‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 289 sur 380 · Rayet, Momanents de l'art antique, II. pi · texte numérisé non relu

Rayet, Momanents de l'art antique, II. pi

■ Tète de Libyen. Bronze trouvé à Cyrène (British Muséum).

passé au Polytecliiieion d'Athènes'. C'est un négrillon de bronze, humble niarcliand des rues, accroupi devant son étalage, et portant sur son épaule un petit singe. C'est encore une figurine de basalte, un musicien nègre, jouant sans doute de la lyre, et le-

it vers quelque fenêtre une grosse tête crépue

1 égard quêteur. On entre-

(DritUli iluseum;.

Fig. 294. — Jeune nègre. Statuette en bronze, trouvée à Chalon-sur- Saône (Cabinet des médailles).

voit un original alexandrin dans un marbre gréco-romain du British Muséum, montrant un jongleur nubien qui, la tête en bas, les jambes

1. Schreiber, Mittheil. At/ieu, X, 1885, p. 380 et suiv., pi. X, XI, XII.

LES BAS-KELIEFS l'ITTOKESQU ES. r,r,9

dressées, se tient en cquililire sur le dos d'un crocodile (fig. 2'J'P>) '. Un Leau bronze du Cabinet des médailles nous conserve l'image d'un de ces jeunes esclaves noirs qu'on rencontrait dans les riches maisons d'Alexandrie. Les reins camlirés, avec une pose déhanchée, le négrillon tient un instrument de musique, sambuque ou trigônon, dont il accompagne sa chanson, et « tout en jouant, il chante une de ces mélopées monotones et traînantes qu'il a apprises au pays natal » (fig. 294) ". Cependant le maître est dur parfois. Sur un signe, l'esclave peut être garrotté, conune ce nègre que représente un bronze gréco-égyptien du Louvre, trouvé près de Memphis ''.

Assurément il n'y a rien là qui dépasse la portée de la sculpture de genre. Mais ces sujets familiers, les artistes alexandrins les traitent avec infiniment de verve, d'esprit et de bonne humeur; ils y apportent une acuité d'observation, une précision de style, qui fout de ces figurines de véritables œuvres d'art. On comprend qu'elles aient rapidement conquis la vogue, et pénétré partout dans le monde gréco-romain. Peut-être même c'est là qu'il faut chercher les qualités les plus originales de l'art alexandrin.

A plusieurs reprises, nous avons déjà constaté la curieuse évolution de style qui introduit dans le bas-relief les conventions de la peinture. La petite frise du grand autel de Pergame nous a révélé ces procédés de composition picturale. La base de la statue du Nil, celle du Taureau Faruèse, nous ont montré des scènes rustiques ou pittoresques, traitées comme des tableaux de genre. Ce style nouveau trouve sa formule la plus complète dans une série de bas-reliefs connus sous

1. Clarac, V, pi. 875, 2223 A. Âiicient marbles, X, pi. XXVIL

2. Rayet, Mon. de l'art antique, II, pi. 13. Cf. Babelon et Blanchet; Catal. des bromes antiques de la Bibliothèque nationale, n"> 1009. Cf. d'autres types d'esclaves nègres, ibid., n" 1010, 101.5. Sur les monuments représentant des types de nègres, voir la tibliographie citée par Pottier et Reinach, ilyrina, p. 473, note 5.

3. Michon, BM. de la Société des Antiquaires de France, 1S93, p. 166.

SCCLPTURE GRECQUE. — T. H. 72

570 L'AKT HELLÉNISTIQUE.

le nom de x bas-reliefs hellénistiques » '. Très nombreux dans les collections romaines, ces monuments ont été longtemps considérés comme des imitations plastiques de tableaux alexandrins, jusqu'au jour où M. Schreiber leur a assigné leur véritable place dans l'histoire de l'art'. On est d'accord aujourd'hui pour y voir tantôt des originaux grecs, tantôt des copies romaines de modèles [helléniques. En désignant Alexandrie comme la patrie d'origine du bas-relief pittoresque, M. Schreiber n'a pu invoquer aucun témoignage positif. Toutefois cette hypothèse est fort plausible, et jusqu'ici elle n'a pas été réfutée.

Les bas-reliefs hellénistiques ont un rôle bien déterminé. Conçus comme des tableaux, ils ont une destination purement décorative ; ils concourent à l'ornementation du palais ou de la maison. Peut-être, avant Alexandre, les Grecs connaissaient-ils déjà l'usage de donner aux mu railles ime décoration sculptée , dans certains édifices publics ' ; mais nous ne savons rien qui nous autorise à émettre la même conjecture pour les habitations privées. Sous les successeurs d'Alexandre, le monde grec adopte avec empressement une mode orientale, l'emploi des panneaux sculptés en relief et incrustés dans les murs de l'habitation. Au cours de leurs campagnes en Asie, les officiers d'Alexandre ont vu les dalles d'albâtre couvertes de reliefs , les incrustations de métal qui décoraient les palais perses; et quand les princes grecs édifient à Séleucie, à Antioche, à Alexandrie, de somptueuses résidences, ils empruntent à l'Asie le luxe de ces panneaux décoratifs qui égaient les longues perspectives des portiques, les murs des bibliothèques et des appartements royaux. Nulle part, semble-t-il, cette mode ne fait plus rapidement fortune qu'à Alexandrie.

Ce type nouveau du bas-relief d'appartement exige des sujets moins ambitieux que les thèmes héroïques de la sculpture monumentale. Les sculpteurs alexandrins se tournent résolument vers le répertoire de la

1 . M. Schreiber en a publié toute l.i série dans un beau recueil : Die ffillenisthckeri Itelie/bilder, Leipzig, Engelmann, lî!89-1893.

2. Th. Schreiber, DU Wiener Brunnenreliefs aus Palazzo Grimani, Leipzig, 1888.

3. Cf. Léo Bloch, 0 liechischer Wandschmuck, Munich, 1895, p. 55-57. C'est le rôleque M. Bloch attribue au bas-relief des Péliades, A celui d'Héraclès, Philoctéte et Ulysse, conservé au Musée Torlonia. Mais, comme le remarque M. Bloch, ce ne sont lA que des copies ; des originaux seuls nous révéleraient des particularités permettant de conclure à une destination architecturale.

peinture de clievalet. ÇV\st le moment où, poursuivant l'évolution commencée par les contemporains de Nicias et d'Apelle, la peinture rajeunit la mytliologie en la rapprocliant du genre. C'est aussi celui oii la littérature alexandrine se plaît aux curiosités mythologiques, où, dans leurs élégies, Hermésianax et Callimaque racontent les amours

Fig. 295. — Persée et Andromède. B.is-iflief du Musée du Capitole (Rome).

célèbres de l'antiquité héroïque'. C'est là que les sculpteurs trouveront leur inspiration. Le bel Endymion, endormi sur un rocher, tandis que sou chien annonce par ses aboiements l'arrivée de Séléné ; Paris et Eros, Adonis blessé, Polyphème dans sa grotte, Dédale et Pasiphaé - ; voilà quelques-uns des sujets que traitent les artistes,

1. A. Couat, la Littérature alexandrine, p. SI et suivantes. Cf. Schreiber, Die Wiener Brunnenreliefs, p. 11.

2. Voir Schreiber, Die Helhnistischen Relief bilder , pi. XIII, IX, IV, VIII. Plusieurs de ces grands bas-reliefs sont conservés à Eome, au palais Spada. Cf. Helbig-Toutain, Guide, II, n<" 945 et suivants.

1,7-2 L'ART HELLENISTIQUE.

dans ces grands panneaux sculptés qu'on ajustement appelés «les basreliefs de luxe. » Nous trouvons un excellent échantillon de leur style dans le joli bas-relief du Capitole qui montre Persée délivrant Andromède, et l'aidant avec un geste galant, à descendre du rocher où elle était enchaînée (fig. 295) '. Il y a là une grâce un peu maniérée, une recherche de coquetterie, qui rappellent de bien près les x mythologies » du dix-huitième siècle. Ailleurs ce sont des idylles champêtres, dont les héros sont souvent des Satyres. Celui-ci surprend une Nymphe endormie au pied d'un pin; cet autre, encore adolescent , joue de la flûte à l'ombre d'im arbre, accoudé sur un fût de colonne qui supporte un Priape'. On connaît l'élégant bas-relief du Louvre, où un jeune Satyre se délasse des fatigues de la chasse, et s'amuse à allumer la convoitise d'une panthère familière en lui présentant un lièvre mort'. Quelques-unes de ces compositions sont charmantes d'esprit et de grâce. Mais toutes doivent un caractère très original à la présence d'éléments pittoresques, empruntés le plus souvent à la nature. Cette apparition du paysage dans le bas-relief est tjute une révolution. A l'époque classique, la sculpture ne témoigne aux choses de la nature qu'une indififérence dédaigneuse. La figure humaine règne eu maîtresse dans le bas-relief Tout au plus aperçoit-on çà et là une brève indication destinée à localiser la scène. Un tronc d'arbre aux branches dépouillées suflfit à rappeler le bois d'un sanctuaire ; une légère bordure de rochers éveille l'idée d'une grotte sacrée. Mais ce mince décor ne saurait retenir l'attention. Ici, au contraire, le paysage a conquis sa place. Un des éléments essentiels du décor pittoresque est la masse de rochers qui se découpe sur le fond, ou l'envahit parfois tout entier, offrant ainsi au sculi)teur des combinaisons Ingénieuses pour disposer les figures sur plusieurs plans. C'est un fond de rochers qui figure le recoin plein d'ombre et de fraîcheur où se repose le petit Satyre du Louvre ; une paroi de rochers surplombe la source, où, dans un basrelief du palais Spada, Bellérophou abreuve Pégase fatigué (fig. 29G )'.

1. Schreiber, pi. XII. Cf. Helbig-Toutain, Guide, I, u'^ 401.

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