Schreiber, Bdleniit. lieUefbilder, pi. III
LES BAS-ltELIEFS PITTORESQUES.
Le plus souvent, la végétation vient égayer ces solitudes rocheuses, et des arbres jarofilent sur le fond leurs troncs capricieusement tordus et le fin réseau de leurs branches chargées de feuillage. Ces silhouettes
Fig. '21)0. — Bellérophon abreuvant Pégase. B.-is-ielief (Kouie. Palais Spada).
d'arbres sont sobres, nettes, lancées sur le fond avec dextérité, tantôt à peine indiquées, tantôt splritaellement ressenties, mais toujours détachées avec une légèreté qui exclut toute idée de surcha rge indiscrète. L'architecture joue aussi son rôle. On aperçoit tantôt les lignes pures d'un portique orné de bucrânes, tantôt la svelte colonnade d'un petit
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sanctuaire'. Qu'on ajoute les Lermès rustiques, les Priapes , les guirlandes jetées sur uu bout de rocher, sur un autel, sur un épistyle de temple, avec une profusion qui atteste les progrès croissants de la « guirlaudomanie » alexaudrine, on aura les éléments essentiels du décor pittoresque dans le bas-relief hellénistique. Il est aisé de reconuaitre là le paysage bucolique, celui qui sert de cadre aux scènes de l'idylle grecque, et que nous entrevoyous, esqnissé d'un trait net, dans les épigranimes de V Anthologie, ou dans les pastorales de Théocrite. Toutes proportions gardées, on peut comparer cette évolution du style pittoresque à celle qui, au dix-huitième siècle, introduit le paysage dans la peinture pour encadrer les scènes champêtres et les fêtes galantes. Les Alexandrins traitent le paysage comme une sorte de fond neutre, qui fait valoir la figure humaine, et, sans prétendre ouvrir aux yeux des perspectives lointaines, égaie la scène, la complète, et en précise le caractère.
Le caractère pittoresque s'accuse avec plus de force dans les petits tableaux sculptés, dans les « bas-reliefs de cabinet » réservés à la décoration des appartements intérieurs. Le cadre exigu de la composition oblige les artistes à donner aux fonds plus de profondeur ; il faut exagérer la saillie des premiers plans, souligner les détails, rehausser le modelé par des accents plus ressentis. A voir la précision de l'exécution , on se demande si les originaux des copies romaines n'étaient pas très souvent des bronzes, et ce serait là un argument de plus pour chercher à Alexandrie l'origine de ce style. L'inspiration est aussi plus réaliste. Enfermer dans les limites étroites de ces tableautins des sujets trop ambitieux, serait un contre-sens. Les artistes s'adressent aux sujets familiers, à l'anecdote, aux scènes de genre, répondant ainsi aux curiosités du goût public qu'amuse l'observation précise et réaliste de la vie quotidienne. Dans les « bas-reliefs de cabinet )>, on trouve en effet presque toutes les acceptions du genre, jusqu'au tableau d'intérieur, avec le bas-relief du Latran qui montre un poète devant sa table, chargée de masques et de manuscrits' ; jusqu'à l'anecdote historique, avec le dialogue d'Alexandre et de Diogène au pied des murs de Corinthe. Surtout, comme dans les
1. Ainsi dana le joli bas-reUvf du palais Spada représentant Amphioii et Ztthos. Schreiber, l'iii/., pi. V.