‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 275 sur 380 · Cf. Hans Ohlrich, Mémoire cité, p · texte numérisé non relu

Cf. Hans Ohlrich, Mémoire cité, p

5. C'est ainsi que les montre le dessin de Perrier, SeyvKnla nobil. siijnorum et statuariim, Rome 1638, pi. 33-36, 58-60, 87.

ces coiicliisious sont justes, les Niobides appartiennent ù la série des groupes pittoresques, et l'exécution des originaux ne saurait être antérieure au troisième siècle.

Le développement de la sculpture pittoresque est une conséquence des nouvelles habitudes de vie qui s'introduisent dans le monde grec après Alexandre. Les résidences royales, les riches habitations privées s'embellissent de parcs, de jardins, de portiques à colonnades qui réclament une décoration plastique riche et variée, conçue d'après des principes moins rigoureux que ceux de l'ancienne statuaire. Nous ne serons pas surpris d'en trouver des exemples à Pergame. En 1880, les les fouilles de M. Humann ont fait découvrir les fragments de trois statuettes demi-nature, dont le revers est négligé ; elles représentent Prométhée, Héraclès, et une figure virile demi-couchée où l'on reconnaît sans peine la personnification du mont Caucase '. Ainsi que l'a démontré M. Milchhoefer, ces statuettes étaient étagées sur un fond rocheux, où elles se détachaient comme un haut-relief. Les peintures pompéiennes nous font connaître des compositions analogues; l'artiste de Pergame avait donc groupé ses figures comme l'aurait fait un peintre.

On cède volontiers à la tentation de rattacher à un môme groupe, conçu suivant les principes du stj'le pittoresque, deux statues célèbres, VArrotino et le Marsyas suspendu à un arbre, dont nous connaissons plusieurs répliques. La statue conservée dans la salle de la Tribune, aux Uffîzi, et désignée communément sous le nom de Rémouleur {Arrotino) montre un personnage accroupi, aiguisant sur une pierre un large coutelas (fig. 282) -. La forme carrée du visage, le front déprimé, la barbe courte et rare, les cheveux longs, accusent un type barbare, et désignent un esclave scythe. A voir son expression d'humble soumission, on devine qu'il attend un ordre, qu'il est mêlé à une action, et que la statue n'a pas été conçue comme une œuvre isolée. Or, à quelle scène l'associer, sinon au supplice de Marsyas? Sans quitter Florence,

1. Milchhoefer, Die Jiefreiung âes rrometheus, il" Prcgr. zum WincMmanmJisIe, 1882.

2. Dutschkc, .l«(. MarmorbilJioerle der lyyizUn in Florenz, n° 549, p. 247. Frietlerichs-'WoUers, Cipiahgmse , n» 1414. La eUntuc a ctO trouviie à Rome avant 153?. Michaclis, Aich. Zeitunj, 1880, p. 11.

on trouve aux Ufjizi une réplique d'une statue souvent copiée, dont le Louvre possède un exemplaire très restauré (fig. 283), et dont la meilleure copie est sans aucun doute celle du musée de Tchinily- Kiosk, découverte t\ Tarsous en 1889 (fig. 284) '. La donnée est très

Esclave scythe. Statue dite de « l'Arrotino » (Florence. Musée des Uffizi Salle de la Tribune).

différente de celle dont s'inspirait, au quatrième siècle, le sculpteur

1. Statue de Florence, Diitschlce, III, n° 159. Statue du Louvre, Froehner, Notice, n» 86. Statue de Tchiuily-Kiosli, Joubin, C'atal. du Musée impérial ottoman, n" 72. Overbeck donne une liste de quinze répliques qui peut être augmentée (^Griech. Kunstmyth., III, Apollon, p. 477-478). Outre celle de Tchinily-Kiosk, nous signalerons celle du Musée central d'Athènes, tronvco h Tralles (S, Reinacb, Chron. d'Orient, 1880, p. 509). et celle de Karlsruhe, Arch. Anzeiger, 1890, p. 4.

des bas-reliefs mantinéens. Ici la lutte est finie et le supplice commence. Suspendu par les poignets au tronc d'un arbre, Marsyas va, sur un signe d'Apollon, être livré au couteau du Scythe. Il est donc permis de croire que la figure du dieu complétait le groupe, et pour la retrouver, peut-être faut-il examiner un disque de marbre du musée de Dresde, où Apollon assis, la lyre à la main, un bras nonchalanmient relevé au-dessus de la tête, fait face au Silène déjà lié à l'arlire '. Dans ce cas, l'esclave scythe trouverait place au milieu du groupe, et sans doute au second plan. Attribuer à un sculpteur de Pergame cette composition pittoresque est une hypothèse très plausible. Le naturalisme qui éclate dans la statue du Scythe, la connaissance impeccable de l'anatomie que révèle celle de Marsyas, s'accordent bien avec les caractères du style pergaménien, et il est possible que le groupe original date du temps des Attalides. Toutefois, à en juger par la fréquence des répliques, la figure de IMarsyas a dû être souvent copiée isolément, comme la plus digne d'attention; et à voir ce torse distendu, cette ossature si curieusement indiquée sous la peau, ce visage contracté et douloureux, on devine en effet que c'était là un vrai morceau de bravoure. Chose curieuse : la sculpture moderne a plus d'une fois traité, comme un sujet où pouvait se manifester toute la virtuosité de l'artiste, une donnée analogue, celle de la figure nue, les bras relevés, attachée ou suspendue par les poignets à un tronc d'arbre. Comparez au Marsyas du Louvre certains morceaux de réception de notre ancieune Académie des lîeaux Arts, le Saint-Sébastien de François Coudray, celui de Dejoux, le Phorbas et l'Œdipe de Félix Lecomte, vous reconnaîtrez entre ces différents thèmes une parenté évidente. Ce n'est pas d'ailleurs la seule occasion où l'art hellénistique et l'art moderne se soient rencontrés dans une inspiration commune.

On pourrait multiplier les exemples de ces groupes décoratifs. Deux statues de Danaïdes, trouvées sur l'Esquilin '", sont sans doute détachées d'un grand ensemble défigures représentant Danaùs, lépéeà la main, au milieu de ses filles, et leur ordonnant de tuer leurs fiancés. Transporté

1. Annali dtW Inst., 1851, pi. E. Arch. .ln;«ij«r, 1889, p. 99. On peut, eroyon..--nous, en rapprocher un bas-relief du Musée d'Arles : Bazin, Ârlei Gallo-romain, p. 12;i, n». 2.

2. Bull, dtlla comm. municipale, III, 1875, pi. IX-X. Helbig-Toutain, Guiile, I, n»« 3G1, âG5.

à Rome, le groupe original avait (lid disposé sous le portique qui entourait le temple d'Apollon Palatin'. Faut-il rappeler le groupe bien

connu de Mcnélas soutenant le corps de Patroele, conservé à Florence dans f^ -^ la Logtjia dei Lanzi, et sa célèbre

^f ' réplique romaine , le Pas(jtiin<i , si

Fig. 283. — Marayas attaché à l'arbre.

Statue en marbre ( Musée du Louvre ).

Fig. 284. — Marsyas attaché à l'arbre.

(Musée de Tchinily-Kiosk. Constantinople .)

admiré par le Bernin"? Le sentiment pathétique de la composition,

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