‹ Histoire de la sculpture grecque (volume 2)Chapitre 147 sur 330 · Manant, jnedili. Y, pL · texte numérisé non relu

Manant, jnedili. Y, pL

B SHECQUE. -

Hosted by

le défaut que nous relevions tout à l'heure ; les lignes obliques, lancées dans le même sens, ne laissent pas de produire une impression de mo-

notonie, et cette critique peut s'adresser surtout au groupe de l'Amazone qui serredeprès un Grec vêtu du chiton. Par contre, voici unefigure charmante et très originale; nous voulons parler de l'Amazone courant au secours de sa compagne qu'un Grec au corps nerveux a terrassée sans

Hosted by

LES sculpturb;s DU MAUSOLÉE. asi

s'émouvoir de ses supplications. Sveltesse des formes, ardeur passionnée du mouvement, qualité infiniment spirituelle du modelé, travail in-

Fig, les. ~ Combat de Grecs et d'Amazones. Frise de l'ordre dn Mausolée, (British iluaeum. )

cisif des draperies, tout contribue à en faire une œuvre d'une saveur exquise et d'une grâce presque moderne.

C'est à de tels morceaux qu'il faut s'adresser pour apprécier équltablement la frise du Mausolée. Oublions les défaillances, les inégalités de facture; nous sommes en présence d'une œuvre bien attique de style et d'inspiration. Nous connaissons déjà, par les sculptures du temple d'Athéna Kiké, les principes de composition qui ont guidé l'auteur. Espacer les figures pour leur laisser du jeu, les détacher du fond par une forte saillie, leur donner la vigueur, l'accent du travail du bronze, c'est une méthode que pratiquent déjà les successeurs immédiats de Phidias. Elle s'imposait d'ailleurs pour une frise placée à une grande hauteur, et la polychromie en soulignait encore les effets '. En adoptant des principes formulés par leurs devanciers, les sculpteurs du Mausolée en ont tiré toutes leurs conséquences : c'est dans la saillie des figures qu'ils cherchent leurs valeurs, et le bas-rehef ainsi conçu nous conduit bien loin du style souple et fondu de la frise du Parthénon. Là n'est pas le seul changement. Les proportions élancées jusqu'à la maigreur, l'exécution vive, mordante, parfois spirituelle, le mélange souvent si heureux de la fougue et de la grâce, tout cela montre assez clairement dans quelle direction s'est engagée la nouvelle école.

On cède volontiers à la tentation de faire ici la part des quatre artistes qui avaient travaillé au Mausolée. Suivant Phne, ils s'étaient partagé la décoration des quatre façades : Scopas s'était attribué celle de l'est, Bryaxis celle du nord ; Timothéos avait exécuté les sculptures de la face sud, Léocharès, celles de l'ouest ^. Se fondant sur ce témoignage, M. Brunn s'est attaché à distinguer, dans les divers morceaux de la frise, quatre styles différents, correspondant à la manière de chacun des collaborateurs '. Qu'il y ait des inégalités d'exécution, cela est de toute évidence. Mais s'ensuit-il que le texte de Pline doive être interprété aussi rigoureusement, et que chaque artiste ait, sans s'inquiéter de son voisin, sculpté sa tranche de frise? Notez que s'il en était ainsi, ce n'est pas à une seule frise, mais à trois, que cette sin-

1. Le fond an bas-relief était bleu, d"im ton a en brun ronge, lea draperies Coloriées de tonsdivere, et lea accessoires ezécntée enbt ihe Mansoham Boom, p. 3.

2. o: Al) oriente cnelaiVit ScopRS, a sepl^ntrione Brj^ixis, a meridie Tîmothens, ah oi Pline, Ahf. Eist., SU, 31.

3. Bmnn, StudU aber dm Amazoneafries âea Mauatohvms; Sîtsungib. derhayer. Alan

Hosted by

. méthode aurait été appliquée. On imagine facilement l'effet disparate qu'aurait produit, dans une même frise, ce style variant sur chaque façade, à chaque retour d'angle. Et qui donc aurait tracé le plan d'ensemble ' ? Pour quiconque a étudié, au British Muséum, les bas-reliefs de la frise des Amazones, il est certain qu'il y a là une grande unité de composition, une tenue générale de style qui se poursuit d'un bout à l'autre, comme dans la frise du Parthénon. Un seul mMtre a pu en modeler les maquettes, et distribuer la besogne aux praticiens. Citer un nom reste une pure conjecture ; mais ne songe-t-on pas naturellement au plus célèbre des quatre sculpteurs, à Scopas? Quant au texte de Pline, il s'applique sans doute aux sculptures qui étaient signées, c'est-à-dire aux statues. Sur les bases des nombreuses statues qui décoraient le monument, il était facile de relever le nom de leurs auteurs ^, et l'on comprend beaucoup mieux que pour des œuvres indépendantes l'une de l'autre, chaque sculpteur ait choisi son emplacement sur l'une des quatre façades.

Les statues avaient été prodiguées ; les unes colossales , les autres grandeur nature, d'autres enfin de proportions plus réduites. Si nous n'en possédons pas qui soient intactes, les nombreux fragments réunis au British Muséum suffisent à attester le luxe d'œuvres statuaires qui avaient exigé le concours de quatre maîtres renommés *. Il est impossible, aujourd'hui, d'assigner à tous ces débris une place certaine. Mais par analogie avec le monument des Néréides, on admet sans peine qu'un grand nombre s'alignaient sous le péristyle du naos, entre les colonnes. Ajoutons des groupes aux angles du soubassement, des statues colossales aux angles de la pyramide, sans parler du quadrige qui la couronnait; enfin songeons que l'intérieur de la cella avait eu également sa part; nous arrivons à un chiffre imposant de statues.

Par'mi les fragments conservés, quelques têtes méritent de fixer

1. Voir les justes remarques de B«iilé,FouS;ese*i)e'coi!!ieries, II, p. 313, et de Murray, Ektory of Greeh Sculpture, II, p. 295.

2. Les sources de Pline faisaient oerfainement aUnEion à ces Bignatures,

3. M. Hewton énnmère les fragments qnî appartenaient au moins i. ringt-aix atatnes différentes Guide to the Maiaohvm ïïoomj n" 34 k 99. Le Louvre possède depuis 1891 une etatua de marbre plus petite que nature, représentant une femme eu ohifain dorique. Salle de MiJet. Elle est désignée comme provenant du Mansblée, fouîllss de M. de Breuvery, 1839. Cette indication est très Bnspecte. VoicMiohon, Bidl. àt corresp. hellén., SVU, 1S93, p. 410.

Hosted by

l'attention. C'est d'abord une tête colossale de femme, à l'expression rêveuse, au regard dii-igé vers le ciel '. La chevelure est traitée suivant une méthode que l'archaïsme a pratiquée, mais qui se retrouve encore sur les monnaies de Syracuse du quatrième siècle; elle forme sur le front un triple rang de boucles arrondies en volute. S'il fallait tenir compte de la provenance, elle serait l'œuvre de Bryaxis, car elle a été trouvée au nord' du Mausolée; mais ne soDge-t-on pas plutôt au style de Scopas? Une belle tête ■ ' '^t ^' lé" tia» d'homme barbu, au type régulier

**^*^^ ^^^^»*»3ùk. ^"^^ y^'^''^ profondément abrités sous l'arcade sourcilière, paraît être l'image idéalisée soit d'un héros local, soit d'un ancêtre de Mausole; malgré la facture un ^IgHMfk "' ^dt^^rij^^y peu sommaire des cheveux et delà

flPIk^ ^^^iê^S^K barbe, c'est une œuvre de grand

«illï- ^&v^^^3SH^O style, qui rappelle les meilleures

traditions du cinquième siècle (fig. 169)^. Une autre tête virile, de mêmes dimensions , porte la coiffure persique des satrapes, la tiare ou kyrhasia; nous y voyons volontiers, avec M. Newton , mi satrape de la famille de Mausoie.

Mais le fragment le plus important est le superbe morceau de statue équestre trouvé au nord de l'édïtice, du côté où, suivant Pline, Bryaxis avait travaillé (fig. 170)M1 est difficile de dire ce qu'est ce cavaher, dont le torse a disparu, et dont ou reconnaît seulement le costume asiatique, courte tunique et anaxyrides. Est-ce un prince de la famille d'Hécatomnos, ou seulement «ne simple figure décorative, un garde ou

Pig. IGS. — Tête virile, proven:

(British Muaeum

1. Newton, History of DtscomTisi, II, pi. 3, pages 104, 32i. Stucrav, Ilbt. of Greeh Sc\ pi. XVII.

2, Newton, Sist. o/Discùe., p. 225. Cî. A Guide to fhe Maïad. Eotm, n° 47,

8. Newton, A G«We, n" 38. Travelt and SiicmieHea, II, pi. 4. 'Rcaaa, Dathraaekr .n" 71.

Hosted by

un officier du satrape? Etait-il isolé, ou groupé soit avec un combattant à pied, soit avec une bête fauve, comme dans les scènes de chasse si fatioilières à l'art décoratif de l'Asie Mineure'? Autant de questions auxquelles on ne saurait répoudre que par conjecture. C'est aussi par hypothèse qu'on peut replacer cette figure colossale à l'un des angles de l'entablement, au pied de la pyramide. Ce marbre mutilé et portant par surcroit des traces de balles, comme s'il avait servi de cible aux

intai. Mausolée.

Turcs de Boudroum, n'en commande pas moins l'admiration. Les draperies sont d'une facture souple et grasse; et les flancs du cheval, creusés par le mouvement violent de l'animal qui s'enlève, sont modelés avec une étonnante largeur. Est-ce là une œuvre originale de Bryaxis? Rien n'empêche de le croire. Remarquons seulement que ce motif du cavaher enlevant son cheval avait déjà conquis sa place dans la plastique, et que l'Amazone du fronton d'Épidaure, la stèle de Dexiléos avaient déjà montré quel heureux emploi pouvait en faire la sculpture décorative.

On hésite encore sur la place qui convient aux lions de marbre

. M. Newton signale d'antrea fragments prorenant d'un groupe équ^tre. A Gai

Hosted by

trouvés soit au nord du Mausolée, soit dans les murs du château de Saint-Pierre ', Dix lions plus ou moins bien conservés, de nombreux fragments, prouvent que ces figures jouaient dans la décoration du Mausolée un rôle important, M. Bernier les dispose sur la corniche de l'entablement, au pied du socle qui soutenait la pyramide, hypothèse tout à fait plausible si l'on considère la direction des têtes, tournées

tantôt à droite, tantôt à gauche, comme pour regarder vers le centre. Ajoutez que les lions étalent peints, ies corps en brun rouge, la langue et les retroussis des lèvres en rouge vif. C'était comme un rappel de couleur que rendait nécessaire la place attribuée à ces figures, s de la cymaise, où. éclataient les tons brillants des rouges et

1. Newton, A Giiide, p. 66, n™ 100-137. Deuï de ces lions sont reprodiUtB dans Brnnn, Deiiimaeler. " 72-78. Le Mnsée de Tohinîlj-Eiosb, à Oonstantinople, possède trois lions de marbre qui pi-orienicit peut-être du Mausolée. Jonbîn, Mutée impérial ottoman. ÎIonume'Blsfanéraires, cataloijve sommaire.

Hosted by

des bleus '. Exécutés sur un modèle presque uniforme, et avec le type conventionnel que l'art grec prête souvent au lion, ces animaux ont bien le caractère de figures décoratives, faisant corps avec l'architecture. Pourtant ce n'est pas un simple caprice qui a guidé le choix des artistes. Confier à des lions de pierre ou de marbre la gaide de la tombe royale, voilà une idée qui se comprend d'autant plus facilement que les anciennes tom bes phrygiennes offrent dcb exemples de ce symbohsme funéraire * : c'est une conception asiatique plutôt que grecque. Et ces lions, au regard inquiet ou sournois, à la gueule entr'ouverte, laissant voir les crocs et la langue pendante, sont bien les gardiens fidèles qui veillent au pied de la pyramide oîi se dresse l'image du maître ffig.

Un quadrige colossal couronnait l'édifice.

Grâce à l'habile arrangement qui en a groupé les débris, au centre de la salle du Mausolée, on peut encore en apprécier le puissant effet décoratif. De l'attelage, le British Muséum possède deux morceaux importants : l'arrière train

in des cheyauï du quadrige.

!. (Britieh Muséum,)

1. Dans sa restaorition, M. Puilan les place en paj-tie de l'oneat. History o/ Dhoov., Atlaî, pi. XVIH, XIS.

2. Perrot et Chipiez, Eut. de l'Art, t. T, fig. 64. Ainsi SCtTLPTIIHE aitBCÛGE. ^ T. I[.

n piriie devant la porte d'Ajaainn ea Phcygîe.

Hosted by

33g LE QUATRIÈME SIÈCLE.

d'un clieyal , et d'un antre le buste avec le poitrail (fig. 172) '. La tête est encore garnie de sa têtière de bronze, munie de ces rondelles que les Grecs appelaient ^^a^fa. L'encolure large, le poitrail robuste, la tête massiTe, la crinière tombante, tout cela compose un type de chcTal assez différent de celui que traite l'école attique. On songe plutôt aux chevaux de l'art gréco-romain, à ceux de la Renaissance, si souvent imités de l'antique. Qu'on se rappelle par exemple le cheval robuste et vigoureux du Gattamelata de Donatello ; celui du Mausolée en est plus voisin que des petits coursiers fins et nerveux maniés par les cavahers du Parthénon.

Deux grandes statues, l'une virile, l'autre féminine, retrouvées par M. Newton, doivent sans contestation être replacées sur la plate-forme du char. C'était déjà le sentiment de MM. Newton et PuUan; la nouvelle disposition adoptée au British Muséum pour le groupement des marbres lève tous les doutes '. S'il en est ainsi, un seul nom convient 4 l'admirable statue drapée qui montre un personnage viril debout, dans une attitude d'apothéose • : c'est Mausole (£g. 173). La tête, presque intacte , a tous les caractères d'un portrait : visage un peu massif, front bas, entièrement découvert, yeux enfoncés, barbe courte et drue, lèvres épaisses, fortement accusées sous la moustache. La chevelure, abondante et longue, est rejetée en arrière , et donne au visage du satrape ce caractère léonin qui sera plus tard le trait distinctii de la physionomie d'Alexandre '. Pourtant est-ce un portrait au sens exact du mot ? A y regarder de près, on ne retrouve pas dans cette tête l'accent de vérité, le détail précis qui trahissent l'étude du modèle. Soit que le sculpteur n'ait pas connu Mausole, soit qu'il ait agi de propos déhbéré, il a, semblet-il, visé à fuire du mort si magnifiquement glorifié un portrait idéalisé plutôt que vivant. On ne saurait l'en bttmer. C'est bien, en efi'et, une œuvre de grand style que cette belle statue oii la draperie est traitée

1. K,«lon, I-m»!, «.i M™,H,,n, pi. 11, p. Ul, Bi.u,r, ,fllUc...U. p. 103, A &«., »• 31, S» •■

2 M Peiiî Gardner a cependant opposé des objectionE à oette théorie ; U penae que le oliar de Pythios

était un simple courounemeut arcliitëotutal, et que lee denz statues se trouvaient dans l'iutérienr de

IWIdoe. Jt-ml ./ M... »«", XTII, 1S12-S, p. 18t et sulr. Mais on ne ooop.end guir. u. ola,

3. Newton, r/aWs a«d Diue„e>k», II, planties, 8-9, Emun, flsnJmaaler, u" 311. Cf. poni la bibUogt»pliie,Eriederiolis-Woltets, eipjoSffllsse, n° 12S7.

4. Voir sur la statue de Mausole les dues iwai^in^ de Beulé, FattUlti it Déiaimrte), II, p. 316-319.

Hosted by

avec une maîtrise que nous n'avions pas rencontrée depuis le Parthénon. On admire sans réserves l'esécution souple et large, le jeu varié des plis, ici profonds et simples, ailleurs pressés, abondants et détaillés avec une science exquise. La statue est digne du monument qu'elle couronnait.

Les mêmes qualités de style désigneot à l'attention la statue de femme où l'on peut, sans hésiter, reconnaître Artémise (fig. 174)'.

Le visage a disparu, mais on voit encore autour du front cette triple rangée de boucles que nous avons déjà observée dans une des têtes colossales. Les formes amples et matronales, la dignité de l'attitude, sont en harmonie complète avec l'agencement si noble de la draperie, oii suivant la juste remarque de Beulé, « chaque pli est suivi, creusé, animé, chaque surface expliquée et caressée avec un art consommé ». Si l'on voulait caractériser par un exemple choisi le type de la femme drapée au quatrième siècle, on n'en trouverait pas de plus achevé. A voir l'opposition si habilement

i. Newtoiij TraiieU and Siscaveries, II, pi. 10. Brunii,i)eîiifanaa;ef, n°243. Friederichs-Woltecs, n° 1238. M. Newton iA Guide, p. 39) songe plutôt ji nne statne de âéesse qai conduirait le ahsî deMausole. Mais e' il en était ainsi, le sculpteiir ne lui auFiùtpafi donné une taille inf érieuco à celle du

Fig. 173. — Statue de Mausole, provenant du Mansûlée, (British Muséum.)

Hosted by

■nénagée entre les plis menus de la robe et ceux du manteau, plus larges et plus libres, à étudier! 'heureux effet des plis obliques de l'himation, rejeté sur le bras gauche , on sent que l'art est en possession d'une formule définitive. Et à vrai dire, nous la retouverons dans nombre de stèles funéraires attiques ' ; nous la verrons s'imposeraux artistes dans les statues iconiques, pendant toute la durée de l'hellénisme.

A quel artiste devons-nous faire honneur de ces statues ^ ?

On penserait au plus illustre des mfûtres du Mausolée, à Scopas, si Pliue ne nommait formellement l'auteur du quadrige ; c'était

1. Ainsi dans celle de Démétriii et Pamphilé; Toir plus loin, fig. 195, p. 3JS,

2. Beulé est tenté de les attribuer à Scopas, et remarque que c'était le morceau capital, a puisque c'était le roi Ini-mémB

— Statue d'Artémise , prorenant du Mausolée. ( Bi-itiab. Muséum.)

telle, qu'il fallait représenter », FouUkiei Découvertes, U,p.32l.

Hosted by

Pythios , l'architecte qui avait conçu et exécuté le monument. L'alliance d'aptitudes très diverses chez un même artiste ne doit pas nous surprendre, et l'exemple de Polyclète le jeune, celui de Scopas luimême, nous avertissent qu'au quatrième siècle on voyait plus d'un sculpteur attacher son nom à des travaux d'architecture. Faut-il s'étonner si Pythios est, lui aussi, un de ces génies vigoureux aux aspects multiples, et quoi de plus naturel qu'il ait couronné son œuvre d'architecte par un chef-d'œuvre de sculpture, qu'il ait placé sa signature au point culminant de l'édifice ? Si le témoignage de Pline est exact, Pythios nous apparaît comme un digne émule de Scopas, et le grand artiste de Paros n'aurait pas désavoué le groupe colossal sculpté par ce puissant ciseau.

Revenons à l'ensemble du monument. Cette imposante série de sculptures nous offre comme la manifestation la plus complète de l'art du quatrième siècle. Nous ne trouvons pas de points de repère plus sûrs, d'œuvres plus rigoureusement datées, et rien ne nous fait mieux comprendre quelles évolutions la plastique a subies depuis le Parthénon. Comparez à la frise de la cavalcade celle du combat d'Amazones ; vous sentirez combien d'éléments nouveaux s'y sont introduits : vivacité, fougue spirituelle, recherche du détail piquant, parfois au détriment de la grandeur du style. Mais surtout les statues colossales nous montrent une conception dont l'importance historique mérite d'être relevée. Qu'on ne s'y trompe pas; c'est la première fois que nous voyons apparaître le quadrige triomphal, les personnages illustres glorifiés dans une attitude d'apothéose. N'est-ce pas là comme la première forme d'un des thèmes les plus connus de la sculpture gréco-romaine, et le char de Mausole n'annonce-t-il pas les quadriges impériaux qui se dresseront au sommet des arcs de triomphe ' ? A un autre point de vue, le Mausolée témoigne qu'une vigoureuse renaissance de l'art commence sur cette terre d'Asie, où vont bientôt se développer les grandes écoles hellénistiques. L'influence de la Grèce d'Europe rayonne en Asie Mineure ; Scopas et ses émules y apportent les meilleures traditions

1. Voiries moimftiea romaines représentant les arcs de triomplie; Doasldiou, AreMlet^lurc .1' 56-69, p. 3

Hosted by

d'art; la culture attique exerce sa puiesance de séduction jusque dans la capitale d'une satrapie de l'empire perse, et c'est un fait bien digne d'attention que cette somptueuse sépulture élevée h un dynaste asiatique, non point par des inconnus, comme les auteurs du Monument des Néréides ou de l'hérôon de Trysa, mais par les artistes les plus renommés de la Grèce.

Fig. 17d. — . Lion en marbre, provenant du îtarisolée. (Britiali Muséum.)

Hosted by

Page 1