Pline, iVo^ hisl
1«4 LE QUATIlIKilE SIÈCLE.
n'est qu'une variante de la mOnie donnée, reprise par Praxitèle dans le gronpe célèbre de l'Héraion d'OIynipie, et développée plus tard encore par l'art hellénistique. Au début de cette longue série, c'est bien l'œuvre de Kéi>hisodote que nous rencontrons, et nous sommes tenté de lui attribuer la première expression d'une formule d'art qui traversera tout l'hellénisme, et lui survivra dans les allégories romaines, comme celle de la Fécondité.
Nous ne savons à quelle date placer une autre statue renommée du maître attique, «. l'orateur parlant, une main cachée sous le manteau )> '. C'était un portrait, dont on ne connaissait plus l'original, au temps de Pline. En revanche , on assigne sans peine à la période de sa maturité les statues exécutées pour Mégalopolis ; elles sont postérieures à 370, année où la ville fut fondée. En collaboration avec un maître peu connu, Xénophon, Képhisodote avait sculpté un groupe de marbre pentélique, Zeus Soter assis entre Artémis Soteira et la ville de Mégalopolis. Là encore, nous voyons apparaître un motif allégorique, une personnification de ville, qui fait pressentir un sujet très familier à l'art grec sous les successeurs d'Alexandre.
On le voit : sans avoir droit au titre de chef d'école, Képhisodote n'en occupe pas moins une place importante parmi les précurseurs du (juatrième siècle. Par le style, il est conservateur et respectueux dn passé; par la nature des sujets qu'il traite, par le sentiment qu'il y introduit, il compte déjà parmi les interprètes de l'esprit nouveau. Son œuvre nous fait bien comprendre par quelle iiliation son glorieux disciple, son fils Praxitèle, se rattache à la grande tradition attique, dont il renouvelle le caractère, sans rompre brusqxxement avec elle.
Entre Képhisodote et son contemporain, Démétrios, du dème d'Alopéké, le contraste est frappant -. l^après le témoignage des textes, celui-ci nous apparaît comme un réaliste déterminé, exerçant surtout dans le genre du portrait ses dons d'observation exacte et précise, et
1. <t Fecit et contionantem manu elata, persona in incertoest ». Pline, Xat. Ilist., 31, 87. M. Klein a démontré qn'il fant lire « manu velata ». Eranos Vindobonemis, p. 412.
2. La principale période d'activité de Démétrios pai-aît devoir se placer après la guerre du Péloponnè.se, dans les premières années du quatrième siè-cle. Voir Loewy, liischr.griech. Bild/iaHer,\i. 60, n'^GÎ- 64, oii sont reproduite» les signatures de Démétrios. Une nouvelle inscription, avec la signature A/iiir,- •tpi[o; è;tcit»i<jEv] a été trouvée dans des fouilles de l'Acropole. Wo-/. ItWioi, 1889, p. 210.
L'ÉPOQUE DE TUANSITInX. ^r,
se plaisant à traduire a\ec une sorte de brutalité toutes les délbnuatious du type individuel '. Lucien, qui paraît goûter beaucoup ses iL'Uvres, le caractérise d'un mot : c'est x un faiseur d'hommes » (àvOpw- -otoÎo-:). Comme celles de Dédale, ajoute-t-il plaisamment, ses statues s'élancent de leurs bases, et il décrit avec complaisance le portrait du stratège corinthien Pélichos : " 11 a le ventre proéminent, la tête chauve; il est à moitié nu; le vent agite les poils rares de sa barbe; ses veines sont saillantes; on dirait d'un liomnie en vie". » Voilà liien la conception réaliste du portrait, aussi rapprochée de la vérité qu'on pourrait la comprendre de nos jours ; la voie est ouverte aux maîtres plus jeunes, comme Silanion, qui s'y engageront avec ardeur. Le sculpteur d'Alopéké avait sans doute traité dans le même esprit deux de ses statues-portraits les plus renommées : celle de Simon, qui avait exercé les fonctions d'iiipparque en 424/3, et écrit un traité sur l'équitation ' ; celle de la vieille prêtresse d'Athéna, Lysimaché, qui avait exercé ce sacerdoce pendant soixante-quatre ans '. Quant à la statue d'Athéna Myctica (ou 3Iystica), dont le Gorgonéion était orné de serpents qui vibraient au son de la cithare, elle faisait sans doute honneur à sou habileté de ciseleur.
A côté de ces artistes à la physionomie si accusée, d'autres, Xéuophou, Eukleidès, Olympiosthénès, jouent un rôle effacé. Nous devons cependant signaler un sculpteur qui appartient à cette période, et en qui l'on doit reconnaître non pas, comme on l'a cru longtemps, un élève de Phidias, mais un imitateur attardé du maître athénien; nous voulons jiarler de Thrasymédès de Paros, fils d'Arginotos. Son œuvre capitale est la statue chryséléphantiue d'Asclépios exécutée pour le temple du dieu, à E[»idaure; si l'on songe que l'édifice a été construit au quatrième siècle, entre les années 380 et 375, il n'y a aucune raison de le classer parmi les élèves directs de Phidias '•'. Ce
1. Qitintilien lui reproche mi excès de vérité : x Nimiiisinea (veritate) rcpreheuditur », hist.onil., XII, 10,9.