‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 288 sur 380 · I.A SCUr.PTURE ALEXANDRINE · texte numérisé non relu

I.A SCUr.PTURE ALEXANDRINE

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leur a iiigénionseineiit tiiV; parti de la base, pour la décorer d'une oriieineiitation pittoresque dont le '( Taureau Farnèse » nous avait déjà fait connaître un exemple. Tandis que, sur la face antérieure, des flots indi(|uent la montée bienfaisante de l'eau qui ruisselle sous la pointe de la corne d'abondance, les autres faces montrent, sculptées en légers reliefs, des scènes dont les rives du Nil sont le théâtre. Des crocodiles luttent contre des hippopotames ou des ichneumons. Des bœufs pâturent; des oiseaux a(iuatiques s'ébattent parmi les lotus et les roseaux; des pygmées Tuanoeuvrent vivement leurs barques, pour échapper aux attaques des monstres du Nil. Ce sont autant de petits tableaux de genre, où le sculpteur grec a mis l'accent pittoresque et la bonne humeur qu'apportait, dans la peinture de la vie familière, l'art égyptien des anciennes dynasties.

Si nous connaissions mieux l'art alexandrin, nous y surprendrions sans douteplus d'une trace de l'influence exercée par l'art national de l'Egypte; nous y retrouverions le goût hellénique, relevé par une pointe d'exotisme. Les artistes ne pouvaient fermer les yeux à cette antique civilisation, au milieu de laquelle les mœurs grecques venaient s'implanter, et, dans les images royales en particulier, l'occasion se présentait plus d'une fois de faire des concessions aux modes et aux usages de l'Egypte. Nous en trouvons la preuve dans un remarquable buste de bronze trouvé à Herculauum (fig. 288) '. Cette tête si caractérisée est

1. Comparetti et de Petra, Villa Ercolaiicse, pi. G. Brunn et P.Anidt, Griech. and roem. Porlnils, pi. 99 et 100.

l'ig. 388. — Bu>te d'une femme coiffée à l'égyptienne. Bronze trouvé à Herculanum (Jlusée de Naples).

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certainement un portrait, et probablement, bien que les opinions soient partagées sur ce point, le portrait d'une femme de la famille royale '. Il n'y a d'ailleurs aucune raison certaine d'y reconnaître Bérénice I, la femme de Ptolémée Soter ". Mais à cette tête d'un caractère si franchement grec, l'artiste a prêté une coiffure égyptienne ; les longues boucles qui s'étirent en minces spirales, rappellent les perruques frisées que portent les dames de Thèbes ou de Memphis. Cette coiffure apparaît encore dans une tête de granit noir, qui parait représenter la même reine, mais vieillie, les traits bouffis et empâtés par l'âge; œuvre d'un réalisme très puissant et qui est un curieux spécimen de l'art du portrait à Alexandrie '.

Le réalisme est partout dans l'art hellénistique. Dans l'Egypte des Ptolémées, il prend une forme particulière, et tourne au genre. Est-ce le résultat de l'enseignement que donnait aux artistes grecs l'ancien art égyptien, si curieux de la vie, si attentif à en traduire tous les aspects? Est-ce l'effet de l'esprit caustique et humoristique des Alexandrins, pour lesquels on a revendiqué sinon l'invention, au moins le développement de la caricature ''? Est-ce l'influence d'une littérature

Fig. 289. — l'cciicui. Marbre (British Muséum).

1. M. Arndt y voit une tête virile, et pense que les boucles frisées sont une restauration moderne, justifiée d'ailleurs par des vestiges antiques.

2. On peut cependant rapprocher le buste d'une pierre gravée de Lykomédès où M. Furtwacngler reconnaît Bérénice I. Jahrbuch des arch. Intl., IV, pi. 2, fig. 2, p. 84.

3. Cette tête a fait partie de l'ancienne collection Miramar. Aujourd'hui au Kaistr/iaus de Vienne. Arch. Anzelger, 1891, p. 17», 34.

•I. Pottier et Reinach, la Nécropole de Myrina, p. 482.

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descriptive et réaliste, soucieuse du détail pittoresque? Faut-il enfin se souvenir qu'Alexandrie est le grand marché d'où s'expédient dans le monde grec ces figurines de bronze, ces produits de l'art industriel, où les sujets de genre trouvent naturellement leur place? Aucune de ces

l'i<.'. ■-".Hi. — \ leux prcheur. Matuette en marbre (Rome. Palais des Conservateurs au Capitole).

raisons n'exclut les autres; elles concourent, senible-t-il, à expliquer la prédilection marquée des artistes alexandrins pour la sculpture de genre. La vie des humbles, des gens de petit métier, voilà le répertoire auquel ils s'adressent volontiers. On n'hésite guère à reconnaître une invention alexaudriue dans les nombreuses figures de pécheurs,

de paysans, que nous ont conservées des copies gréco-vomaines '. Cet homme coiffé d'un chapeau usé, vêtu d'une tunique de travail, et portant au bras un petit panier de jonc, l'artiste l'a rencontré sur le port d'Alexandrie (fig. 289) '. Un vieux pêcheur qui s'avance d'un pas

pesant, la mine chétive, l'air résigné, fait songer aux personnages d'une idylle de Théocrite, à ces pêclieurs qui vivent solitaires, sous le toit de jonc de leur cabane, sans autre compagnie que le murmure de la mer (fig. 290) '^.

De la même inspiration relève l'étonnante figure de vieille paysanne, conservée au Capitole (iig. 291). Courbée par l'âge et par le rude labeur des champs, vêtue d'un mauvais manteau qui laisse à nu ses maigres bras et sa poitrine décharnée, elle chemine vaillamment, portant l'agneau qu'elle va vendre au marché voisin. A voir cette œuvre d'un réalisme aigu, d'une vérité impitoyable, on se demande si l'art moderne

Fig. 291. — Vieille paysanne portant un agneau. a jamais pOUSSé pluS loiu le

Statuette en marbre (Rome, Palais des Conservateurs • i 11 ,•. 1

^ ^ . , , souci de 1 exactitude.

au Capitole ).

1. Cf. Schreiber, Mittheil. Athen, X, 1835, p. 390. Pour le type liii pêcheur dans l'art antique, voir Pottieret Reinach, Wyrina, p. 490, et la bibliographie citée.

2. British Muséum, Ancient marbles, X, pi. XXVIII; Clarac, Mus. de sculpture, V, pi. 882, 2247 A.

.3. Théocrite, IJi/Ue XXI. La statuette, découverte à Rome en 1880, se trouve au Palais des Conservateurs, au Capitole. Helbig-Toutain, Guide, I, n" 584. Les accessoires sont modernes.

4. Statuette en marbre, Palais des Conservateurs. Helbig-Toutain, GidJe, I, n" o8j. La tête n"est pas antique.

LA SCULPTURE ALEXAN DIUNE.

Le goût de l'observation précise et minutieuse, si développé dans le petit art alexandrin, trouvait matière à s'exercer sur tous ces gens de races diverses qui peuplaient les rues de la grande ville égyptienne. Des Nubiens, des Éthiopiens, y exerçaient les petits métiers de la rue. Alexandrie était le marché principal pour la vente des esclaves noirs, dont l'usage commençait à se répandre. On l'a remarrpié justement : le réalisme dans le rendu des types ethnographiques trouvait à Alexandrie un terrain tout préparé '. Des le troisième siècle d'ailleurs, l'art hellénistique s'était engagé dans cette voie.

Nous en avons la preuve, grâce à la belle tête de lironze découverte à Cyrène par MM. Smith et Porcher i'fig. 292) ■. Ce personnage au front fuyant sous luie épaisse chevelure bouclée, aux pommettes saillantes, aux lèvres épaisses, n'est pas de race grecque.

C'est, soit un Cyrénéen de sang mêlé, soit un de ces petits princes numides ou mauritaniens dont les Etats confinaient à la Cyrénaïque. L'exécution, large et robuste, se ressent encore du goîÀt classique, et défend d'attribuer au bronze de Cyrène une date trop avancée dans le troisième siècle. Nous n'avons aucune raison pour y reconnaître une œuvre proprement alexandrine. Il est permis au contraire de considérer comme un produit de l'art local les figurines de bronze et de basalte, trouvées en Egypte, et qui, de la collection Dimitriou ont

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