‹ Histoire de la sculpture grecqueChapitre 368 sur 380 · Héron de Villefosse, Comptes rendus, 1895, p. 58G · texte numérisé non relu

Héron de Villefosse, Comptes rendus, 1895, p. 58G

LALEXANDRINISME.

Il est plus dilHcile de l'aire la part de l'alexaiidriiiisnie dans la sculpture, au dernier siècle de notre ère. Toutefois les él(''inents ne font pas absolument défaut. Il est permis d'attribuer une origine alexandrine aux niodMes que suivent les sculpteurs des fnhles iliaques, ces ta-

Fig. 357. — Patùre d'argent avec le Ijuste d'AIexaudiie (Trésor de Bo5CO Keale. Louvre).

bleaux où sont reproduites en reliefs des scènes de la légende homérique, et qui, sous l'Empire, servent comme de niauuels illustrés à l'usage des lettrés et des écoliers '. L'analogie que présentent parfois les sujets des tables iliaques avec ceux des sarcophages et des peintures murales , permet de conclure à des originaux communs ; et l'on peut revendiquer pour Alexandrie l'origine de ces compositions , ins-

1. Voir Otto Jahn, Griech. Bilderchroiiikeii,et Briining, Jahrbvxh desarch. Inst.,lX, 1891, p. 1.16 et suivantes.

pirées par les études érudites dont le Musée des Ptolémées est le centre. L'alexandrinisme s'insinue jusque dans les productions des néo-attiques. Ceux-ci abandonnent parfois leur style conventionnel, leurs motifs archaïsants , pour chercher dans la sculpture hellénistique les sujets de leur répertoire. M. Hauser a donné de bonnes raisons pour reconnaître des imitations d'oeuvres alexandrines dans une série de vases en marbre, dont le type le plus connu est le cratère Borghèse, appartenant au musée du Louvre (fig. 358)'. Dionysos appuyé sur une Méuade qui joue de la lyre, des Silènes ivres, des Ménades et des Satyres entraînés dans une bruyante bacchanale, voilà un sujet qui nous ramène aux compositions hellénistiques ; et l'absence totale de figures archaïques dans cette série de monuments, la ressemblance de certains motifs avec ceux que traitent les toreuticiens d'Alexandrie, semblent indiquer que les néo-attiques tournent parfois les yeux vers des modèles venus de l'Egypte ptolémaïque.

Dans la st atuaire proprement dite, nous pouvons également relever des traces de l'influence alexandrine. Ou le sait déjà, la statue du Nil, au Vatican, est une copie d'un original gréco-égyptien, exécutée vers le début de l'Empire pour un sanctuaire d'Isis. Le Louvre possède la statue qui en formait le pendant, celle du Tibre. Sans avoir la même valeur d'art, la statue du Tibre n'en est pas moins un témoignage intéressant de l'attention que prête l'art gréco-romain aux œuvres alexandrines : c'est d'une allégorie égyptienne que dérive le type du grand fleuve romain. Nous placerions encore vers l'époque d'Auguste la jolie statue du Capitole, trouvée en 1874 sur l'Esquilin, et qui garde comme ime saveur d'alexandriuisme (fig. 359)'. On ne sait au juste ce que représente cette jeune baigneuse, debout près d'un vase à parfums, ajustant autour de sa tête le bandeau d'étoffe qui serre sa chevelure. Est-ce, comme on l'a supposé, une dévote d'Isis, se préparant à accomplir le rite de la lustration? L'interprétation est fort plausible, sinon décisive. Tout au moins la forme du vase, l'uraeus qui l'entoure, nous ramènent vers l'Egypte, et le naturalisme du style, nettement accusé,

1. Froehucr, Notice, n" 235; Hausur, Die neu-attUchen Reliefs, p. 84 n» 1, et page 136, pour les r.-ipprocliements avec le style alexandrin.'

2. Helbig-Toutain, GuiJr, I, n» CiM. Cl. Ballett. dtlln Commisaiane arch. municijiale, 1875. III. p. III- V. et 1890: XVIII, pi. lU-IV.

LALEXANDRINISME. ,;&■,

s'accorde bien avec le goût d'observation précise qui est un des traits distinctifs de l'art alexandrin.

Il faut bien le reconnaître : déterminer avec rigueur ce qu'il y a de proi)reniont alexandrin dans la plastique gréco-romaine à la veille de

Fig. 358. — Le vase Borghése (Musée du Louvre).

l'Empire ; distinguer, dans le grand courant hellénistique, les influences qui ont l'Egypte pour point de départ, c'est là une tâche malaisée, en l'état actuel de nos connaissances. Il nous manque l'essentiel, à savoir des noms d'artistes et des œuvres signées. Et pourtant ou a peine à croire que parmi les artistes d'origines très diverses établis à Rome

LARÏ GREC A HOME.

avant l'avènement d'Auguste, l'hellénisme alexandrin n'ait pas eu ses représentants. Il est au moins un de ces artistes que la nature de ses

œuvres nous engage à désigner comme tel; c'est Arcésilas, le contemporain de Pasitélès, et qui rivalise avec lui de réputation '.

Comme Pasitélès il mérite les éloges de Varron; comme lui, il est renommé pour son habileté de modeleur ; mais il semble s'orienter plus résolument que lui dans la direction de l'art hellénistique. 8a patrie est inconnue, et ce que nous savons de sa vie se réduit à peu de chose. 11 est un des familiers de L. Lucullus, qui en 88-87 réside à Athènes comme proquesteur, et meurt vers 55.

Il reste attaché à sa famille, car Lucullus le jeune lui commande une statue de la Félicité, pour un prix très élevé ; mais la mort de l'artiste et celle de sou protecteur surviennent avant l'achèvement de l'œuvre'. En 47, Arcésilas travaille pour César. Dans la nuit qui précéda la bataille de l'harsale. César avait fait vœu d"élever sur le Forum un temple à Vénus. Arcésilas fut chargé d'exécuter en marbre la statue de culte. La dédicace du temple i\ Venus

Fig. 3J9. — Suiue l'ciuiniDe, trouvée sur l'Esquilin (Rome. Palais des Conservateurs).

1. Voir, sur Arcésilas, L. von Urlichs, AiiesUaos, 19"' Proi/iamm :«)• StiJ'lungsfeier lies Wayiier'schen Kumt-InsliUUi, Wurzbourg, 1S87. Waldstcin, American Journal nf Archoeotogy, 1887, 1. M. Hauscr a déjà proposé de rattacher Arcésilas au groupe alexandrin. Die neu-alt. Reliefs, p. 188.

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