Froehner, yotice, n
n'y a pas là, comme à Athènes, un art qui vit de souvenirs et s'inspire du passé; c'est uu art bien vivant, i^oursuivaut sans arrêts ni défaillances l'évolution hellénistique. Si l'on considère l'histoire générale de la civilisation, le contact immédiat qui s'établit entre Rome et l'Egypte devenue romaine, entraîne des conséquences multiples. Personne n'ignore quelle action exerce Alexandrie sur les mœurs, la religion, la littérature de Rome. Pour en mesurer l'effet dans le domaine de l'art, il nous faudrait dépasser les limites que nous nous sommes assignées, interroger les monuments pompéiens, chercher l'influence alexandrine dans la peinture décorative, dans l'aménagement de la maison romaine, et jusque dans le mobilier. Nous ne nous engagerons pas dans une telle étude; aussi bien les conclusions en sont acquises depuis longtemps '. On sait en effet tout ce qui revient, dans la peinture pompéienne, aux modèles alexandrins. C'est en Egypte qu'il faut chercher l'origine de ce premier style décoratif qu'on a appelé «. le style d'incrustation )>, et qui imite sur le stuc les mosaïques de marbre des palais alexandrins '. Plus tard, lorsqu'apparaît à Rome, vers 80 avant notre ère, un second style décoratif dit « style d'architecture », c'est encore à Alexandrie qu'il a pris naissance. Les peintres qui décorent la maison de Germanicus au Palatin, la maison découverte en 1878 dans le jardin de la Farnésine, la Casa dcl Citarista à Pompéi, reproduisent sur les panneaux des murailles une architecture savante, compliquée, mais réelle, qui est celle des riches demeures helléuistico-égyptiennes. La décoration plastique subit l'influence de ce style pittoresque dont nous avons vu s'épanouir la riche floraison dans les bas-reliefs hellénistiques '. Nous en trouvons uu exemple très digne d'attention dans les bas-reliefs en stuc qui décoraient les voûtes de deux chambres appartenant à la maison de la Farnésine *, et cet exemple est d'autant plus précieux que la maison date
1. Voir Helbig. UnUrsuch. ueber camp. Wundgemaelde. Cf. P. Girard, la Peinture antique, p. 326.
2. Voir Mau, Geschickte der decoratieen Wandmalerei in Pompeji, Berlin, 1882, p. 123.
3. Cf. Sclireiber, Die Wiener Brunnenreliefa. Dans im travail très instructif sur les origines du style a augustéen », M. Wickhoff a proposé de placer à l'époque d'Auguste la majeure partie des baa-rcliefa hellénistiques. (W. von Hartel et Franz Wickhoff, Z)ie Wiener Genesis, Vienne, 1395, p. 23). Il reconnaît d'ailleurs qu'ils appartiennent encore à l'art hellénistique ; mais il y voit l'oeuvre d'artistes grecs, se pliant au go&t romain. M. Schreiber a fait la critique de l'opinion de Wickhoff, Jahrbttch des arch. Tntt., XI, 1891), p. 78.
4. Voir Mon. inediti, Supplemento. (Berlin, 1880-1891, pi. 3l'-36.) Cf. J. Lessing et A. Mau, WanJund Veckentchmuck eines roemiscken I/ames ans der Zeil des Auguslus. Berlin, 1891.
1/ALEXANDRINISME.
de l'époque d'Auguste. Il y a là, encadrés dans un décor ornemental très élégant, des [)etits tableaux en relief finement traités, et qui ont toute la saveur du goût hellénistique. Des taureaux au pâturage, des paysages avec leurs architectures de villas, de tours, de sanctuaires; des scènes bachiques, des scènes de genre, comme celle des joueurs de iiwrra ', des sacrifices rustiques, des femmes ornant de guirlandes le socle d'un hernies priapique, tout cela évoque le souvenir des bas-re-
].:,, ;;5.. >.u-uù„: n.-t:.,»-. i;,.-,.,h... ■ „ -tue. p,ov™,,:,: d. h, m.u^-n ...„:.u,.. tkcouvene dans le jiudin de la Fariiésine (Rome. Musée des Theruie»).
liefs alexandrins. La qualité du style traliit une main grecque. Dans le petit tableau que nous reproduisons ici (fig. 350), ou reconnaît facilement le modelé net et précis, laccent spirituel qui caractérisent les « bas-reliefs de cabinet » si appréciés par les Romains. Les stucs de la maison de la Farnésine nous donnent une idée très exacte de ce qu'on ajustement appelé '< le style Empire alexandrin )\
Une autre preuve du prestige dont jouit à Rome l'art gréco-égyptien, c'est l'engouement avec lequel les amateurs romains recherchent les œuvres des orfèvres alexandrins. Déjà, au temps de Cicéron, c'est un luxe de posséder quelques-unes de ces belles pièces d'argenterie,
]. Nous avons publié ce fragment, Gaz. arch., 1885, pi. 10. SCOLPTCRE GRECQUE. — T. II.
fi8-2 I.AlîT (iREC A ROME.
artisteiTient ciselées, qui, sous l'Empire, fout l'orgueil des collectionneurs'. On n'a pas encore, croyons-nous, réfuté la théorie qui désigne Alexandrie comme le principal centre où se fabriquent, vers la fin de la Képulilique, ces chefs-d'œuvre de toreutique '. Parmi les vases trouvés à Bernay et à Hildesheim, plusieurs trahissent le goût alexandrin; leur décoration fleurie, leurs sujets en relief. Centaures et Centauresses, Amours rieurs et lutins, Satyres et Bacchantes, tout cela relève de l'art subtil et raffiné qui s'est développé dans la capitale des Ptolémées. La thèse brillamment soutenue par M. Th. Schreiber trouve une confirmation nouvelle, grâce à la découverte du trésor de Bosco Keale ^ Les deux gobelets aux squelettes, où l'artiste a mis en scène, dans une réunion macabre, des poètes et des philosophes de la Grèce, (( nous ramènent vers cette cité littéraire et sceptique, devenue, depuis les Ptolémées, le foyer le plus actif de la vie hellénique' )'. Les vases décorés de cigognes révèlent l'esprit observateur et humoristique des Alexandrins. La patère devenue si vite célèbre, qui est ornée d'un emhlema en relief représentant Alexandrie, personnifiée sous les traits d'une femme, a comme son certificat d'origine (fig. 357). N'est-ce pas une conception purement gréco-égyptienne que cette figure allégorique, coiffée de la dépouille d'un éléphant, tenant d'une main l'uraeus, de l'autre la corne d'abondance surmontée du croissant d'Isis, et entourée d'emblèmes où l'on remarque le sistre d'Isis et l'épi de blé, symbole de la fertilité du sol égyptien? Enfoui dans une cachette au moment de l'éruption du Vésuve, en l'année 79 de notre ère, le trésor de Bosco Reale nous permet d'établir des synchronismes très précieux. C'est vers la fin de la République ou au début de l'Empire que des orfèvres alexandrins ont ciselé ces pièces de maîtrise ; et s'il eu est dans le nombre qui semblent trahir un travail romain, elles gardent encore le reflet direct de l'art hellénistique.