Hauser. Jahrb. des arch. Iiist., IV, 1889, p
L'ART HELLENISTIQUE.
genre. I\Iais n'est-ce pas une conséquence naturelle de l'évolution commencée au quatrième siècle?
Les contemporains de Praxitèle ont introduit, dans la manière de
•J3''. — Jeiini >;u vie, joiiaiu de ia liùto (Musée du Louvre).
Fig. 233. — Figurine de terre cuite de Mégare (Musée du Louvre).
traiter la chevelure, beaucoup de liberté et de souplesse. Ils ont déjà cherché des arrangements coquets ou compliqués, témoin les Eros jn-axitéliens et l'Apollon du Belvédère. Sous les successeurs d'Alexan-
(Ire, les sculpteurs raffinent encore sur ces données, et l'exécution d'une clievelure flottante, ou disposée avec un art savant, est pour eux matière il faire valoir toutes les virtuosités de style qui sont le trioinl)he de l'art hellénistique. On s'en rendra compte en considérant une série de têtes où le rendu de la chevelure a été l'une des princi- ])ales préoccupations de l'artiste.
Le British Muséum possède une tête charmante , trouvée dans les Thermes de Caracalla, et détachée d'une statue de Dionysos (fig.
235) '. Sous la couronne d'ache dont elle est ceinte, la chevelure retombe eu boucles légères, flotte sur le cou, encadre de ses ondulations soyeuses un beau visage d'éphèbe. Eien ne nous donne mieux l'idée du style attique, dans l'école de Praxitèle. On s'éloigne un peu plus des traditions du quatrième siècle avec une curieuse tète en marbre du musée d'Athènes, découverte ])rès du Dipylon, et que le lieu de la trouvaille dé-* signerait assez bien comme un fragment de statue funéraire (fig. 236) ■. Peu d'oeuvres antiques ont un caractère plus imprévu, un accent plus moderne, que cette tête à l'expression rêveuse et
Fig. 234. — Dionysos. Statuette de bronze trouvée à Pompéi (Musée de Kaples).
1. Monum. ineditl, X, pi. 20; C. Eobert, Annal i , 1875, p. 34, pi. C. • 2. Cavvadias, Catahgue, n" 193. Friederichs-'Wolters, Gipsahç/ussc, n'' 1444. M. AVoIters l'interprète comme une Muse.
L'ART ilELLENISTIQUE.
la chevelure désordonnée, ruisselant en masses épais-
languissante
ses le long des tempes ; on hésiterait sur la date, si l'on ne se rappelait la prétendue tête d'Eubouleus , à laquelle la rattache une évidente parenté.
L'influence de Scopas ne reste pas étran-
^^^ '^^^^'^^^^^^ -jufflfc liir'^^ .^^ o^^^ ^ ^^ certain goût
^ ..i^iVASsa^s^t^ ■ ^^wPi^^Faff^jiA' . " pour le pathétique,
dont nous trouvons la trace jusqu'en Attique.
Il se manifeste dans une œuvre célèbre , dans la belle tête d'Apollon qui a appartenu successivement aux collections Castellani et Pourtalès , avant d'entrer au British Muséum (fig. 237) '. On a souvent cherché à définir la nature du sentiment qui donne à l'Apollon Pourtalès cette expression si intense et si passionnée.
Enthousiasme lyrique, disent les uns; mélancolie, aflirment les autres. Au vrai, c'est avant tout, suivant le mot très juste de Brunn, cc un morceau romantique », et nous adopterons l'interprétation la plus simple en reconnaissant que l'artiste a voulu rendre la physionomie inspirée du dieu en proie au délire musical. Un détail qui n'est pas iudiftéreut, c'est que,
1. Overbeck, Gr. Kuiistmi/th., III, Apollon, p. 141, n° 5. Atlas, pi. 22, 35. Cf. la fine étude de Brunn, Griech. GalteriJeaU, p. 81, pi. VII.
Fig. 236. — Dionysos. Teie en maiDre. provenant des Thermes de C.iracalla (British Jluseum).
par une convention nouvelle, l'angle externe des yeux s'abaisse, donnant aux paupières une direction oblique, exactement eu sens inverse de celle que nous avons observée dans les figures archaïques. Le regard prend ainsi une expression languissante, d'une singulière intensité. Enfin la forme de la coiftiue, pompeuse et mouvementée, est elle-même combinée pour concourir à l'expression d'ensemble. La chevelure se noue sur le front eu un crobyle épais, qui se projette en avant, et ombrage le front; il y a là une recherche visible de l'effet, et l'arrangement déjà compliqué de la coiffure, dans l'Apollon du Belvédère, est ici bien dépassé. La tête Pourtalès nous conserve la copie d'un original en bronze sans doute très renommé; car nous en retrouvons une variante dans une autre tête du British Muséum, l'Apollon Castellani, provenant des Thermes de Caracalla (fig.238) '. Même forme de coiffure, même détail des petites boucles détachées sur le front en « accroche-cœur », môme expression inspirée. Pourtant la tête Castellani n'est pas une simple réplique du même original. L'artiste a suivi plus
librement le modèle en bronze ; il a respecté les exigences du travail du marbre, et il a fait ainsi une œuvre charmante, qui, sans les mutilations dont elle a souffert, pourrait détrôner la fameuse tête Pourtalès. Attribuer au début de l'époque hellénistique l'original d'où dérivent ces deux têtes, est une hypothèse que justifient suffisamment la forme si
1. Mon. ined., X, pi. 19. Annali, 1875, p. 27. Overbeck, Apollon, p. 141, n" 6. Atlas, pi. XXII, n" 34. ilM. Helbig et Julius y voient une copie fidCle d'une œuvre contemporaine de Praxitèle, tandis que l'Apollon Pourtalès en serait un dérivé hellénistique. (^Annali, loc. cit.) Mais les deux œuvres me paraissent contemporaines. M. Furtwaengler suppose très hardiment que l'auteur de la tête Pourtalès a combiné le style de Crésilas avec un type plus récent. Meisterwerke, p. 338.
236. — Tête en marbre, trouvée près du Dipylon (Athènes, Musée central).
uouvelle des yeux et le type de la coiffure. Mais nous ne saurions dire à quel maître attique il conviendrait d'en faire honneur.
Au troisième siècle, l'activité de l'école attique est attestée par de nombreuses signatures '. Les fils succèdent aux pères. Le fils d'Euphrauor, Sostratos, travaille à Athènes; celui de Sthennis, Hérodo-
ros, nous est connu par une inscription d'Oropos.
y ^ ■ ■"^- ■ '^J'^^^ ^^:r^^ Parmi ces artistes de se-
Z^^"*^ /^ /n ! C^ -^^^^^ImÊ 'i'^^ài rang, il en est que
les Romains appréciaient comme des maîtres fort estimaliles, et dont ils recherchaient les œu vres ; témoin le sculpteur Piston, dont on voyait à Rome un Ares et un Hermès, placés dans le temple de la. Concorde, et qui semble avoir été eu rapport avec les élèves de Lysippe'. Ou se tromperait donc, si l'on supposait que la suppression de la vie politique à Athènes entraîne pour l'art une décadence immédiate. Nous devons même consacrer plus qu'une simple mention à l'un de ces maîtres, qui au début du troisième siècle, essaient de soutenir la vieille renommée de l'école attique. Polyeuctos est l'auteur d'une statue célèbre, celle de Démosthène. En l'année 280/79, sous l'archontat de Gorgias, le neveu du grand orateur, Démocharès, fit appr(juver un décret proposant d'é-
Fig. 237. — L'Apollon Pourtalès. Tête en marbre (British Muséum).