‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 274 sur 380 · Baumeibtcr, ùcitiimmlcr, p]. LXIII, u · texte numérisé non relu

Baumeibtcr, ùcitiimmlcr, p]. LXIII, u

LRS fiROUPRS PITTORESQUES. 539

ciel un visage doulonrciix, iaii'lis que le bras droit tombe le long du

corps, la main tenant le bord du manteau. Avec sa longue robe ouverte

sur la poitrine, ses bras nus, elle rappelle certaines figurines tana-

gréeinies; elle en a la grâce et l'élégance. On peut juger plus sé-

vrrement les statues ([ui

représentent les fils de

Niobé. On sent le style

d'écolo dans ce Niobide

qui, blessé au dos, et

tombé sur les genoux,

étend le bras droit avec

désespoir; et cet autre

qui s'enfuit, le bras gauche enveloppé dans son

manteau, un pied posé sur une saillie de rocher, n'est qu'une académie assez banale'. Nous en dirons autant du Niobide qui étend son bras droit recouvert du manteau, et dont la main gauche s'abaisse vers sa jeune sœur tombée à ses pieds, figure qui manque à Florence, mais nous est connue par une réplique du Vatican (fig. 280) -. On place généralement dans la partie

droite du groupe le jeune garçon qui s'enfuit effrayé, et cherche

1. Pour ces deux figures, voir E.iumeister. p. 1(570, fig. 17.-i7, et pi. LXIV, fig. 17.j3. Cf. Brunn, Denimaeler, n» 314.

2. Baumeister. pi. LXIV, I7.r2. Brunn, n" 315. Pour la réplique du V.iticin, voir Helbisr-Toutain, CuiJe, I. n» 209.

protection auprès de son pédagogue, un homme vêtu d'une tunique ù manclies et chaussé de hautes bottines'. A Florence, les deux statues sont disjointes; mais un groupe du Louvre, trouvé à Boissons, les

Fig. iSO. — Un Niobide (Florence, Jlusée des l'Jizi).

montre n'unies. Viennent ensuite un Niolùde escaladant un roclier, qui dissimule la jamlio droite; un autre tombé sur un genou, le regard dirigé vers le ciel; enfm un Niobide mourant, renversé sur le dos,

1. Baiimeister, pi. LXIII, fig. I7in, I7.J0. Lr» tétc du pùdigoguc est modefnfl.

connu par plusieurs ré[)liques, dont la meilleure est celle de Munich (tio-. i>81) '.

Le travail minutieux et sec des statues de Florence, leur intériorité en regard de quelques autres répliques, le nombre même de ces répliques, nous avertissent suffisamment que les marbres trouvés sur l'Esquilin nous offrent seulement les copies d'originaux célèbres. Ces originaux, Pline en fait mention- . C'était une série de statues, qu'on voyait de son temps dans le temple d'Apollon dédié par C. Sosius.

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On hésitait à décider si elles étaient l'œuvre de Scopas ou de Praxitèle. L'autorité de ce texte a été maintes fois invoquée pour placer au quatrième siècle l'exécution du groupe original ■\ Mais, au vrai, quel renseignement sommes-nous en droit d'en tirer? Simplement qu'on ignorait l'auteur, et que les connaisseurs d'art mettaient en avant deux noms illustres. Rappelons-nous ce collectionneur dont parle Stace, et qui excellait à désigner l'auteur d'une statue sans signature '. Les Niobides ont dû provoquer plus d'une expertise de ce genre; Pline se borne ;\ enregistrer les décisions contradictoires des arbitres. L'écrivain latin

1. Ces trois figures sont reproduites dans Eaumoister, fig. 1751, 1755, 1701;.

2. Pline, Nat. Hist., 3G, 28. « Par haesitatio est in temple Apollinis Sosiani, Niobae liberos morientis Scopas an Praxiteles fecerit. i)

3. Voir Stark, Niobe, p. 332. Friederichs, PraxU^ks und die Niobegruppe. p. 89 et SîiiiTantes.

4. « Et non inscriptis auctorem reddere signis. » Stace, Silves, IV, 6.

ne mentionne pas la provenance des statues originales; il oul)lie de nous dire si elles se trouvaient dans une des régions de l'ancien monde grec ouvertes à l'activité de Praxitèle et de Scopas. Mais l'hypothèse la plus plausible conduit à une conclusion contraire. Il semble que les statues aient été enlevées à une ville de Syrie ou de Cilicie, car C. Sosius, qui les apporte à Rome, et en décore son temple d'Apollon, est, en l'année 38 avant Jésus-Christ, légat d'Antoine en Syrie et en Cilicie; et c'est en 35 qu'il obtient le triomphe, après la défaite d'Antigone de Judée et la prise de Jérusalem. Si, comme il est permis de le croire, le groupe provenait de l'une de ces provinces, Sosius l'avait enlevé à une de ces villes hellénistiques fondées après Alexandre, et pour lesquelles ni Seopas ni Praxitèle n'avaient pu travailler'.

Nous sommes donc amené à considérer le groupe des Niobides comme une œuvre hellénistique". Ni la conception, ni le style ne contredisent cette hypothèse. L'idée de mettre ainsi en scène un épisode tragique est bien conforme au goût drainatique dont les sculptures de Pergame nous ont montré tant d'exenq)les. Le costume des femmes, qui est celui des figures tanagréennes, ne saurait fournir aucun argument contre la date du troisième siècle. Enfin le Niobide agenouillé, celui qui est étendu mourant sur le sol, rappellent de bien près certaines figures de l'ex-voto d'Attale. Mais surtout nous aurions peine ù rendre Scopas ou Praxitèle responsables des Aiiblesses, qui, malgré le mérite général de l'œuvre, la déparent (;à et là. A voir ces jeunes gens escaladant un rocher avec des gestes automatiques, ou exprimant leur terreur par une mimique de convention, on songe à des académies d'atelier, et l'on hésite à prononcer des noms aussi glorieux. 11 est d'ailleurs certain que le sujet du mem'tre des Niobides est fort en faveur sous les successeurs d'Alexandre. Quand Auguste éleva , en l'an 28, le temple d"A]iollon Palatin, il lit décorer les portes de basreliefs d'ivoire représentant la défaite des (îalates et le massacre des

1 . Stark pense au Sarpédouion cVHolmoi, en Cilicie. C'est à Sélencie ilu Cnlyoaiinus qne Sosin.s anrnit enlevé l'Apollon en bois de cèdre plaeé dans la cclla de son temple. Xiobe, p. 136.

2. La démonstration a été faite par M. Hans Ohlrich, Diejlorentiwr Niobegruppe, Berlin, 1888. Dans son catalogue des moulages de Halle, M. C. lîobert place sans hésiter loa Niobides A l'époque hellénistique: Fiihrer iliinli <las arc/i. Afuseuni, p. Cii.

LKS (iUOIiPKS IMTTdKKSQIIES. rM

eulaiits df Niobé'. Cétciioiit des (inivrcs lielléiiistifiufs, et peut-être im bas-relief de Saiiit-Pétersl)our<f, et un discjue en marbre du J^jriti.sh IMuseuni nous ont-ils conservé le souvenir du bas-relief d'ivoire des Niobides ". Or si ces deux coin[)ositions dérivent à coup sûr d'un autre original que le groupe signalé par Tline, elles relèvent du même esprit ; et l'on peut croire qu'à l'époque hellénistique, la peinture et la plastique avaient plus d'une fois retracé la tragique légende de Niobé.

La conq)osition et l'arrangement du groupe de ï^lorence ont été souvent discutés \ Les figures avaient-elles un cadre architectural? Faut-il, avec Stark, les replacer entre les colonnes d'un temple, ou bien, suivant l'ancienne hypothèse de Cokerell et de Welcker, les disposer dans le tympan d'un fronton? La première conjecture n'est fondée que sur l'exemple du monument des Néréides, ce qui est insuffisant. La seconde provoque bien des objections, dont la plus grave est que la hauteur relative des figures ne répond pas :\ la loi de décroissance qui est toujours observée dans un fronton. Et quel sculpteur aurait commis la faute de tourner vers l'angle du tympan le visage de Niobé? Les difficultés disparaissent au contraire, si l'on imagina les figures, non point disposées sur un même plan horizontal, mais étagées sur un rocher, à des niveaux différents, la grande statue de Niobé dominant tout l'ensemble '. On comprend dès lors ces accidents de terrain, ces rochers, ces bases à plusieurs niveaux, qui jouent ici un si grand rôle ; ce sont comme autant de prolongements du massif rocheux servant de support au groupe. Les artistes du cardinal Médicis l'avaient bien entendu ainsi, en disposant les figures de Florence comme un décor de jardin^ ; et tout porte à croire que, dans la villa romaine de l'Esquilin, d'où elles proviennent, elles offraient le même aspect. Si

1. stark. Xiobe, ji. 138. Biunn, (Jriech. Kiinstlcr, I, p. 444.

2. Pour le bas-relief Campana, à Saint-Pétersbourg, voir Stark, Xiubc, pi. III, n" 1, p. Itiô. Hauser Die neu-attisclien Rdie/s, p. l'i. Le disque du BritisL Jluseum est reproduit par Murray, Greeh sculpt, II, pi. XXIX. L'authenticité en a été contestée. Voir sur la question, Overbeck, Berichte lier sticits. Gesdlsckaft der Wissenscha/ten, 1883.

3. Voir, outre les travaux déjà cités, ilayerho fer. Zii> /orcHd'ner A'ioéijiuyjpe, Bamberg, 1881, et le résumé des discussions fait par Overbeck, G'-. Plmlik, II, p. 80.

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