‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 27 sur 380 · Voir 1. 1, lig · texte numérisé non relu

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trouvée, eu 1889, dans les fouilles de l'Acropole'; grâce à ce nouveau fragment, on comprend la familiarité imprévue du geste de la main gauche, qui retrousse la masse flottante de la chevelure dénouée. Plus familière encore est l'attitude de ce jeune dieu, Ares, suivant toute vraisemblance, qui, le buste renversé en arrière, tient les deux mains, croisées autour de son genou (fig. 36). Cette figure à la pose négligée

Fig. 20. — Groupe de dieux. Poséidon. Dionysos, Peitho. Frise de l'est, YI (Athènes).

qui a fort intrigué les critiques, nous montre simplement une adaptation plastique d'un motif inventé par le grand peintre Polygnote. Dans la fresque célèlire de la Nehjia, à Delphes, on admirait fort un Hector attristé, assis, et ce tenant, dit Pausanias, les deux mains autour de son genou " ». Voilà sans aucun doute, le prototype de l'Arès de

1. Ces troisfigures portent les n"' SO, 29, CS, dans la planche de Jlichaelis. Celle de Brunn (n" lOS) donne le nouveau fragment mis en place. La tête d'Iris a été publiée par M. 'Waldstein, American- Journal of Archaeloi/;/, V. pi. 2, p. 1-8.

2. Pausanias, X, 31, 5. M. Paul Girard a très ingénieusement montré arec quelle faveur la peinture de vases avait adopté ce motif tout nouveau. La Pehitiire antique, p. 174. Voir eu particulier le personnage d'Ulysse, dans une peinture de vase représentant l'ambassade auprès d'Achille, Arch. Zei-

la frise; t'aut-il uous étonner de cet emprunt, quand nous avons déjà constaté dans les frontons les traces de l'influence exercée par le style de Polyguote? Près d'Ares, Déinéter est assise, grave et rêveuse, tenant le flambeau des initiations éleusiniennes. Enfin vient un dernier groupe, deux jeunes dieux dont l'un, Apollon, s'appuie sur l'épaule d'Hermès, qui a déposé sur ses genoux son pétase thessalien; ou croit voir deux beaux éphèbes conversant entre eux, dans une intimité fraternelle et pleine d'abandon. Si l'on tient compte des difficultés que créaient au sculpteur les limites étroites de la frise, on admettra qu'il ne pouvait traduire plus clairement sa pensée. Isolés des personnages humains qui les entourent, invisibles à leurs yeux, les Olympiens contemplent la belle ordonnance du cortège qui vient s'arrêter à leurs pieds. L'assemblée des dieux est comme le point central vers lequel convergent les deux rangs de la procession ; un peintre, trouvant dans la perspective les ressources qui manquent au sculpteur, traduirait la même idée en plaçant à l'arrière-plan du tableau les dieux groupés en demi-cercle'.

Si, dans cette composition, on admire l'heureux agencement et la beauté du style, on se rend compte aujourd'hui qu'elle n"est pas entièrement une création de Phidias. Quand les fouilles de lEcole française à Delphes ont mis au jour, en 189i, la frise attribuée au Trésor des Siphniens, la surprise a été grande ; il fallait bien reconnaître, dans cette oeuvre du sixième siècle, le prototype du groupe des dieux. Sur la frise orientale, le sculpteur avait représenté le combat autour du cadavre de Sarpédon et la délibération des dieux. D'un côté, le combat ; de l'autre, vers la gauche, les dieux assis, et partagés en deux groupes symétriques : les divinités ftvvorables aux Troyens et les divinités hostiles". On voit que les procédés de composition sont bien plus naïfs qu'au Parthénon; le combat qui devrait former la scène centrale est reporté en dehors du cercle des dieux. Et pourtant le sculpteur archaïque a trouvé, pour représenter cette assemblée divine, des atti-

tun;/, 1881, pi. 8; cf. eiir les peintures de la N'cl-i/ia l'étude de JI. C.irl Robert : Die ydi/ia J-s Polijgiiot, 10' UulUtches Wiuckelmaimsprtx/ramm, Halle, ISSi.

1. C'est ce que tait bien comprendre la restitution graphique imaginée par it. Minray, Hev, arch., t. XXX VIII, p. 39. Cf. les remarques du même auteur, Orsek sculpture, t. II, p. 20.

2. HomoUe, Bull, de corresp. hellcn., XVIII, 1891, p. 192. Ca;. des Beaux Arts, 1" avril 1895 p. 3ii!.

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tildes, des groupements d'une grâce infinie; c'est comme une première esquisse, un peu gauche, mais charmante, de la frise de Phidias, Zeus trônant ;\ côté d'Héra sur un siège à liant dossier, Apollon Aphrodite et Artémis formant un groupe familier et étroitement lié. Ares assis à l'écart, voilà bien les figures que nous retrouvons au Partliénon. Le groupe d'Atliéna et des deux déesses ([ui regardent le combat est une composition exquise, et le geste de la divinité qui

Fig. 27. — Fragment de la frise du Trésor dit des Siphniens. Face est. (Delphes.) (D'après une photographie communiquée par il. HomoUe).

caresse le menton de sa voisine pour attirer son attention trahit une adorable naïveté (fig. 27). Il semble qu'on trouve déjà, dans la frise du Trésor, l'abandon, la familiarité qui prêtent aux dieux du Partliénon un charme si pénétrant. Certes, le mérite de Phidias n'eu est pas diminué; de l'esquisse, il a fait un tableau achevé. Mais rien ne montre mieux comment, même aux plus grandes époques, l'art grec a moins le souci de l'invention que celui de la perfection du style.

A droite et à gauche des dieux assemblés s'avancent les deux files parallèles du cortège dédoublé. Tout près des Olympiens, un groupe de personnages a déjà fait halte; on peut y reconnaître les magistrats de la cité, les archontes, les hiéropes, les ordonnateurs officiels de la

fête, tous ceux à qui leurs fonctions donnent le droit de figurer aux premiers rangs. Drapés dans riiiniation aux larges plis, ajipuyés sur leurs longues cannes, dans l'attitude que prêtent aux Athéniens de la classe aisée les peintres de vases du cinquième siècle, ils causent entre eux, et attendent le reste de la procession. Voici en effet les ordonnateurs, guidant un long cortège déjeunes filles qui s'avance à

pas mesurés. Nous savons par les textes que les jeunes filles des plus nobles familles d'Athènes prenaient part aux Panathénées. Aux unes était dévolu le rôle de canéjihores ; elles portaient dans des corbeilles les accessoires du sacrifice ; les autres , choisies également parmi les filles des Eu- ] latrides , avaient travaillé au peplos; c'étaient les ergastines (Epyy.'îTîvai.) Un décret daté de l'année 98/7 leur décerne des éloges pour avoir fait honneur i\ la procession « par la beauté et la dignité de leur tenue », et oftert h la déesse une phiale d'argent ' . Il est assez difficile de les distinguer dans la frise. Pourtant, sur une des dalles, conservée au Louvre, on peut reconnaître des canéphores dans les jeunes filles du premier rang, devant lesquelles un ordonnateur tient une corbeille' (fig. 28 A). Celles qui suivent, séparées des premières par un héraut, sont sans

Fig. 2» A. — Jeunes filles et héraut. Frise de l'est, VII. (Musée du Louvre.)

1. Koehicr, Millheil. Athcn., VIII, p. 57. P. Foucart, Revue de corresp. helh-ii., XIII. 18i«9, p. 170.

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