem., pi. 2, cf. p. 401, A. La seconde est décrite dans Helbig-Toutain, Guide, I. n" 30. Cf. Baumeister, Denhnaeter, I, p. 425. fig. 4Gô.
une certaine négligence. Les liras sont tombants; mais les mains, au
l'ig. 'JJ'J. — Lii.mijsiin.in.', iUiuv; tu muibic (Home, VatiumJ.
lieu d'être croisées, tiennent un rouleau de paiivrus, comme si, en modifiant le geste primitif, les copistes avaient voulu caractériser l'orateur et l'écrivain, plutôt (jue l'iiomme d'Etat. Quant aux autres portraits conservés par de nombreux bustes, ils ofirent trop de variantes pour qu'on puisse les ramener au même prototype. Quelques-uns, comme le buste du British Muséum, exagèrent l'expression pathétique, et dérivent d'uu original postérieur à la statue de l'Agora. D'autres se rapprochent plus du type traité par Polyeuctos, comme celui d'Athènes, où l'expression énergique et concentrée du visage, le front plissé, les lèvres serrées, éveillent l'idée d'une vie consacrée à la lutte, à l'effort, et à la poursuite d'ambitions généreuses '.
L'histoire de l'école attique, au troisième siècle, est trop mal connue pour que nous négligions une ceuvre originale, rigoureusement datée, et à peu près contemporaine du Démosthène de Polyeuctos. En 270, Thrasyclès, le fils d'un chorège vainqueur en 320, remporta à son tour le prix aux Dionysies en qualité d'agouothète. Il se borna à remanier le monument choragique élevé par son jière Thrasyllos, en avant d'une grotte naturelle creusée dans le flanc sud de l'Acropole ■. Au portique dorique construit par Thrasyllos, il ajouta im attique avec deux piédestaux, et érigea au milieu une statue de Dionysos que possède aujourd'hui le British Muséum (fig. 240) 'K Le sculpteur avait représenté le dieu comme Dionysos Melpomcnos, avec des attributs musicaux. Il était assis, tenant sans doute la cithare, vêtu de la longue robe et du manteau des citharôdes , avec la pardalide jetée sur l'épaule et serrée à la taille par une ceinture. Œuvre de second ordre, le Dionysos du monument de Thrasyclès nous donne cependant une idée assez avantageuse de l'école attique; il nous permet surtout de constater que, vers 270, elle reste encore fidèle à l'esprit classique, et à la tradition du quatrième siècle.
1. Pour les bustes de Démosthène, voir Michaelis, ouv. cilé, p. 405. Aradt Bruckmann, Grlech. und roem. Portràts, pi. 136-140. Helbig et Barracco, Coll. Barracco, pi. 02 bis, p. 47. Les statues assises auxquelles on a attribué le nom de Démosthène sont très suspectes. Celle du Louvre (Clarac, III, 283, 209D A), celle de St-Pétersbourg ( D'Escamps, Musée Cc.mjyana, pi. 4'.l) sont des statues de philosophes ou de poètes auxquelles on a rajusté des têtes qui ne leur appartiennent pas.