Plutarque, i>e J'i/thlac oiaculis
3. Ucuzey, dans Catapanos, Dodone et sta ruiiits, p. il" cf. Lâchât, Bull, de cunesj). helUn., XV, ISl'l , p. '174 et (suivantes.
LA SCl'LPTURE HORS DE I/ATTIQrE. Ki?
nous devons signaler ici un des ])rincipaux artistes (jui représentent l'école argienne au quatrième siècle, Polyclète le jeune, élève de Naucydès. On admet généralement que le maître et l'élève étaient rattachés par des liens de parenté, et que Polyclète le jeune était le frère cadet de Naucydès et de Daidalos '. Nous n'avons pas à nous attarder à des discussions de textes. Ce qui est certain, c'est que la période d'activité de Polyclète le jeune appartient bien au quatrième siècle, et qu'il faut lui restituer plusieurs œuvres attribuées mal à pro[)osi\s()n illustre homonyme. Il est l'auteur du groupe du mont Lycone, représentant Apollon, Artémis et Latone ; il peut encore revendiquer le Zeus Meilichios, l'Hécate d'Argos et de nombreuses statues d'athlètes : celles de Pythoclès d'Aléa -, d'Antipatros, vainqueur en 388, d'Agénor, d'Aristion d'Epidaure ^, de Thersilochos '. Ses débuts se placent avant 370, et s'il faut en croire le témoignage d'une inscription trouvée à Thèbes, il serait encore en activité vers 335, alors que Lysippe commence lui-même sa carrière ''. Polyclète mérite d'ailleurs plus qu'une courte mention. Aussi renommé comme architecte que comme scul})teur, il construit à Epidaure le théâtre qui subsiste encore aujourd'hui, et l'édifice circulaire appelé la Tholos qui abritait une source sacrée ''.
1. Cette filiation est fondée sur nn passage de Pausanias, très controversé, II, 22, 7. to |ji£v floXOx),£iTo; èiioÎï;i7£, t6 8a àSsî.çô; IIoJ.uy.XsÎTou (?) Na\jx05ri; MôOwvo;. Voir, pour la chronologie, Foncart, Rev. arch., 1875, p. 110. Loeschcke, Arch. Zeitung, 1878, p. 10 suiv. Loewy, Inschr. griech. Bildli., p. 72-74. C. Robert, Arch. Maerchen, p. 98 et suivantes.
2. Iioewy, ouvr. ci(e, n" 91. Une copie de l'inscription de Pythoclès a été retrouvée à Piome. (^Bulkl. comunale, 181)1, p. 280, pi. X. 1.) La statue avait été sans doute apportée à Rome et la base laissée à Olympie. L'étude de la base a permis de reconnaître que la statue ]ios!iit sur la jambe droite. M Furtwaengler propose de voir une copie de cette œuvre dans une statue d'athlète du Vatican (Helbig-Toutain, Guide, I, p. 27) très voisine du type du Doryphore. Meisterwerke, p. 473-174, fig. 81.
3. La base de la statue d'Aristion est reproduite par Furtwaengler, ouvr. cifé, p. 503, fig. 90. L'auteur remarque très justement que la statue était conçue suivant l'ancien canon argien, les deux pieds posant sur le sol. C'est l'attitude de PHermès de la collection Lansdowne (ibid., p. 504, fig. 91).
4. M. Kroker a dressé la liste des œuvres qui peuvent être attribuées -X Polyclète le jeune : Gîctchnamiffe griech. Kiinsthr, p. 17.
5. Loewy, Inschr. griech. Bildh., n" 93. Inscription de la statue de Timoclès, par Polyclète, et de celle de Korreidas, par Lysippe. Il faut remarquer, avec il. Brunn, que les deux œuvres ne sont pas nécessairement contemporaines {.^itziingsti. der bayer, .itad., 18iS0, p. 4(J5).
6. Le théâtre et la Tholos sont désignés par Pausanias comme étant l'œuvre de Polyclète (II, 27). Jlais depuis les fouilles d'Epidaure, il n'est plus possible de les attribuer à Polyclète l'ancien, avec M. Brunn (^Clesrh. der griech. Kuastkr, I, p. 152). M. Foucart a démontré que la construction de La Tholos a suivi de près celle du temple d'Asclépios, élevé vers 375. (^Biill. de corr. hellén.-XIV. 1890, p. 587-59I.)
Les fouilles de M. Cawadias à Epidaure nous ont fait connaître les substi'uctious de l'édifice, l'amunagement si ingénieux des conduits concentriques où l'eau se maintenait sans cesse au même niveau '. Il appartient aux historiens de l'architecture grecque d'apprécier, avec des documents précis, la science technique et les mérites d'invention du maître argieu. Mais les admirables chapiteaux de la Tholos sont aussi son œuvre, et là nous retrouvons l'artiste. On sent la main du sculpteur dans ces chapiteaux corinthiens si élégamment refouillés, avec leurs volutes d'un accent si ferme, et leur sobre décoration de feuilles d'acanthe '. L'édifice appartient encore à la première moitié du quatrième siècle, et nous voyons l'ordre corinthien s'y épanouir dans sa pureté première, sans excès, sans surcharge indiscrète.
Tout en attestant la fécondité de l'école argienue, les textes ne signalent, parmi les élèves et les successeurs de Polyclète, aucun de ces maîtres qui font prévaloir de nouvelles formes d'art. On reste dans la vérité en les rattachant plus ou moins directement à la tradition du grand maître. Pourtant, si attachée qu'elle soit à sa doctrine, cette école échappe-t-elleà la loi du mouvement? Non, sans doute, et il serait trop absolu de l'enfermer étroitement dans la formule polyclétéeune. Pour mesurer la portée de cette évolution, nous devons interroger les monuments où nous croj'ons retrouver le style de la jeune école argienne.
On peut prendre comme point de départ la belle tête en marbre de Héra trouvée dans les fouilles de FHéraion (fig. 82) \ Exécutée dans les dernières années du cinquième siècle, elle a encore toute la saveur du style polyclétéen. Le front petite la bouche entr'ouverte, l'ovale régulier du visage, le modelé simple de la chevelure nous remettent en mémoire la tête Farnèse où nous avons recoumi une copie de la Héra do Polyclète. L'influence du maître règne encore ici sans partage.
1. Cavvadias, les Fouilles d! Epidaure, I, p. 13, pi. IV et V, et la restauration de Hérold, Antike Denlmaeler,!!, pi. 2-5. On consultera surtout la belle restauration publiée par MM. Defrasse et Lecliat. Kpidaure, Restauration et description des principaux monumenlt du sanctuaire d'Asclépios, Paris, 1895. (Chap. IV, p. 95.)
2. Cawadias, fc» Fouilles d'Épidaure,!, pl.X. Defrasse et Léchât, Epidaure, p. 115.
3. Waldstein, Excaralions at the Heraion of Argos, pi. V, VI, p. 8. Overbeck, Berichie der sâclis. Cesclhch. der Wissensch., 18'J3. M. Furtwaengler la considère comme une reuvre attiqne (Arch. Sluàieii //. lirunn dargebracht, p. 8!i). Mais je crois que M. Waldstein a raison d'y voir une œuvre de style argion, American Journal of arcliaeoloffi/, IX, 1804, p. 331, 339.
LA SCULPTlîRK IlOltS DE I/ATTIQUE. 109
Elle apparaît encore, très persistante, quoique altérée graduelleiueut par des iriHueuces nouvelles, dans une série de statues d'athlètes où l'on reconnaît sans peine les types familiers à l'école argienne. Nous clioisirons quelques exenqjles, sans prétendre dresser une liste coini.lète des statues éparses dans nos musées, qui pourraient trouver leur place ici. A Delphes et à Olympie, les Romains avaient l'ait leur choix parmi les bronzes argieus de l'école de Polyclète ; nous le voyons bien par les bases privées de leurs statues qui ont été retrouvées à Olympie. La belle tête de bronze trouvée à Bénévent et acquise en 1870 par le musée du Louvre a sans doute cette origine. Cette tête, que nous sommes heureux de pouvoir reproduire d'après un dessin d'un sculpteur éminent, M. l'uech, est une (euvre de pur style grec; la couronne d'olivier sauvage {IvtiiKHi ) dont est ceinte la tête du jeune athlète
semble indiquer un vainqueur d'Olympie (PI. I) '. Veut-ou ajtprécier connnent un même type se modifie dans l'école de Polyclète? On coml)arera la tête du Louvre à celle de l'éphèbe du British Muséum où nous avons reconnu une oeuvre de Polyclète lui-même -, et à celle de la belle statue de Dresde qui lui est étroitement apparentée "
1. E. ilichon, Fondation Plot, MommaUs et mcmoire), p. 77-81, pi. X-XI. Cf. Brunn, Daikiiiachr ijr. mcm. Scidpt., n» 321.
l. T. I, p. 4'JO, fig. Ta'a. Cf . Fnrtwaeugler, MeisterwerL-c, p. -1.53.
3. Meisterwerh', pi. XXVI-XXVII, et page 475, note 3 pour la bibliogra)iliie. JI. Fmtwaeugler la l'aBge parmi les œuvres de Polyclète.
SCULPTURE QKECQDE. — T. IJ. -2
Fig.
Tête de Héra. provenaut de l'Héraiou d'Argos.
L'INFLUENCE DES fJIîANDS MAITRES.
(fig. 84) '. Dans la statue de Londres connue dans celle de Dresde, le type sévère du visage rappelle le Dor^-phore ; les cheveux, détaillés soigneusement, sont néanmoins comme plaqués contre le crâne. La tête du Louvre offre au contraire un arrangement plus libre dans la coiffure ; le désordre des boucles qui foisonnent sur le front atteste déjà une certaine recherche de la forme pittoresque; et cependant le visage , construit d'après les principes de l'école, atteste la persistance de la tradition polyclétéenue.
L'attitude chère à Polyclète, le corps portant sur une jambe, tandis que l'autre est ployée et un peu traînante, se retrouve dans un certain nombre de statues, comme l'atlilète vainqueur du Louvre, les statues de Pan conservées à Leyde et à Saint-Pétersbourg ■. Peut-être avons-nous là des copies ou des adaptations romaines d'œuvres argienues. Mais les sculpteurs de la jeune école semblent chercher parfois des attitudes moins simples, des mouvements moins connus. Tel est le cas pour une statue très souvent copiée, et dont le Louvre possède la réplique la plus complète, trouvée en Egypte (tig. 83)'. Un jeune garçon, pour lequel il n'y a aucune raison de projtoser un nom mythologique, est représenté au
Fig. i^'i. — Statue d'iiphébe, trouvée , . , , .
eu Egypte. (Musée du Louvre.) TCpOS ; la maUl gaUche S appUlC SUr UU Clppe,
1. Il fiiut luppiocher la tcte de Bénévcnt iVuue statue de l'Helenenbei-jr iVienue (1!. vou Schneid. i . Die Erzstutue rom Ildenenberije, dans le Jahrluch dcr Kuiisllilsl. Sauimluiiyeii i/w AUerhiichsten Kui.'i i Muses, XV, 18n4.)
2. Statue du Louvre, Clame, 270,2186. Furtwaengler, .l/eis/ciirer^c^ p. -loO, fig. IJT. Statues de St-Pétci-sbourg cl de Leyde, i6i<i.. p. 170, fig. 82 ; 181, fig. 83.
3. E. Mielion, Mon. et Mémoires, p. 115, pi. XVII. Les autres répliques connues, eu particulier celle de Berlin, sont énnmérées par Furtwaengler, Meistcrwerie, p. 483, note 3, etc. L'auteur propose de substituer au nom de Narcisse, souvent donné ù cette figure, celui d'Adonis.
LA SCULPTUIiK IlOItS DE I/ATTIQUE. 171
et ce geste, ([iii fait saillir l'épaule, (léteriiiiiie ])()ur le torse un mouvement plus compliqué, plus imprévu que dans les figures simplement debout. Comme le ty]w du visage est conforme à celui des statues argiennes, nous avons sans doute là une œuvre composée par un maître de la jeune école, contemporain de Patroclès et de Poh'clète le jeune.
En énumérant quelques-unes des œuvres qui peuvent nous doimer une idée du stjde des successeurs de Polj'clète, nous avons franchi et au delà les limites du quatrième siècle. 11 le fallait, pour montrer l'unité de l'école. Mais cette unité, on l'a vu, se concilie avec une évolution manifeste. Surprenons-nous là la preuve d'un contact de plus en plus étroit avec l'Attique? Nous le croyons volontiers. De même qu'au temps de Praxitèle et de Scopas nous verrons les Attiques s'inspirer parfois de l'art péloponnésien, de même celui-ci n'est pas resté fermé aux influences venues d'Athènes. A la date où nous sommes arrivés, il serait chimérique de prétendre enfermer dans un cercle étroit et impénétrable l'activité des grandes écoles grecques.
Fig. 8t. — Tète d'une statue de jenue homme. (MusOe de Dresde.)
— Fragment de la corniche du portique extérieui' de la Tholos, à Epidaiire,