Furtwaengler, Meisterwerhe, p. 546, note
Fig, 134. — La B YéaoB d'Atlea. » (Mnsée dn Louvi'e.)
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du musée d'Athènes, trouvé dans le voisinage du théâtre de Dionysos ', nous offre une copie d'un original évidemment très célèbre, car c'est le même qui a inspiré la belle statue du Louvre connue sous le nom de « Vénus d'Arles » (fîg. 134) ^, et il est fort séduisant d'y reconnaître l'Aphrodite de Thespies. Trouvée en 1651 dans les ruines du théâtre" d'Arles, la statue du Louvre a été restaurée par le sculpteur Girardon qui a placé dans la main gauche un miroir, dansla droite une pomme. Il faut sans doute corriger le geste de la main droite, et la rapprocher de la tête, comme si la déesse venait de terminer l'arrangement de sa coiffure, et donnait à son miroir un dernier coup d'œil. On a depuis longtemps reconnu dans la Vénus d'Arles une oeuvre de style prasitélien. Malgré le faire un peu sec des dr.aperies, et les formes grêles de la poitrine, dont le copiste paraît avoir exagéré le caractère juvénile, c'est une réplique fort soignée, datant des premiers temps de l'Empire. Le visage, incliné vers le miroir, a une expression charmante de coquetterie grave, et la chevelure, serrée par le double tour d'une bandelette, offre la disposition élégante et simple que nous retrouverons dans l'Aphrodite de Cnide (fîg. 135). Si, comme il est permis de ie croire, la Véuus d'Arles nous conserve l'image de l'Aphrodite thespienne, elle nous montre en même temps un type nouveau dont l'importance historique est considérable, celui de la déesse à demi dévoilée, resté étranger à l'art du cinquième siècle. Reportons-nous, en effet, à l'Aphrodite d'Alcamènes : seuls l'épaule et le sein droits sont discrètement découverts, comme si l'artiste n'osait pas encore dégager des vêtements la nudité du torse. Plus audacieux, moins religieux aussi, l'art du quatrième siècle développe un motif qui atitorise le dévoilement graduel, celui d'Aphrodite à sa toilette, et la Vénus d'Arles marque, pour ainsi dire, une des phases de l'évolution qui conduit au dévoilement total. Praxitèle est-il l'auteur de cette innovation? At-il été précédé dans cette voie par Scopas, dont nous connaissons par les textes une Aphrodite nue ' ? Il est bien difficile de trancher la ques-
1. Eruim, Senhnaeki; n" 300 A. CaTvadias, Catiito^'ie, D" 327.
3. Froehnei-, iVoiice de la sculpt. ont., n° 137. Brann, Deniaaaeler, a" 396. L'identifieatioa de la Vénus d'Arles avec rAphrodite de Thespiea a été proposée pai' M. Furtwaengler, Miisteiverlx, p. 547.
S. M. Furtwaeaglec attribue à, Boopas rinïentioD dn type de la Vénus de Capoue, è, demi dévoilée et dont Tattitude rappelle celle de la Vénae de Milo. MeisUi^-l-e, p. 628 et saiTantes.
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tioii. Ce qui est certain, c'est que cette conception se manifeste dans l'art au temps de Praxitèle, et qu'elle fait une rapide fortune. Une statue dn British Muséum, trouvée à Ostie', est comme une variante de la Vénus d'Arles, et appartient à l'école de Praxitèle, à moins qu'elle ne reproduise une des Âphrodites du maître signalées par les textes. Quel qu'eu soit l'inventeur, le type de l'Aphrodite demi-nue est bien une création de la première moitié du quatrième siècle; représenter la déesse occupée à sa toilette, y trouver l'occasion de dévoiler av£c une hardiesse croissante les formes du corps féminin, telle est l'idée qui lui donne naissance, et il suffira à Praxitèle d'en tirer toutes les conséquences pour créer ud peu plus tard le type de la Cuidienne.
Du portraitdePhryué qui complétait l'exvoto de Thespies, nous ne savons rien, sinon qu'il était en marbre,
et qu'on le voyait dans le temple d'Eros. Les textes sont plus explicites sur un autre portrait de la courtisane thespienne, exécuté par Praxitèle, et consacré à Delphes par le modèle à titre d'ex-voto. C'était un bronze doré, et sur la colonne en marbre qui le supportait on lisait la dédicace suivante « Phryné, fille d'ÉpikIès, Thespienne^ o. Au temps de Plu-
1 . Spécimens 0/ ancient Seulptare, I, pi. 41. M. Furtwaeûgler propose d'y recoiinaiti'c le porttajt de Plnyné, ce qui semble uue hypothèse bien hardie. Meistennerlce, p. 550, iig. 103,
2, Overbeofe, Sckrijïqiiellea, u« 13S9-1277.
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tarque, les visiteurs de Delphes regardaient curieusement ce portrait, placé entre deux autres, celui, du roi de Sparte Arehidamos, et celui de Philippe de Macédoine. On dissertait sur le mot du philosophe cynique Cratès, déclarant que c'était là un trophée de t'intempérance des Grecs. Plus sceptique, un des interlocuteurs que Plutarque met en scène, en tire une leçon de morale. « Cratès s'indignait contre Praxitèle du présent qu'il avait (ait à sa midtresse; mais ne devonsnous pas plutôt le louer d'avoir placé la courtisane dorée près de ces rois d'or? Il avilissait ainsi la richesse, et montrait qu'elle n'avait rien d'admirable ni de respectable' ».
D'autres œuvres, sans doute, appartiennent à la même période. Mais prétendre les désigner à coup sûr serait tout à fait chimérique. Il nous suffira d'avoir groupé, avec quelque certitude, des œuvres datées, pour aborder ensuite l'étude de la période où se placent les productions de la pleine maturité.
^ i. — LES ŒUVEES DE LA MATUKITÉ ET L'HERMÈS D'OLTMPIB.
Le mouvement d'art qui attire en Asie Mineure Scopas et ses collaborateurs provoque-t-il également un voyage de Praxitèle dans les villes grecques d'Asie? Nous avons déjà cité l'autel de marbre exécuté pour l'Artémisiou d'Ephèse , après l'incendie de 356. Le maître athénien travaille donc à Ephèse. Nous savons d'ailleurs que plusieurs de ses œuvres célèbres se trouvaient dans des villes d'Asie Mineure, comme Cnide et Parion, ou dans des îles voisines, comme Cos. Rien n'empêche de croire que Praxitèle ait séjourné en Asie Mineure.
On connaît déjà l'anecdote racontée par Pline au sujet de l'Aphrodite de Cos et de la Cnidienne; les deux statues, mises en vente simultanément, ont été exécutées à la même époque, et comme Phryné, suivant certains témoignages, avait posé pour la statue de Cnide ^, elles ne peuvent être de beaucoup postérieures à 360. De l'Aphrodite
! . Plutarque, De Pythiat oraevlis, 15.
2. Atliénée, XIII, p. 690. U'après Ciément d'Alexandrie (PrMrejpt., 53), le modèle aurait été la cohl--
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PRAXITELE. 273
de Cos, on sait seulement qu'elle était drapée, sans qu'il soit possible de l'identifier avec une réplique conservée'. La grande célébrité de l'Aphrodite de Cnide, où l'antiquité reconnaissait le chef-d'œuvre de Praxitèle (tûv npa^iTEÎ^ou; TOi-AftaTovra xi'XXinTov) *, nous a valu des renseignements plus précis. La statue, en marbre, était placée dans un petit temple ouvert de tous côtés, où l'on pouvait l'admirer sous tous ses aspects; et combien de visiteurs faisaient, tout exprès, le voyage de Cnide! Si l'on se reporte aux propos qu'échangent, dans le Dialogue des Amours attribué à Lucien, les deux interlocuteurs, tous n'y venaient pas en dévots pèlerins; mais, en vrais Grecs, tous écoutaient les belles histoires des exégètes. Ils apprenaient comment Nicomède, roi de Bithynie, avait offert aux Cnidiens de payer leur dette publique, s'ils consentaient à lui céder la statue, ou comment l'oeuvre de Praxitèle avait provoqué de folles et criminelles passions. Elle avait fait naître toute une littérature d'épigrammes, dont voici un échantillon. « Cjthérée vint sur les flots de Paphos à Cnide, voulant contempler sa propre image. Après l'avoir bien examinée dans son sanctuaire : Où. Praxitèle a-t-il pu me voir nue, s'écria-t-elle? Praxitèle n'a pas vu ce qu'il n'est pas permis de voir ; c'est le fer d'Ares qui a sculpté la déesse de Paphos telle que l'aima le dieu de la guerre \ » Longtemps la statue reçut les hommages des poètes et charma les regards des dilettantes ; c'est à la fin du cinquième siècle de notre ère qu'elle périt dans un incendie, à Constantinople •, elle s'y trouvait depuis un siècle, dans le palais de Lausus.
Les écrivains grecs la louent plutôt qu'ils ne la décrivent. Seules,
1. L'Aphrodite de Cos a été identifiée par Gei'hard, Brizio et Ernest Cnrtius arec la Venus ffeniti-ix du Louvre, où noua aTona reoonnn l'Aphrodite des Jardins d'Ahiamènea. Noua arons déjà signalé la théorie de M. S. Beinach, qui admet que le motif original a été créé pat Aloamènes et repris par Praiitéle dans la statue de CoB.(Gaî.araS., Z8S7. Cf . de Witte, Sas. arch., 1885, p. 91). Mais le fait que ce tjpe est traité par les coroplastes de Myrina (^La Néaropole de Myrina, pi. VIII, p. 309-SIÔ), en même temps que celui de la Vénus de Cnide, ne suffit pas à rendre la démonstration décisive. Plus récemment, M. rurtwaengler a, proposé de reconnaître l'Aphrodite de Cos dans une statue du Louvre, représentant Aphradite appuyant la main gauoha sur un Eros, et portant aur la plinthe l'inacciptîon IlpaÇiTsTu); ÈiroînaEi. (Clarac, pi. 341, 1291 ; Fcoehner, Notice, 161 ; Loewy, Insch. gr. ESdhauer, n" 502, Piirtwaenglec Meialei-ieer&ej-p, 552, Rg. 104). Mais TÉros a tous les caractères ie l'art helléniatiqne, et nous savons d'ailleurs qu'il y a en d'autres sculpteurs du nom de Praxitèle.
B. Lncâen, ImaS; l.Voir pour les testes, Overbeok, ScliriftqadUn, n"' 1227-1245.
a. Anthologie palat., I, 404, trad. Dehèque, t. II, p. 160.